À Arras et à Lille, deux écoles élémentaires et une école maternelle font classe le mercredi matin, avec le soutien des mairies et des parents

In dépêche l’AEF, 05/09/08
lundi 8 septembre 2008

Cette dépêche fait partie du dossier d’actualité suivant : Suppression du samedi

À Arras (Pas-de-Calais), l’école élémentaire Voltaire expérimente depuis la rentrée de septembre 2008 l’organisation de la semaine en neuf demi-journées, du lundi au vendredi. Elle a obtenu pour cela une dérogation. Dans le Nord, à Lille, l’école élémentaire Duruy et l’école maternelle Philippe de Comines, ouvrent également le mercredi matin. Mais, dans leur cas, cet emploi du temps particulier a été mis en place dès 1995. Dans ces écoles, qui misent sur la régularité des rythmes de l’élève, la suppression du samedi matin est critiquée.

Les inspections académiques du Nord et du Pas-de-Calais indiquent ne pas avoir connaissance d’autres écoles travaillant le mercredi matin dans l’académie de Lille.

À ARRAS, 87% DES PARENTS EN FAVEUR DES COURS LE MERCREDI MATIN

Pour la première fois, ce mercredi 3 septembre, les 340 élèves et les quinze enseignants de l’école Voltaire d’Arras, classée en réseau d’éducation prioritaire (REP), se sont retrouvés pour une demi-journée de cours. "Les collègues ont trouvé ensuite leur après-midi de repos un peu court", sourit Sophie Gosselin, directrice des classes de CE2, CM1, CM2 ("Voltaire Grands"). "Moi aussi, j’aurais préféré ne pas travailler le mercredi matin… Mais nous avons donné la priorité aux rythmes de l’enfant !"

"On s’est saisi de la circulaire Darcos [sur la suppression du samedi matin] pour raccourcir la journée de nos élèves, qui est l’une des plus longues d’Europe", reprend la directrice. Car l’ouverture le mercredi matin a permis de raccourcir les journées du lundi, mardi, jeudi et vendredi : les cours se terminent désormais à 16 heures. Ces nouveaux horaires s’appliquent aussi aux classes de CP et CE1, regroupées dans l’école dite "Voltaire Petits", dirigée par Gérard Szarzynski. En revanche, l’école maternelle n’a pas souhaité suivre le mouvement.

UNE EXPÉRIENCE APPROUVÉE PAR RÉFÉRENDUM

Avant l’été, cette expérience (qui doit durer deux ans) a été approuvée par référendum par 86,7% des parents. Parmi les arguments qui ont fait mouche : la mise en place par la mairie d’Arras d’un accueil de 16h à 17h30, pour éviter aux parents qui travaillent de devoir rentrer trop tôt. Les activités sportives qui avaient lieu traditionnellement le mercredi matin ont été transférées durant ce créneau de fin de journée. Un atelier informatique est aussi assuré par un assistant d’éducation. L’offre doit encore être complétée. "Je travaille avec les clubs sportifs pour qu’ils proposent des entraînements après 16 heures ou avec le conservatoire pour mettre en place une chorale", indique la directrice.

C’est durant ce temps "après l’école" que sera organisé le soutien scolaire prévu par le ministère. "Il n’était pas question de le programmer durant le temps du midi", glisse Sophie Gosselin. "Comme le savent tous les enseignants de France et de Navarre, les élèves ne sont pas réceptifs : avant 11h30, ils ont faim et après le repas, ils digèrent ! Nous allons plutôt organiser ce soutien entre 16h et 17h, d’octobre à décembre puis de février à avril. Cependant, comme nous estimons à 80 environ le nombre d’élèves concernés, les heures libérées par le samedi matin ne seront pas suffisantes. Nous allons donc nous servir des heures d’accompagnement éducatif pour les compléter." Autre avantage de la fin de journée : les élèves pris en charge dans ce cadre ne seront pas "stigmatisés" : "Le lundi, ils seront en soutien, mais le mardi ils iront en sport comme les autres… Les groupes vont tourner, ce qui évitera de pointer du doigt certains élèves."

Pour aller au bout du projet, Sophie Gosselin souhaite que des activités sportives soient aussi organisées... le samedi matin. "Plus les enfants ont un rythme régulier, mieux c’est", affirme-t-elle. "S’ils ont une coupure de deux jours, ils vont se coucher tard deux soirs de suite et perdront le lundi matin à se remettre dans le rythme."

À LILLE, UNE SITUATION DÉROGATOIRE DEPUIS 1995

Dans le quartier populaire de Moulins, à Lille, une école maternelle (Philippe de Comines) et une école élémentaire (Victor Duruy) ouvrent le mercredi matin depuis 1995. "Guy Drut, lorsqu’il était ministre de la Jeunesse et des Sports, avait proposé aux communes d’aménager autrement les rythmes scolaires", rappelle Guy Vandenweghe, directeur de l’école primaire depuis quinze ans. "À Lille plusieurs écoles avaient répondu. Notre projet, qui regroupait toutes les matières scolaires le matin, période la plus favorable aux apprentissages, a été retenu."

Chaque année, les deux écoles doivent solliciter une dérogation auprès de l’inspection académique pour maintenir cet emploi du temps singulier. Le lundi et le jeudi, les élèves ont classe pendant quatre heures le matin puis bénéficient de deux heures d’activités périscolaires (sport, sorties, musique, théâtre, jardinage, cuisine, découverte de la culture africaine…). Le mardi et le vendredi, ils ont classe durant quatre heures le matin et deux heures l’après-midi. Le mercredi, ils ont quatre heures de classe le matin.

QUEL BILAN ?

Jusqu’en juin dernier, les élèves avaient aussi cours le samedi matin durant trois heures. Comme à Arras, la suppression de cette demi-journée d’apprentissage est plutôt mal accueillie. "La coupure du week-end risque d’être néfaste pour le rythme des élèves", estime Guy Vandenweghe. En effet, selon lui, le succès de la formule testée dans son école repose sur la "régularité". Les heures de soutien scolaire prévues par le ministre devraient avoir lieu durant la pause méridienne de deux heures. "Ce point est encore en discussion", précise Guy Vandenweghe. "Mais le matin, ce serait un peu tôt pour organiser la remédiation. Et le soir, il y a déjà la garderie et les études surveillées après 16h30."

Après douze années, quel bilan dresser de cette expérience singulière ? "Les enfants viennent en très grande forme à l’école", affirme Guy Vandenweghe. Les résultats scolaires suivent : "Les évaluations de CE2 et CM2 sont supérieures à celles d’autres écoles situées dans des quartiers comparables…" Les parents sont aussi "très satisfaits". "Il a fallu agrandir l’école et ouvrir quatre classes supplémentaires", en donne pour preuve le directeur. Seule ombre au tableau : le coût pour la Ville de Lille, qui doit rémunérer vingt animateurs quatre heures par semaine, pour assurer les activités de l’après-midi. "Une année, on a failli revenir aux rythmes classiques, mais les parents se sont mobilisés", se souvient le directeur.


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