PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

Plan

 

Introduction

La participation citoyenne est fortement encouragée dans la sphère politique et l’on rencontre une foison de démarches participatives au niveau local et national. Les dispositifs tels que les conseils de quartiers, les ateliers citoyens, les comités de concertation, les débats publics et les forums sur Internet ont pour but d’associer les citoyens à la préparation des décisions publiques. Ils visent également la limitation de l’absentéisme électoral en particulier au sein des couches sociales défavorisées. Quels sont les résultats concrets de cette volonté de promouvoir la démocratie participative ? Un rapport récent au Ministre délégué à la politique de la ville met le doigt sur le manque de « pouvoir d’agir » des citoyens en matière de participation locale (Bacqué & Mechmache, 2013).

La notion de participation est également enracinée dans le secteur social. Les professionnels du social ont la mission de stimuler le vivre ensemble et de promouvoir la participation des habitants à la vie de leur quartier (Janvier & Matho, 2011). Par exemple, la notion de « projets portés par les d’habitants » traduit précisément l’objectif de tout centre social (Bresson, 2002). Le secteur de l’intervention sociale doit aussi s’adapter à une évolution vers l’individualisme (recentrage sur l’usager), la professionnalisation des métiers (mise à distance de l’usager), la rationalité gestionnaire (culture du résultat). Il doit aussi stimuler l’autonomie des usagers. La participation peut-elle encore s’inscrire dans un contexte aussi contraint ?

Le discours sur la participation est à la fois très normatif et ambigu car il la considère comme une évidence : chacun veut, peut et doit participer. La réalité s’avère plus complexe. Les sondages sur la participation citoyenne (Hoibian, 2012) révèlent une contradiction. Les Français trouvent que la concertation des citoyens est une bonne chose mais ils doutent de son impact sur la prise de décision. Il en est de même dans le secteur social. Le dixième anniversaire des centres sociaux parisiens (novembre 2012) traitait la question : « Le centre social est-il une maison de service ou un foyer d’initiatives ? Comment les habitants peuvent-ils avoir plus de pouvoir dans le centre et dans le territoire ? ». La participation se réduit-elle à un souhait, une promesse, une injonction ? Comment influence-t-elle les décisions politiques ? Quels résultats produit-elle sur le plan social ?

La question du lien social demeure un grand problème contemporain et la société est en quête d’institutions capables de maintenir et/ou de redéfinir les principes et les règles du vivre ensemble. Dans les quartiers sensibles, l’État mise sur les associations locales pour retisser du lien social (Mondolfo, 2009). La territorialisation des politiques publiques et de l’action sociale (Bouquet et al., 2007 ; Bureau & Sainsaulieu, 2011) a favorisé le développement de dispositifs participatifs surtout dans les zones sensibles. Le projet de développement social local qui fait l’objet de cette recherche s’inscrit dans cette veine. Après avoir observé la dégradation de la vie sociale dans l’un de ses immeubles en zone sensible d’une grande agglomération, le bailleur fait appel aux professionnels de l’intervention sociale du quartier pour élaborer un dispositif participatif permettant de retisser le lien social dans l’immeuble et ses environs.

Ce texte décrit et analyse ce projet de participation locale en le suivant dans la durée depuis son ébauche en 2007. Après avoir donné des éléments de contexte, la première section décrit la mise en place du projet. Ensuite le texte restitue le dispositif participatif et son fonctionnement (section 2). La troisième section analyse les leviers et les freins du projet avec un recul de trois ans. La quatrième section discute la difficulté à passer du lien social à la participation.

Soulignons d’ores et déjà la valeur ajoutée de ce travail. Il ne s’agit pas d’une recherche a posteriori reposant essentiellement sur les entretiens d’acteurs. Nous avons assisté à la mise en place du dispositif en temps réel puis analysé son fonctionnement dans la durée. Cette démarche permet d’analyser les résultats concrets en matière de participation et de relever les inéluctables écarts entre le discours des acteurs et les réalités au niveau de l’action.

Lire la suite : http://sociologies.revues.org/4838

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