PRISME PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

LA RÉUSSITE ÉDUCATIVE … Un chemin pour inventer un "système éducatif" cohérent et refonder l’École (expression prismée)

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LA RÉUSSITE ÉDUCATIVE

Un chemin pour inventer un "système éducatif" cohérent et refonder l’École

DES PRO­PO­SI­TIONS AUJOURDHUI, DES RÉA­LITÉS DEMAIN ?

Ce texte est un cadre de réflexions et de pro­po­si­tions à appro­fondir, débattre et préciser.

Il vise à repérer les pistes à explorer, indiquer les pos­si­bi­lités et moyens d’engager les chan­ge­ments néces­saires dans l’ensemble éducatif, sur quelles thé­ma­tiques, à partir de quelles valeurs et pour quelles perspectives.

Il s’inscrit dans une approche sys­té­mique, sur la base d’un chan­gement de posture (une vision globale et trans­versale de l’éducation, non "scolaro-​​centrée", com­par­ti­mentée ou sec­to­risée) et dans une logique poli­tique d’ensemble (la prise en compte sociale et sociétale, commune et conjointe des besoins éducatifs de chaque per­sonne), dans la visée d’un système souple et cohérent d’éducation par­tagée, co-​​construit avec et par tous les acteurs éducatifs. Une co-​​construction qui repré­sente une nou­velle ambition, un nouvel horizon pour être por­teuse d’espoir.

L’éducation ne se guide, ne se conduit, ne s’effectue, ne se déroule, ne se déve­loppe pas plus hors sol qu’hors temps … ou en vase clos.

Dans l’état de "crise"1 qui perdure et s’approfondit, il est urgent de changer de braquet et de rompre avec les idées reçues, les nos­talgies, les incan­ta­tions pas­séistes, les injonc­tions mora­li­sa­trices et… l’accumulation de dis­po­sitifs par­cel­laires et spé­ci­fiques ou les ritour­nelles de for­mules creuses qui sapent confiance et espoir comme celle de l’égalité des chances ou du mérite. Une rupture qui ne peut s’effectuer que si l’on entre déli­bé­rément dans l’avenir en inventant le système éducatif global, par la mise en relation étroite et le partage des fonc­tions éduca­tives, pour le nouveau siècle (l’éducation tout au long de la vie pour une société du savoir et de la connais­sance). Ce qui induit, dans le même temps et en lien avec cette glo­ba­li­sation éducative, une refon­dation moderne de l’École dans ses contenus, ses pra­tiques et son organisation.

Dans cette optique, chaque piste ou pro­po­sition de ce texte est à cla­rifier, ana­lyser, débattre, com­pléter2. La réussite éducative – bien au delà du dis­po­sitif inter­mi­nis­tériel en vigueur - peut ouvrir une dyna­mique de mobi­li­sation et un pro­cessus d’échanges et de partage entre tous les acteurs du champ éducatif. En ce sens la réussite éducative ne peut se confondre avec la réussite sco­laire, encore moins s’y limiter. C’est le concept même de "réussite" qui mérite avant tout d’être interrogé et explicité selon le point de vue pris en compte : celui de la per­sonne, celui de la famille et des pairs, celui de la société et du poli­tique, pour en pré­ciser les contenus.

La réussite éducative de tous, par son approche cohésive, paraît être au cœur des stra­tégies éduca­tives3 pour réa­liser les mis­sions d’une éducation globale, inclusive et inté­grale pour tous4.

