PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Le nombre de décrocheurs a baissé de 20%, annonce N Vallaud-Belkacem dans un entretien exclusif donné à 20 Minutes. La ministre devrait réunir la presse le 1er décembre, probablement pour annoncer la création d’un comité interministériel qui a été notifié en septembre dernier. Le satisfecit ministériel reprend des résultats déjà communiqués en mars 2015. Surtout le ministère a du mal à rendre visible son action, coincé entre des injonctions élyséennes et européennes, et une action que l’Etat laisse les régions piloter sur le terrain.

Une baisse déjà annoncée

Dans un entretien accordé à 20 Minutes, N Vallaud Belkacem annonce une chute de 20% en 5 ans du nombre de décrocheurs. Le « stock » de décrocheurs serait passé de 620 000 jeunes de 18 à 24 ans sans diplôme ni formation à environ 494 000. Cela mettrait l’objectif fixé par F Hollande pour 2017 « à portée de main ».

En fait une Note d’information de mars 2015 du ministère lançait déjà ce nombre « d’environ 500 000 jeunes » décrocheurs pour l’année 2013, en ajoutant qu’il « mérite prudence » compte tenue d’une rupture de série dans l’enquête Emploi. L’annonce ministérielle n’est donc pas une surprise. Et elle n’est peut-être pas non plus si « ministérielle ».

Pression élyséenne

En effet, la rue de Grenelle agit en ce domaine sous impulsion de l’Elysée et de Matignon. Le 6 novembre 2014, F Hollande avait annoncé que « tout jeune pourra avoir une seconde chance » en revenant à l’école ou en partant en stage. Quelques jours plus tard, le 7 décembre 2014, un décret est publié au Journal officiel. Il crée un « droit opposable » au retour en formation. « Tout jeune âgé de seize à vingt-cinq ans révolus sortant du système éducatif sans diplôme ou ne possédant que le diplôme national du brevet ou le certificat de formation générale bénéficie, à sa demande, d’une durée complémentaire de formation qualifiante qui a pour objet de lui permettre d’acquérir soit un diplôme, soit un titre ou certificat inscrit au répertoire national des certifications professionnelles », précise le texte. La formation peut être dispensée  » sous statut scolaire, dans le cadre d’un contrat en alternance ou sous statut de stagiaire de la formation professionnelle. » Sous statut scolaire,  » la formation qualifiante dispensée sous statut scolaire a une durée n’excédant pas une année scolaire, éventuellement renouvelable en fonction de la durée de formation nécessaire pour accéder au diplôme ». En mars 2015, une circulaire précise les conditions d’application de ce droit au retour . Il pourra s’agir d’un retour partiel, limité à quelques disciplines.

Mais en même temps, l’Etat et les régions négocient la mise en place des structures de suivi des décrocheurs. En septembre 2015, la ministre expliquait que « nous ne vaincrons pas le décrochage sans établir des liens au plus près du terrain… C’est pourquoi cet effort se prolonge par une convention entre l’État et l’Association des Régions de France qui prévoit le cadre partenarial dans lequel vont s’inscrire des « conventions décrochage » en cours de signature dans les régions ».

L’action régionale déterminante

Signé en juillet, l’accord avec l’Association des régions de France vise à renforcer les plates formes de suivi et d’appui aux décrocheurs (PSAD)  et à mieux coordonner les efforts des services de l’Etat et de la région. Dans chaque région.. la conduite de cette politique partenariale et collective se structure autour des plates-formes de suivi et d’appui aux décrocheurs, qui constituent l’outil de coordination de l’ensemble des acteurs locaux intervenant sur les phases de repérage, d’accompagnement et de suivi des jeunes ayant quitté le système de formation sans diplôme ni qualification ». Et c’est  la région qui est responsable de la coordination.  » Ce travail en commun s’appuie sur une connaissance partagée de l’offre de solutions des différents acteurs du territoire, notamment ceux de l’éducation nationale (réseaux Foquale, dont les actions menées au titre de la Mission de lutte contre le décrochage scolaire – MLDS) et ceux de l’insertion sociale et professionnelle des jeunes (notamment les Missions locales, les dispositifs 2e chance et l’Epide) », précise la convention. Des conventions régionales types sont parues au BO du 27 aout 2015. Elles devaient être signées avant novembre 2015.

Mais les régions n’ont pas attendu l’Etat. Ainsi en Ile de France, la région expérimente avec les académies un dispositif de sécurisation des parcours dans 4 zones (nord est parisien, Aubervilliers, Gonesse Sarcelle, Coulommiers). Fin septembre 2014, un Forum régional de lutte contre le décrochage a montré de nombreuses initiatives soutenues par la région. On peut citer le Samely, un dispositif d’accompagnement des lycéennes mères ou enceintes. Un autre dispositif accompagne le passage du collège vers le lycée pour des jeunes repérés comme fragiles. Deux micro lycées , celui du Bourget et « le lycée des possibles » de La Celle Saint Cloud ont montré comment on peut remettre les jeunes en formation

Quels moyens pour la prévention ?

Cependant il revient à l’Education nationale une part importante de l’action. C’ets elle qui doit mettre en application le droit au retour en formation qui sera applicable à la rentrée 2016. En aura-t-elle vraiment les moyens ? D’autant qu’il se cumule maintenant avec le droit au redoublement en terminale.

Mais le plus important reste la prévention du décrochage. Cela passe par des évolutions pédagogiques, comme l’a préconisé le rapport Armand -Bisson Fèvre publié début 2014. La ministre pense que la réforme du collège apportera ces changements.  L’expérience des autres pays européens montre que la prévention passe aussi par le développement d’un enseignement professionnel valorisé. Autant de chantiers qui dépassent probablement 2017.

En novembre 2014, Manuel Valls avait chiffré le coût du décrochage à 30 milliards par an. Un rapport du Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique publié en 2014 a chiffré à hauteur de 136 millions l’effort pour la prévention du décrochage. La question des moyens reste doublement posée.

François Jarraud

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