PRISME PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

Conclusion de Michel Warren de son ouvrage "L’Ecole à deux ans"

Réunion mensuelle du mardi 7 avril

La redé­fi­nition du poli­tique en gou­ver­nance Le concept de gou­ver­nance s’ancre dans la réalité du phé­nomène de décon­cen­tra­li­sation. La gou­ver­nance, définie comme [*mode nouveau de gou­verner à visée démo­cra­tique*], implique une nou­velle forme d’[*articulation entre les ins­tances locales, entre les entités natio­nales et locales, ou encore entre celles-​​ci et le marché*]. La gou­ver­nance suppose une dyna­mique de négo­ciation, voire de régu­lation entre l’État, l’école, le local et le marché, mise au service de la [*construction de l’intérêt général*], qui n’est alors plus défini par l’État, mais co-​​construit par les diverses ins­tances poli­tiques, écono­miques, éduca­tives et sociales (Warren, 2007). Dans l’acception volon­ta­riste de l’expression, l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts par­ti­cu­liers, mais exprime la syn­thèse de ce qui est commun, voire trans­versal aux intérêts de l’ensemble des citoyens (Warren, 2008b). La gou­ver­nance éducative est une redé­fi­nition de la façon de gou­verner l’école de la Répu­blique. Les concepts de ter­ri­to­ria­li­sation et de gou­ver­nance comme éléments de redé­fi­nition de la poli­tique sont consub­stan­tiels à la décon­cen­tra­li­sation. Le pro­cessus décon­cen­tra­li­sateur renvoie à un [*nouvel espace politico-​​éducatif hybride*] de la société moderne fran­çaise, pensé en termes de tran­sac­tions, de désac­cords, de négo­cia­tions, de contra­dic­tions et de conflic­tualité pour construire l’intérêt général, et pour gérer, sinon résoudre, le pro­blème des inéga­lités sociales, par­ti­cu­liè­rement devant l’école de la Répu­blique (Warren, 2004). La décon­cen­tra­li­sation par­ticipe d’une volonté poli­tique étatique de trans­former le mode de gestion de la chose publique (res publica), notamment dans l’éducation, avec les consé­quences que cela implique sur la conception même de l’État, et sur le pro­cessus d’élaboration des déci­sions politico-​​éducatives (Warren, 2008b). Conclusion Structuré autour d’une plu­ralité de logiques, dif­fé­ren­ciées sur la base des fina­lités et des enjeux assignés à la sco­la­ri­sation des tout-​​petits, le modèle français d’école à deux ans fait coexister les ques­tions de « [*l’école, l’enfance et l’enfant*] » et des condi­tions d’accueil des tout-​​petits, la demande sociale de sco­la­ri­sation, le rapport au savoir, la ter­ri­to­ria­li­sation et la décon­cen­tra­li­sation éducative. Ce qui produit de l’intelligibilité sur la question de la sco­la­ri­sation des tout-​​petits, c’est une démarche de prise en consi­dé­ration de l’ensemble des logiques et modes de pensée relatifs à l’école à deux ans, déployé par les dif­fé­rents acteurs en pré­sence, nationaux et locaux. L’histoire de la pré­sco­la­ri­sation est [*empreinte d’intentions sociales et éduca­tives en faveur des enfants du peuple*]. Les dis­cours actuels appellent à repenser les condi­tions d’accueil des enfants de deux ans en mater­nelle. En 2008, les pou­voirs publics nationaux pré­co­nisent la création de « jardins d’éveil », conçus comme structure alter­native à l’école à deux ans. La sco­la­ri­sation des tout-​​petits répond à une demande des parents socia­lement dif­fé­renciée. Elle par­ticipe à la [*conti­nuation de la construction de leur rapport au savoir*], et est conçue comme pro­cessus socios­co­laire de pré­vention pri­maire des inéga­lités