La "refon­dation de l’École", néces­saire et urgente, prend tous son sens et toute son ampleur dans ce cadre d’éducation par­tagée, au sein de laquelle surgit l’indispensable adap­tation d’une École pre­mière de base, fon­da­mentale (de 3 à 16ans). Dans ses contenus, ses méthodes et son orga­ni­sation, les cycles d’apprentissage y seront en conti­nuité et arti­cu­lation pour per­mettre l’acquisition des connais­sances et com­pé­tences du "socle commun". Sans pour autant négliger les trans­for­ma­tions néces­saires pour aller vers les par­cours poly­va­lents d’éducation "secon­daire" ou la réor­ga­ni­sation indis­pen­sable du domaine de la petite enfance…

Réussir l’éducation devient un principe fédé­rateur pris en charge par la col­lec­tivité poli­tique et sociale en assurant une orga­ni­sation har­mo­nisée et cohé­rente des temps et des lieux éducatifs, favo­risant les formes d’accompagnement et impulsant les coopé­ra­tions.

Som­maire

LES DÉFIS DU CHAN­GEMENT POUR L’ÉDUCATION DE TOUS

- La question éducative : enjeu poli­tique pri­mordial du changement

- Vers une Éducation Globale, Inclusive et Intégrale

LE DOUBLE ENJEU SOCIAL, DÉMO­CRA­TIQUE ET DE CIVILISATION 

-1-​​ L’enjeu social et démo­cra­tique : Par­ti­ci­pation, coopé­ration, par­te­nariat pour éduquer

-2-​​ L’enjeu de civi­li­sation : réa­lités et consé­quences d’une mutation planétaire.

LA REUSSITE ÉDUCATIVE  : une stra­tégie pour le changement ?

LE CHAN­GEMENT EN EDU­CATION : une méthode

CONCLUSIONpro­vi­soire

LES DÉFIS DU CHAN­GEMENT POUR L’ÉDUCATIONDE TOUS

 

Doutes, inquié­tudes, malaises, inter­ro­ga­tions, sus­pi­cions, inéga­lités, inadap­ta­tions, dété­rio­ra­tions…, carac­té­risent le regard cri­tique porté par la société, l’opinion et les pro­fes­sionnels sur la question de l’Éducation et de l’École. Au temps même où la pers­pective d’une société de la connais­sance et du savoir est affichée et affirmée avec force alors que les ques­tions d’un déve­lop­pement sou­te­nable (écono­mique autant que culturel) deviennent déter­mi­nantes au vu des res­sources natu­relles et des sources d’énergie, des crises finan­cières et sociales, des conflits culturels. Dans le même temps où la "révo­lution numé­rique" trans­forme d’une part l’information et sa vitesse de dif­fusion autant que l’accès pos­sible aux connais­sances et d’autre part permet les réseaux sociaux vir­tuels et les échanges à l’échelle planétaire.

La question éducative : enjeu poli­tique pri­mordial du changement

Dans ce contexte troublé, mouvant, incertain, contra­dic­toire et inquiet, la pre­mière exi­gence est de d’observer et exa­miner trans­ver­sa­lement la question éducative par le croi­sement des regards et la prise en compte com­plète des temps de vie et d’activités (des enfants, des ado­les­cents comme de ceux des adultes). La deuxième est de définir les mis­sions fon­da­men­tales du système éducatif à assurer et remplir par chacune de ses com­po­santes ; un système devant répondre aux néces­sités sociales comme aux exi­gences poli­tiques, aux besoins des indi­vidus comme au bien être et bien vivre des col­lectifs. Mais, avant tout, per­mettre de dépasser les incan­ta­tions, les injonc­tions ou les ins­truc­tions admi­nis­tra­tives qui négligent ou nient les muta­tions pro­fondes, sociales comme tech­no­lo­giques… ou pré­tendent s’y adapter par une "mar­chan­di­sation" du bien commun en ren­forçant de mul­tiples inégalités.

Ce chan­gement de posture est jus­tifié par les enjeux d’une démo­cra­ti­sation véri­table de l’éducation de tous par l’accès de chacun aux mêmes droits, dès la petite enfance, par la coopé­ration et la cohé­rence entre tous les acteurs éducatifs et les pro­fes­sionnels de l’éducation5, en fonction des situa­tions sociales et des besoins éducatifs observés et constatés loca­lement. Quel que soit le lieu, quel que soit le moment, une per­sonne (enfant ou adulte) ne se sau­cis­sonne pas et ne se découpe pas en ron­delles successives.

