PRISME PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

Où sont les jeunes ? - Héloïse Lhérété, article Sociologie

In Scienceshumaines

" Diplôme, ter­ri­toire, mobilité  : les césures

Le contrat de travail des jeunes, souvent pré­caire, révèle également leur dif­fi­culté à s’insérer  : un jeune salarié sur deux occupe une «  forme par­ti­cu­lière d’emploi  »  : il est en appren­tissage, en intérim ou en contrat à durée déter­minée (CDD)… À ces statuts s’ajoutent les stages, qui s’apparentent parfois à de l’emploi déguisé. Ils étaient 1,5 million de sta­giaires en France en 2011, deux fois plus qu’il y a sept ans.


Moins nette après 25 ans, la pré­carité est surtout saillante chez les plus jeunes, arrivés tôt sur le marché du travail et moins diplômés que leurs aînés. Le diplôme repré­sente ainsi la césure la plus pro­fonde de la jeu­nesse fran­çaise. Entre un ingé­nieur à bac + 5 qui trouvera un CDI dès sa sortie d’école, un licencié en sciences humaines cumulant les stages, et un non-​​diplômé qui prendra ce qu’il pourra pour «  joindre les deux bouts  », les pre­mières années de vie active ne se res­semblent pas. L’enquête du Cereq sur les jeunes sortis du système éducatif en 2007 montre ainsi que les jeunes diplômés du supé­rieur sont 85 % à tra­vailler trois ans après la fin de leurs études, alors qu’ils ne sont que 48 % parmi les non-​​diplômés. Chez les pre­miers, le passage par les stages et CDD ne repré­sente qu’une étape pro­vi­soire avant l’accès au CDI. Pour les seconds, en revanche, les allers-​​retours entre le chômage et l’emploi pré­caire peuvent s’étaler sur de très longues années.


Comme le diplôme, l’inscription ter­ri­to­riale et la capacité à «  bouger  » jouent aussi un rôle dis­cri­minant  : les jeunes sans qua­li­fi­cation vivant en zone rurale ou en péri­phérie urbaine ont plus de mal que les autres à trouver un emploi. De ce point de vue, mieux vaut vivre à Paris ou dans une grande ville de pro­vince plutôt que dans une zone reculée du Pas-​​de-​​Calais ou de l’Allier. La socio­logue Cécile Van de Velde évoque à ce sujet «  un clivage émergent entre des jeu­nesses mobiles ou cos­mo­po­lites qui se déplacent aisément pour étudier ou tra­vailler et des jeu­nesses immo­biles, enclavées dans des endroits offrant peu de pers­pec­tives pro­fes­sion­nelles  ».


 

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