PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

In L’Ecole de Demain – le 2 septembre 2013 :

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La loi du 11 février 2005 a vu apparaître de nouvelles catégories de handicaps. En effet, la loi a retenu une définition large de la notion de handicap qui correspond désormais à « toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de la santé invalidant ».  En élargissant la notion de handicap, la loi a eu comme conséquence une très forte augmentation de la qualification de handicap pour des troubles du comportement ou des apprentissages, ne relevant pas antérieurement de cette qualification. Son corollaire est une augmentation importante du nombre d’élèves pour qui sont demandées des prises en charge hors éducation nationale.

Une augmentation des prises en charge hors éducation nationale

 Des Centres Médico Psychologiques indiquent que le nombre d’enfants reçus a énormément augmenté depuis 5 ans, et que les personnels (orthophonistes, psychomotriciens, psychologues)  manquent. Les diagnostics psychoaffectifs, anxiété, dépression, …  ont été supplantés par une explosion de troubles des apprentissages, dyslexies, dyspraxies, dyscalculies… et d’enfants présentant de très gros problèmes de comportement. Beaucoup d’élèves envoyés par les enseignants sont mal orientés et  allongent dramatiquement les listes d’attente, tout en restant sans réponse. L’externalisation de plus en plus précoce de la prise en charge de la difficulté scolaire par les enseignants, est en partie liée au stress généré par la pression des évaluations (de circonscription, nationales, PISA,…), l’obligation de résultats, la densité des programmes, la raréfaction des RASED, la formation initiale insuffisante, les recommandations de dépistages toujours plus précoces quels que soient les maux…

La prévention sans prédiction 

De façon plus inattendue, la vulgarisation des neurosciences angoisse davantage les enseignants qu’elle ne les informe. Craignant de passer à côté d’une pathologie, dès qu’ils sont en difficulté avec des élèves jeunes présentant des comportements agités ou des difficultés d’apprentissage, certains pensent bien faire en introduisant dans leur communication avec les familles leurs inquiétudes : « peut-être est-il hyperactif ou dyslexique, dyspraxique… » Or, il ne faut pas confondre la prévention prédictive et la prévention prévenante.  La première, par un effet de Halo, risque d’enfermer l’enfant dans une interprétation qu’on va chercher à confirmer.  Elle risque « de contraindre l’enfant à se conformer à l’image qu’on attend de lui, alors que la thérapeutique est essentiellement un travail sur les possibilités de changement de l’enfant à la mesure de ses propres compétences et ressources. [1] »  La prévention prévenante laisse le temps au diagnostic multidimensionnel.

La démarche raisonnée dans les prises en charge

L’éparpillement des prises en charge, favorise chez l’enfant les difficultés d’attention /concentration, la dispersion de la motivation scolaire, le sentiment de non-appartenance à la classe, et génère de l’inquiétude car, les enfants et leurs familles n’arrivent pas toujours à faire le lien entre tous les intervenants. L’enseignant lui-même peut se sentir dépossédé de son élève. Il faut adopter une démarche raisonnée, dans la prévention de la difficulté scolaire et dans sa prise en charge. Les élèves ne doivent pas être envoyés en service extérieur sans que leurs difficultés ne soient passées par le filtre des enseignants spécialisés du RASED, des psychologues[2] et parfois des médecins. Selon les problématiques : pédagogiques, orthophoniques, éducatives, cognitives, psychiques, médicales,… les orientations vers les professionnels adéquats seront proposées en veillant à la cohérence et à la hiérarchisation des prises en charge dans et hors éducation nationale.

                                                                                                            Marie-Henriette Cailluyer
Conseillère technique Psy

[1] Delion P., Ecouter, soigner, Albin Michel, 2013

[2] La circulaire du 10 avril 1990 sur les missions des psychologues indique que « dans les cas  où la mise en œuvre d’une prise en charge spécialisée paraît souhaitable, le psychologue scolaire conseille aux familles la consultation d’un service ou d’un spécialiste extérieurs à l’école. »

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