Il est tout autant jus­tifié par les muta­tions à l’œuvre dans nos sociétés dont l’ampleur et la pro­fondeur affectent les modes et cadres de vie, la culture, la santé, le foi­son­nement des infor­ma­tions, les condi­tions du travail, les rela­tions humaines, les struc­tures fami­liales … et les condi­tions d’accès aux savoirs, notamment par les révo­lu­tions scien­ti­fiques et tech­niques (neu­ros­ciences, bio­tech­no­logies, numé­rique, immatériel…).

Il n’est plus pos­sible de réformer à la marge, de "com­penser", de remédier, de bri­coler, d’ajouter ou mul­ti­plier les struc­tures de rat­trapage et les dis­po­sitifs de répa­ration, de soutien, d’adaptation ou d’insertion sans liens entre eux. Au contraire il s’agit d’avoir le courage de remettre en question cer­taines poli­tiques aujourd’hui inef­fi­caces (malgré les inten­tions affi­chées) pour cause d’inadaptation, d’illisibilité, de cloi­son­nement ou d’isolement les unes des autres voire de gestion étroi­tement admi­nis­trative et finan­cière à l’exemple des ciblages de publics étiquetés, de gui­chets para­chutés et inopé­rants, de zonages sys­té­ma­tiques qui s’entrecroisent ou se concurrencent…

En revanche inventer et construire un tel système c’est vouloir mobi­liser tous les acteurs et tous les pro­fes­sionnels de l’Éducation dans une approche col­lective et par­tagée des besoins éducatifs de tous, quelles que soient leurs situa­tions et dif­fé­rences indi­vi­duelles (sociales, cultu­relles, phy­siques, âges, pré­co­cités ou rythmes de déve­lop­pe­ments), en termes de pré­vention, de com­plé­men­ta­rités et de cohérence.

Une mobi­li­sation qui, si elle se doit d’être orientée et impulsée par les poli­tiques publiques, trouve sa cohé­rence et sa per­ti­nence dans l’élaboration et la mise en œuvre de projets éducatifs et sociaux de ter­ri­toire (débattus, prévus et suivis par une col­lec­tivité) seuls sus­cep­tibles de réa­liser synergies et impli­cation com­munes à tous dans une visée d’émancipation sociale et personnelle.

Vers une Éducation Globale, Inclusive et Inté­grale par :

  • L’invention d’un système éducatif global et souple6 en :

    1. décloi­sonnant les ins­tances éduca­tives pour assurer les conti­nuités éduca­tives dans le temps et dans l’espace

    1. orga­nisant leurs rela­tions et coopé­ra­tions pour répondre aux besoins fon­da­mentaux des enfants, des ado­les­cents et des adultes tout au long de la vie

    1. s’appuyant sur des projets éducatifs ter­ri­to­riaux de proximité et des ins­tances de concer­tation locales avec par­ti­ci­pation des par­te­naires, des pro­fes­sionnels et des acteurs de l’éducation.

  • La refon­dation du système d’enseignement, dans ce cadre d’éducation globale, par­tagée et coor­donnée, sur la base

  1. des connais­sances, com­pé­tences et des capa­cités de dis­cer­nement à acquérir (fon­da­mentaux communs),

  1. de la mise en relation et en ordre des savoirs aca­dé­miques et pra­tiques, d’action et d’expérience,

  1. de la pré­pa­ration aux choix par les travaux et acti­vités de décou­verte, les échanges avec l’environnement social et culturel et le suivi per­son­nalisé des projets et parcours.