devant la réussite sco­laire. Elle est pensée en réfé­rence à la [*ter­ri­to­ria­li­sation éducative*]. Un ensemble de logiques et pro­cessus (uni­ver­sa­lisme, ter­ri­to­ria­li­sation, redis­tri­bution de cer­tains pou­voirs entre le national et le local, réduction des inéga­lités) détermine et encadre l’évolution du mode de penser les poli­tiques publiques d’éducation en France. Ces logiques et pro­cessus plu­riels peuvent coexister, s’hybrider ou être en tension pour définir l’intérêt général éducatif, et construire un modèle nouveau d’école répu­blicain. Au regard de l’implication des ins­tances et espaces ins­ti­tu­tionnels et poli­tiques dans l’éducation (État, ser­vices décon­centrés, col­lec­ti­vités ter­ri­to­riales, école, ZEP), qui ont légi­timité pour définir l’intérêt général et piloter l’école de la Répu­blique, les enjeux du pro­cessus de [*moder­ni­sation de la gestion des poli­tiques publiques d’éducation*] ne sont pas seulement administrativo-​​juridiques, mais relèvent aussi et surtout de la sphère socio­po­li­tique. Le mode nouveau de gestion de l’éducation publique par­ticipe moins d’une montée du local au détriment du national, que de nou­velles formes d’articulation entre le national et le local. Le modèle répu­blicain décon­cen­tra­li­sateur de l’école fran­çaise tente de concilier deux logiques : l’une d’homogénéisation, uni­ver­sa­liste et nationale ; l’autre de ter­ri­to­ria­li­sation, redis­tri­butive, pré­fé­ren­tia­liste, régu­la­trice et cor­rec­trice. La ter­ri­to­ria­li­sation traduit une double volonté poli­tique de l’État de [*redis­tribuer le pouvoir entre le national et le local*], et de lutter contre les inéga­lités sociales devant l’école (Warren, 2003). Elle exprime un nouveau réfé­rentiel culturel, idéo­lo­gique et poli­tique de gestion de l’école de la Répu­blique. Confrontée au para­digme de la ter­ri­to­ria­li­sation, l’école fran­çaise s’inscrit dans un modèle poli­tique et orga­ni­sa­tionnel bipo­laire, structuré autour de stra­tégies de gestion des contra­dic­tions poli­tiques, sociales, sco­laires et éduca­tives à la péri­phérie, et d’une régu­lation politico-​​administrative au centre. La ter­ri­to­ria­li­sation par­ticipe d’enjeux liés à un pro­cessus de décon­cen­tra­li­sation, lequel renvoie à un espace poli­tique hybride de construction de l’intérêt général. Issu d’une logique nationale, le mode nouveau de penser les poli­tiques publiques fran­çaises d’éducation génère une mutation du réfé­rentiel culturel, idéo­lo­gique et poli­tique d’organisation et de gestion de l’école de la Répu­blique. Ce réfé­rentiel exprime le sens de l’évolution socio­po­li­tique, cultu­relle et orga­ni­sa­tion­nelle des poli­tiques d’éducation de la Répu­blique. Dans un contexte de ter­ri­to­ria­li­sation éducative, le nouveau réfé­rentiel de gestion des poli­tiques publiques d’éducation, porté par la Répu­blique, sera-​​t-​​il en mesure de [*pro­mouvoir un principe poli­tique de soli­darité socio­hu­maine sur un ter­ri­toire éche­lonné du local au national ?*] La sco­la­ri­sation à deux ans renvoie à un double espace : l’un, péda­go­gique, articulé autour des enjeux de la question de « l’apprendre » et de la prise en compte des jeunes enfants en tant que sujets psy­chiques, sin­gu­liers et sociaux ; l’autre, socio­po­li­tique, structuré autour de la volonté poli­tique de l’État de réor­ga­niser le pouvoir, et de fonder l’intérêt général sur une logique de réduction des inéga­lités sociales, à travers un mode nouveau de gestion de la chose publique éducative (Warren, 2008b).