PRISME PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

L’école n’a pas à introduire les écrans, mais le bon recul-​​ Serge TISSERON

In Le Café

"A l’occasion de Futur en Seine, Le psy­chiatre Serge Tis­seron partage ses idées sur le numé­rique éducatif et les rap­ports que les enfants entre­tiennent avec les écrans.

Quand on parle du numé­rique à l’école, il faut apprendre à rai­sonner autrement qu’en termes d’introduction des écrans. Mieux vaut s’interroger sur ce que la culture du numé­rique modifie dans l’attention des élèves. La pra­tique très précoce et constante qu’ont les jeunes aujourd’hui des écrans façonne une nou­velle culture, à laquelle il faut apprendre à se familiariser.

L’enjeu n’est pas l’équipement tech­nique ; les enfants serons tou­jours en avance sur l’institution dans ce domaine. Ils auront tou­jours des machines plus per­for­mantes et mieux maî­trisées que celles achetées deux ou trois ans plus tôt par l’école. C’est pour cela qu’il ne faut surtout pas que les ins­ti­tu­tions sco­laires achètent ces équi­pe­ments. Ce qui importe, c’est que les ensei­gnants et les parents (surtout les ensei­gnants) prennent conscience de l’importance de la nou­velle culture du numé­rique et des modes de relation aux autres et aux appren­tis­sages qu’elles impliquent. Les ins­ti­tu­tions sco­laires doivent apprendre à colo­niser posi­ti­vement les outils numé­riques dont les enfants dis­posent e plus en plus.

Beaucoup d’enseignants ont une pra­tique per­son­nelle du numé­rique, mais ils la mettent de côté dès qu’ils passent la porte de l’établissement sco­laire – c’est ce qu’on appelle en psy­cho­logie le clivage : ils ont été formés par des maîtres qui leur ont appris à enseigner comme ils l’avaient appris de leurs maîtres, et ils ont ten­dance à vouloir enseigner comme ils ont été enseignés. Il faut récon­cilier les ensei­gnants avec eux-​​mêmes et leur montrer que ces acti­vités qu’ils pos­sèdent et maî­trisent chez eux peuvent être mise en jeu en classe, parce que les enfants ont la même culture numé­rique qu’eux.

S’il y a aujourd’hui un dés­in­térêt massif pour l’école, c’est dû au fait que les enfants se fami­lia­risent tôt avec une culture axée sur la réussite rapide, pas for­cément en com­prenant pourquoi, mais qui incite aussi tra­vailler à plu­sieurs : tout cela n’est pas négatif, cela tourne mal dans les familles parce qu’elles ne se pré­oc­cupent pas tou­jours assez des « bons » usages du numé­rique, c’est-à-dire des usages accom­pagnés. Ce que l’école peut intro­duire, c’est la juste dis­tance à l’égard des écrans, et non pas les écrans eux-​​mêmes. L’éducation au numé­rique sera l’éducation au bon rapport aux écrans ou elle ne sera pas.

 

Propos recueillis par Jeanne-​​Claire Fumet"

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