Face à ces défis, et à condition d’être définie, par­tagée et pilotée par et entre les trois champs éducatifs, la poli­tique de réussite éducative offre la voie et les moyens d’assurer les coor­di­na­tions néces­saires entre les pro­fes­sionnels et les acteurs, de nouer les col­la­bo­ra­tions et par­te­na­riats indis­pen­sables, de fonder les poli­tiques et actions éduca­tives sur le respect des droits et la réponse aux besoins sociaux et indi­vi­duels iden­tifiés loca­lement7.

Cette poli­tique constitue un point d’appui stra­té­gique pour engager la dyna­mique de décloi­son­nement et de coopé­ration et passer d’une forme uni­quement sco­laire (où les autres dimen­sions éduca­tives sont com­plé­men­taires ou péri­phé­riques) à une forme éducative "globale et inté­grale" (dans laquelle l’École est incluse dans l’ensemble social environnant).

Elle met aussi en évidence le rôle et la force de l’accompagnement (sous des formes col­lec­tives et indi­vi­duelles)8 et des par­cours per­son­na­lisés en leur donnant tout leur sens.

LE DOUBLE ENJEU SOCIAL, DÉMO­CRA­TIQUE ET DE CIVILISATION 

Le chan­gement dans et de l’éducation, et sa nécessité, suppose d’en mesurer à la fois l’enjeu social et de civi­li­sation, autant culturel qu’économique.

La question éducative est d’abord une question de société en termes d’émancipation indi­vi­duelle et col­lective, de justice et de fra­ternité, d’égalité et de solidarité.

-1-​​ ENJEU SOCIAL ET DÉMO­CRA­TIQUE : Par­ti­ci­pation, coopé­ration, par­te­nariat pour éduquer

  • assurer la par­ti­ci­pation effective de tous les acteurs éducatifs qui ren­contrent et accom­pagnent les enfants et jeunes (en premier lieu les familles) dans leurs pra­tiques quo­ti­diennes et contri­buent à la construction de toutes leurs com­pé­tences en faci­litant l’acquisition d’un savoir per­sonnel intégré (penser-​​agir-​​être),

  • per­mettre aux acteurs éducatifs et sociaux qui oeuvrent dans les trois formes d’éducation (for­melle, non for­melle, infor­melle) au travers de ce que l’on peut définir comme LA logique d’éducation par­tagée, de conso­lider, légi­timer et élargir leurs champs d’actions pour mettre ainsi en cohé­rence les dif­fé­rentes acti­vités éduca­tives et sociales "dans et hors de l’École",

  • passer d’un cloi­son­nement entre les diverses ins­tances éduca­tives et d’une igno­rance réci­proque de ce que font les dif­fé­rents acteurs à une coopé­ration et une com­plé­men­tarité, non subor­donnée, de leurs actions et activités,

  • prendre col­lec­ti­vement comme seuls cri­tères l’intérêt global et le vécu des enfants et des ado­les­cents dans les situa­tions sociales et per­son­nelles où ils se trouvent au regard de leurs besoins fon­da­mentaux tels que définis dans la Décla­ration des Droits de l’Enfant (de la nais­sance à 18 ans),

  • mettre en relation les rythmes sociaux et les temps de vie des enfants, ado­les­cents et adultes, en fonction des besoins du déve­lop­pement humain selon les âges pour adapter sou­plement l’organisation et le contenu des temps de vie et d’activités sans sur­charges ni accu­mu­lation ou émiet­tement tem­porel jour­nalier, heb­do­ma­daire et annuel,

 

  • mettre en place une part de for­mation commune (ini­tiale et continue) pour l’ensemble des pro­fes­sionnels de l’éducation (éduca­teurs, conseillers, ani­ma­teurs, ensei­gnants, éduca­teurs spé­cia­lisés, per­sonnels de santé ….)

L’éducation est globale, elle doit donc être inclusive et ne peut se découper en tranches étanches entre les dif­fé­rents pro­ta­go­nistes de l’action publique.

-2-​​ ENJEU DE CIVI­LI­SATION : réa­lités et consé­quences d’une mutation planétaire.

