PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Un cabinet de conseil (1) a été chargé par la ville de Paris de réaliser une évaluation de la mise en œuvre de la réforme des rythmes. Une synthèse a été présentée lors d’un comité de suivi en juin 2014. "L’idée est de laisser à la ville et à l’Éducation nationale des outils d’évaluation en continu de la réforme. A eux désormais de poursuivre", explique Fabienne Messica, gérante et directrice d’études du cabinet. Elle détaille pour AEF la méthodologie utilisée et les indicateurs retenus pour mener ses travaux. Si elle a pu étudier l’accès aux activités périscolaires et porter un jugement sur leur qualité, elle n’a pas pu encore mesurer les impacts sur l’épanouissement et la réussite scolaire. Selon elle, cette évaluation sera possible "dans deux-trois ans", en comparant les différents modèles de mise en œuvre de la réforme en France au regard des mêmes indicateurs.

Comment le cabinet a-t-il procédé ?

  • Une étude exploratoire pour dégager des indicateurs

Le cabinet de conseil a commencé son évaluation par une étape exploratoire sur un petit échantillon d’écoles. "Nous avons proposé cette étape sur la maternelle là où les problématiques étaient les plus importantes afin de dégager des indicateurs", explique Fabienne Messica, du cabinet ICC. "Cette étape était nécessaire car il y avait énormément de changements liés à la réforme : relationnel, emploi, organisationnel… Il fallait arriver à comprendre comment elle était perçue et quels étaient les changements concrets", détaille-t-elle. Le cabinet a commencé ce travail en novembre, à l’issue duquel a été élaborée une note d’étape portant sur les impacts "systémiques", la perception des impacts sur les enfants et de premières pistes d’améliorations.

  • Des entretiens de cadrage et des observations d’ateliers

Durant cette phase, il a mené des entretiens de cadrage avec les différents acteurs de la réforme (administration, élus, équipes de circonscription, syndicats, fédérations de parents) et a mené une enquête qualitative dans six écoles avec des entretiens avec l’ensemble des personnels (directeurs, enseignants, REV (2), animateurs, ASEM, associations,) et avec les parents. Les évaluateurs ont par ailleurs procédé à des observations dans les ateliers.

  • Élargissement de l’échantillon lors d’une seconde phase

"À partir de cette étape, nous avons pu sélectionner des indicateurs et sur cette base continuer notre enquête sur un échantillon plus large portant sur les cinq arrondissements les plus denses de la ville de Paris (19, 20,15, 13,17), des arrondissements de densité moyenne (16,10) ou relativement faible (8, 9)", précise Fabienne Messica. Au total, le cabinet aura mené 30 observations d’ateliers et 18 focus groupes enfants et 300 entretiens. "L’idée est de laisser à la ville et à l’Éducation nationale des outils d’évaluation en continu de la réforme. À eux désormais de poursuivre".

Quels ont été les indicateurs retenus ?

  • Des indicateurs qualitatifs

Les premiers indicateurs retenus ont été des indicateurs qualitatifs (coopération au sein des écoles, mise en cohérence de l’offre), des indicateurs de qualité (taux d’intervention associative, formation des animateurs, ancienneté, type de contrat, rotation du nombre d’intervenants, thématiques retenues etc.), la fréquentation des ateliers en fonction du niveau et du type de publics ou de quartier, ensuite les ressources extérieures mobilisables ou mobilisées selon les quartiers etc. "Concernant la fatigue des enfants évoquée par des enseignants ou des parents, l’évolution des courbes d’absentéisme est apparu comme un indicateur fiable de même que le taux d’accidentologie à conditions d’opérer des comparaisons sur plusieurs années, ce qui s’est avéré impossible pour cette année", expose Fabienne Messica.

  • Une enquête sur l’absentéisme

Le cabinet a toutefois effectué une enquête sur l’absentéisme sur les mois de mars et d’avril avec l’aide de l’Inspection académique sur un échantillon de 10 % des écoles. Il a observé d’une part des pics le lundi et le vendredi et d’autre part des différences importantes selon les niveaux (maternelles et élémentaires) et entre les écoles en éducation prioritaire ou non. "Ces résultats s’ils corroborent en partie les observations des professionnels scolaires et périscolaires, les relativisent tout autant : par exemple, en maternelle l’absentéisme est plus élevé le mercredi matin mais il reste relativement faible. Et d’autres résultats sont indépendants de la réforme mais interrogent : par exemple, un absentéisme plus élevé en maternelle dans les écoles en éducation prioritaire par rapport aux autres mais plus de différentiel en élémentaire."

