PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

In Le Progrès.fr – le 25 mars 2013 :

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Recherche Comment développer l’intelligence collective, est l’un des thèmes du forum Biovision à Lyon. En décloisonnant, selon le chercheur François Taddéi. Exemples à l’appui.

Des experts en échec

Les échecs sont un bon exemple… des échecs des experts, selon François Taddéi qui cite Kasparov, battu par l’ordinateur Deep Blue ou Karpov qui a joué « la plus dure partie de son existence » contre quatre adolescents, ayant su « catalyser l’intelligence collective ».

Science citoyenne

Des exemples d’apports de non-experts à la science, François Taddéi n’en manque pas comme cette mère de famille américaine devenue chercheuse professionnelle – avec à son actif une centaine de publications – parce que des laboratoires essayaient de privatiser l’ADN de son enfant malade pour se garder les recherches… C’est grâce au jeu vidéo Fold-it que des chercheurs ont résolu un problème de repliement des protéines sur lequel leurs ordinateurs butaient depuis dix ans. 350 000 joueurs ont participé, les meilleurs étant un enfant et une secrétaire. Il y a quelques mois, un adolescent américain de 15 ans a révolutionné le dépistage du cancer du pancréas en mettant au point un test 168 fois plus rapide (5 minutes), 26 000 fois moins coûteux (6 cts d’euros) et 400 fois plus sensible que le précédent test vieux de 60 ans, en s’inspirant d’articles scientifiques en libre accès sur internet… et après avoir essuyé 199 refus de laboratoires !

Ouvrir les savoirs

Aujourd’hui l’intelligence collective est une « intelligence connectée », souligne François Taddéi. Encore faut-il que les détenteurs des savoirs acceptent de le faire circuler pour le faire progresser. « En médecine, le budget mondial de la recherche est de 300 milliards d’euros pour seulement 25 nouveaux médicaments annuels alors qu’en partageant des données, on pourrait accélérer les découvertes », explique François Taddéi. Le Dr Stephen Friend a ainsi lancé une immense base de données internationales sur le cancer, ouverte au public et où le patient reste propriétaire de ses données. « Dans le cancer du sein, il a suffi de quelques semaines pour que les laboratoires soient dépassés par des équipes qui ne travaillaient par ce sujet », raconte François Taddéi. IBM s’est lancé dans l’Open source, les logiciels ouverts, car « ils considèrent qu‘il y a plus d’experts à l’extérieur qu’à l’intérieur. Eux vendent du service », explique François Taddéi. Lancée en avril 2012, la société américaine Coursera diffuse gratuitement des cours de maths, littérature, finance, informatique, médecine… des plus grandes universités. « Elle croit plus vite que Facebook avec 3 millions d’étudiants », selon François Taddéi.

Les choses s’accélèrent et la France doit vite s’adapter sous peine de n’être plus connectée à cette intelligence collective… « Il faut vraiment ouvrir les savoirs car le risque est d’aller vers une privatisation de la connaissance. Il y a des décideurs qui n’ont pas compris les enjeux. La France ne représente qu’1 % de l’humanité… », rappelle François Taddéi.

Sylvie Montaron

 

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