De pro­fondes muta­tions sont en cours dans toutes les régions du globe (glo­ba­li­sation, crises, trans­for­ma­tions, rup­tures, conti­nuités…) et affectent tous les domaines de la vie (climat, res­sources végé­tales et ani­males, catas­trophes natu­relles, diversité, modes de vie…) dans tous les pays.

Elles créent inquié­tudes, angoisses, incer­ti­tudes, pré­ca­rités et… indi­gna­tions, révoltes, replis, xéno­phobie, racisme qui se réper­cutent dans chaque pays et région. La France comme l’Union euro­péenne les subissent plus qu’elles ne les maîtrisent.

L’enjeu de civi­li­sation est celui d’anticiper l’avenir et suppose d’ins­crire clai­rement les projets et les pra­tiques de l’éducation ini­tiale, pre­mière et fon­da­mentale dans la pers­pective de "l’égal accès au droit pour tous à l’éducation et à la for­mation tout au long de la vie".

Quatre de ces muta­tions influent très direc­tement autant sur l’état d’esprit que sur les men­ta­lités et sur les trans­for­ma­tions néces­saires et urgentes en termes de déve­lop­pement écono­mique et social où l’éducation et les appren­tis­sages tiennent une place primordiale :

-la mon­dia­li­sation : c’est à dire autant le village que le marché pla­né­taires, les échanges et trans­ports intra et inter­con­ti­nentaux, la mobilité, les migrations…

Un mot qui mérite d’être décor­tiqué pour ce qu’il veut dire ou exprimer : inter­na­tio­na­li­sation et/​ou uni­ver­sa­li­sation (de qui, de quoi ?). Quelles condi­tions pour maî­triser la mobilité ?

-l’explosion des sciences et tech­niques dans tous les domaines du vivant, de la com­mu­ni­cation, de la vie quo­ti­dienne : bio­tech­no­logies, images, virtuel, internet et numérique.

Un constat qui pose une question essen­tielle sur la notion de progrès (de quoi, pour qui, comment ?).

-la division inter­na­tionale du travail qui s’accélère et bou­le­verse les rap­ports écono­miques et sociaux à l’intérieur des pays et conti­nents et modifie les rap­ports de force entre les pays ou nations…

Ce qui amène des inter­ro­ga­tions sur les modes de pro­duction, le contenu du travail et son sens, son mode d’organisation et de rému­né­ration, ainsi que sur le fonc­tion­nement des échanges de pro­duc­tions (le fameux marché).

-le déve­lop­pement écono­mique et social confronté à l’écologie (pré­ser­vation des res­sources natu­relles, chan­ge­ments cli­ma­tiques, catas­trophes natu­relles, épidémies…) comme au modèle de crois­sance fondé sur le pro­duc­ti­visme et la financiarisation.

Ce qui conduit à la question du type de société (et du "modèle social") sou­haité, voulu, prévu, pro­bable, réa­li­sable…

Ces muta­tions mettent en question les poli­tiques sociales et leur frag­men­tation, elles inter­rogent sur leur contenu, sur les pra­tiques et sur les struc­tures offertes.

Elles imposent des chan­ge­ments pro­fonds d’orientation tout en tenant compte de leur per­ception et de leur "acceptabilité".

Pour affronter ces enjeux, répondre à ces défis et impulser une dyna­mique mobi­li­sa­trice, un projet éducatif et social pour le XXIè siècle est à pro­poser dans le pro­lon­gement, le renou­vel­lement et l’élargissement des orien­ta­tions cultu­relles, démo­cra­tiques et sociales du plan Langevin-​​Wallon.

Ce projet novateur est celui d’une de l’éducation globale, inclusive et inté­grale9.