  • Une approche territorialisée

L’ensemble des données traitées ont donné lieu à une approche territorialisée : "Nous avons constaté que l’offre de la ville de Paris était égalitaire : il n’y a pas moins de Conservatoire de musique et pas plus de cultures urbaines dans les quartiers socialement défavorisés, pas d’assignation sociale. Mais localement, les ressources en équipements extérieurs par exemple ou en ressources humaines ou encore en salles disponibles dans les écoles sont extrêmement variables ; autrement dit, il y a une inégalité des conditions de mise en œuvre qui doit être corrigée."

Quelles sont les principales recommandations du cabinet ?

  • Un pilotage qui doit être plus décentralisé

Pour Fabienne Messica, ces constats appellent à un "fonctionnement plus décentralisé". "À Paris, le pilotage de la réforme repose sur les circonscriptions. Il manque un échelon décentralisé. Je pense qu’il faudrait raisonner en termes de réseau d’école comme en éducation prioritaire", juge-elle. "L’IEN doit jouer pleinement son rôle."

  • Un accompagnement renforcé du binôme "directeur d’école-REV"

Le cabinet demande également d’accompagner les repositionnements des professionnels. Il observe en effet une autre dimension importante" de la réforme : la relation entre personnels de la ville et de l’Éducation nationale. "C’est vraiment la coopération de ce couple, directeur d’école-REV qui pèse de tout son poids. Il faut un meilleur accompagnement de ce binôme." Le cabinet a ainsi observé différentes postures professionnelles et définit des typologies. "Certains directeurs, peu importe leur opinion sur la réforme, sont très investis. Ils vont discuter avec les REV, vont s’entretenir avec les animateurs, jouer un rôle de médiation auprès des enseignants. D’autres sont plutôt en retrait et ne vont pas du tout interférer. Enfin, certains sont clairement hostiles à la réforme et nous avons observé un petit pourcentage de situations extrêmement tendues."

Quelles ont été les difficultés rencontrées ?

  • Impossibilité à mesurer l’impact sur l’épanouissement et la réussite scolaire

Si le cabinet a pu étudier les impacts sur les enfants en termes d’accès à des activités périscolaires et porter un jugement sur la qualité de ces dernières et des conditions de mise en œuvre, "les impacts sur l’épanouissement et la réussite scolaire de l’enfant ne sont pas mesurables sur une première année et demandent de plus une évaluation conjointe avec l’Éducation nationale", explique Fabienne Messica. "Nous avons beaucoup de témoignages des enseignants ou des parents et des enfants sur ces questions mais pas de recul." Selon Fabienne Messica, cette évaluation sera possible "dans deux-trois ans". "Maintenant, ce qu’il faudrait, c’est s’intéresser aux différents modèles de mise en œuvre de la réforme en France et les comparer en partageant les mêmes indicateurs."

  • Un manque de temps pour élaborer une co-construction des préconisations

Fabienne Messica fait également observer que le cadre de l’évaluation était le maintien du système horaire. "On ne nous a pas demandé de faire des recommandations sur l’organisation du temps, c’est de toute manière trop tôt." Enfin, le temps a manqué pour un travail partenarial de co-construction des préconisations : "Nous privilégions en général une co-construction des préconisations mais il est vrai que la taille de la ville, la multiplicité des acteurs concernés et un contexte global assez complexe n’ont pas permis de rentrer tout de suite dans cette démarche. Ce sera certainement le suivi et l’évaluation en continu qui permettront aux acteurs de développer des instances de travail en commun."

(1) Le cabinet ICC (Inter consultants chercheurs) spécialisé dans les politiques éducatives réalise des missions pour des collectivités et des administrations. Cette évaluation de la réforme des rythmes a été conduite avec la coopération de deux membres de l’Injep, spécialisés dans le domaine de l’Éducation populaire.

(2) Le REV, responsable éducatif ville, est une nouvelle responsabilité périscolaire et extrascolaire créée à Paris pour mettre en œuvre la réforme des rythmes. Il est notamment responsable lors des activités périscolaires les mardis et vendredis des inscriptions, du suivi des présences, du pilotage des animateurs et associations, de la sécurité des enfants, et des relations avec les parents. Il reste directeur de centre de loisirs le mercredi après-midi.

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