Ces trois termes associés, de manière para­dig­ma­tique, par­ti­cipent d’une moder­ni­sation et d’un appro­fon­dis­sement sys­té­mique des pra­tiques démo­cra­tiques en défi­nissant à la fois un idéal , un projet, un objectif et un cadre pour conjuguer, décliner et concré­tiser l’ensemble des mis­sions éduca­tives et sociales.

Nou­velle fron­tière, "ardente obli­gation" ou nou­velle donne, cette orien­tation éducative est insé­pa­rable des projets de déve­lop­pement humain des ter­ri­toires, de la com­pré­hension et de la maî­trise des outils numé­riques et des formes d’économie sociale et soli­daire au travers des connais­sances et com­pé­tences à acquérir et renouveler.

LA REUSSITE ÉDUCATIVE : une stra­tégie pour le changement ?

Devant ces enjeux, quatre ques­tions "poli­tiques" se posent (question ancienne que celle de la "stra­tégie du chan­gement" !) quant à la manière d’orienter, sou­tenir, impulser et accom­pagner une dyna­mique de chan­gement et d’innovations :

  • celle d’un chan­gement de posture : mettre l’enfant et l’adolescent au cœur de son éducation et de son appren­tissage, en tant que per­sonne inté­grale, dans le cadre de la construction de SON savoir, de SES com­pé­tences et de la construction pro­gressive de SON auto­nomie. Ce qui induit de partir de la réflexion col­lective et sociale sur le contenu de ses temps de vie, ses lieux et moda­lités d’apprentissage incluant l’accès à ses droits d’expression et de participation.

  • celle de la variété et de la com­plexité des attentes des dif­fé­rents acteurs selon leurs posi­tions sociales, leurs acti­vités pro­fes­sion­nelles, leurs convic­tions et cultures per­son­nelles mais aussi de leur loca­li­sation et habitat.

  • celle de la défi­nition même de "réussite éducative", qui n’est pas uni­quement sco­laire mais aussi sociale, civique et pro­fes­sion­nelle, arti­culée avec le déve­lop­pement d’un ter­ri­toire qui n’est pas seulement écono­mique mais avant tout humain.

  • celle de l’agencement et du dérou­lement des conti­nuités éduca­tives dans le temps selon la durée et le déve­lop­pement per­sonnel (par exemple celle de la sco­larité obli­ga­toire, de tel appren­tissage ou de telle for­mation pro­fes­sion­nelle) et dans l’espace selon les lieux et moments de vie (école, loisirs, acti­vités spor­tives, cultu­relles, sociales…)

Les poli­tiques éduca­tives sont à concevoir comme réponse aux besoins éducatifs de chacun définis socia­lement, dans un esprit de cohé­rence entre tout ce qui est encore com­par­ti­menté ou dissocié.

Elles sont à situer, orienter et élaborer, à partir du principe d’éducabilité, dans l’approche trans­versale de l’éducation par­tagée10, en pers­pective d’éducation tout au long de la vie, sur la base de l’ensemble des com­pé­tences (les huit com­pé­tences clefs de l’UE)11

La mise en œuvre de la réussite éducative depuis 2007 malgré ses ambi­guïtés, inco­hé­rences ou dif­fi­cultés, repré­sente cependant un premier support pour :

- appré­hender et débattre du champ de l’éducation et de ses dif­fé­rents domaines, de leurs liens, de leurs spé­ci­fi­cités et de leurs responsabilités

  • redé­finir les contenus et les moyens de la pre­mière éducation ini­tiale (petite enfance, enfance et adolescence)

  • mettre en arti­cu­lation, effective et suivie, les lieux et les moments où les "jeunes" apprennent (temps de vie, sociaux, fami­liaux, temps libre, temps contraint, temps choisi, loisirs…)

La réussite éducative conjugue et conjoint deux intérêts : celui de la per­sonne (l’enfant et l’adolescent) en assurant son accom­pa­gnement et le suivi de son par­cours, celui de la société en élevant les capa­cités et com­pé­tences humaines et sociales.

Le bilan et une mise à plat col­lective de l’existant, de tous les dis­po­sitifs d’aide et soutien, d’accompagnement, d’insertion, de rat­trapage (Clas, E2C, Reaap, Pre..) avec la par­ti­ci­pation des jeunes et des parents, faci­li­terait ou ren­for­cerait la mise en place de par­te­na­riats et coopé­ra­tions effi­caces concernant :

  • la vali­dation des par­cours avec et pour les acteurs

  • les usages et pos­si­bi­lités du langage numé­rique et de ses appli­ca­tions, transformateur/​co-​​producteurs d’échanges réci­proques de savoirs

  • la recons­truction de la relation enseignant/​enseigné pour devenir "accompagnant/​accompagné" (for­ma­tions ini­tiales et continues) et un rôle de médiateur et "d’ordonnateur" des savoirs par une trans­mission "active" du sens de ces acquisitions,

  • la res­pon­sa­bilité par­ti­cu­lière de chaque ins­ti­tution, orga­nisme, asso­ciation dans cette éducation par­tagée et leurs échanges complémentaires

  • l’orientation sco­laire et pro­fes­sion­nelle, au travers de l’accompagnement du par­cours, se trouve au car­refour des dimen­sions per­son­nelles acquises et ne peut être vue, en termes de choix et de conseil, que comme un pro­cessus d’expression et de réa­li­sation, pour et par chaque per­sonne (jeune puis adulte), des com­pé­tences pos­sédées, des apti­tudes, des capa­cités d’initiatives…

Elle répond aussi à la nécessité de redonner confiance à chacun en lui même, et à la col­lec­tivité en ses res­sources humaines.

Ce faisant elle permet d’aborder en pra­tique une des grandes question d’aujourd’hui : celle du Savoir (des savoirs, y compris sociaux) et de sa transmission…

LE CHAN­GEMENT EN EDU­CATION : une méthode

La réussite éducative de tous et pour tous peut être le cœur d’une stra­tégie par­ti­ci­pative de changement

La poli­tique de réussite éducative n’a de sens que si elle est une poli­tique de proximité, proche des habi­tants. Orientée et définie natio­na­lement elle ne peut être mise en œuvre que loca­lement et sous la res­pon­sa­bilité des col­lec­ti­vités ter­ri­to­riales d’où les deux nécessités :

  • d’un cadre nouveau inter­mi­nis­tériel avec pilotage par des ins­tances locales impli­quant la pré­sence et la par­ti­ci­pation des acteurs locaux concernés, ce qui signifie sans doute une loi cadre d’orientation défi­nissant les mis­sions géné­rales de l’Éducation par­tagée, les buts d’une éducation inté­grale et inclusive, les objectifs sociaux visés en pers­pective d’éducation et appren­tissage tout au long de la vie.

Loi qui devrait com­prendre une inci­tation forte à la mise en place de projets éducatifs globaux de ter­ri­toires et de struc­tures de concer­tation pour piloter l’action éducative globale et coor­donner les actions spé­ci­fiques des ins­ti­tu­tions et par­te­naires, avec une "obli­gation de moyens".

Un encou­ra­gement à l’innovation éducative et sociale sur l’ensemble des champs (y compris l’École) serait une faci­li­tation de la mobi­li­sation et de prise d’initiatives, par l’assouplissement des règles admi­nis­tra­tives et l’instauration d’un "pôle" inno­vateur commun à toutes les ins­ti­tu­tions ayant en charge des fonc­tions éducatives.

  • d’une obli­gation de défi­nition et de mise en œuvre de poli­tiques éduca­tives dans chaque ter­ri­toire, en sub­si­dia­rités entre ter­ri­toires (villes, com­mu­nautés, dépar­te­ments, régions…) en s’appuyant sur l’élaboration col­lective d’un projet éducatif et social de ter­ri­toire, avec des « comités locaux pour les réus­sites  » en évitant la mul­ti­pli­cation de dis­po­sitifs "spé­cia­lisés" réputés pérennes,

L’éducation n’est pas une chance mais un droit

L’égalité n’est pas un hasard mais une valeur

L’égalité des chances est un faux sem­blant, l’égalité des droits une conquête

La réussite éducative est dignité et droit

La réussite éducative peut être un puissant facteur d’émancipation per­son­nelle et collective

Penser global et agir local oui, mais aussi penser local et agir global !!!

Face à l’urgence des chan­ge­ments mais aussi à l’inquiétude et à l’état d’esprit des acteurs (la poli­tique menée depuis cinq/​dix ans…) le temps du débat, de la réflexion col­lective et de la concer­tation doit être res­pecté (selon la formule chère à un ancien ministre : "convaincre et non contraindre") avant toute décision.

C’est lors d’un tel débat que "l’acceptabilité sociale" de mesures envi­sagées pourra être vérifiée.

A l’issue de ce temps, un texte cadre d’orientation sur l’Éducation pourrait être soumis au Parlement.

Si la concer­tation en cours est néces­saire et utile, elle ne saurait prendre la place de ce temps de débat et d’appropriation indis­pen­sable pour tous les acteurs qui auront à mettre en œuvre les orien­ta­tions retenues, notamment aux niveaux des Régions, des Dépar­te­ments, des col­lec­ti­vités ter­ri­to­riales et des bassins d’éducation en lien avec les nou­velles com­pé­tences attri­buées par une nou­velle phase de décentralisation …

Les résultats de la concer­tation pour­raient (devraient ?) être suivis et com­plétés, sous des formes variées et conver­gentes comme :

  • une confé­rence "éducative" nationale, des­tinée à dégager les prin­ci­pales thé­ma­tiques concernant l’éducation, sur le modèle des journées thé­ma­tiques de janvier 1998 pilotées par E.Morin

  • un comité "scien­ti­fique" pour fixer un cadre (les ques­tions à aborder) et une échéance pour ces débats (par exemple fin décembre ou janvier 2013) et confier l’organisation de confé­rences régio­nales thé­ma­tiques aux col­lec­ti­vités avec la mobi­li­sation des associations.

  • la mise à dis­po­sition de docu­ments de travail (rap­ports, travaux…) issus des dif­fé­rents minis­tères concernés et réper­toires d’initiatives, expé­ri­men­ta­tions et inno­va­tions, de rap­ports et travaux de recherches avec l’aide des asso­cia­tions d’éducation popu­laire et du travail social

  • l’encouragement à la tenue d’assises ter­ri­to­riales, sur des thé­ma­tiques et pré­oc­cu­pa­tions concernant les champs éducatifs locaux et asso­ciant l’ensemble des acteurs concernés.

CONCLUSIONpro­vi­soire

  • En quoi les projets éducatifs ter­ri­to­riaux peuvent-​​ils être fac­teurs de réus­sites éducative et sociale pour tous les acteurs de l’éducation dans sa glo­balité (enfants, jeunes, familles, pro­fes­sionnels, asso­cia­tions, ins­ti­tu­tions publiques, col­lec­ti­vités territoriales…) ?

-Quels accom­pa­gne­ments et leviers mobi­liser dans les dif­fé­rents lieux ayant vocation et fina­lités éduca­tives : lieux de vie et d’habitat, espaces de loisirs, biblio­thèques, centres de soins…, dans l’Ecole et hors de celle-​​ci ?

Mots clefs du chan­gement à par­tager :

accom­pa­gnement – acteur – alternances(s) – autonomie (per­sonnes, col­lectifs, établis­se­ments…) - auto déter­mi­nation (auto évaluation) - besoins (latents, exprimés,réels) - com­pé­tences (savoir, capa­cités, potentialités) – coopération – conti­nuités éduca­tives (temps, espaces) - éducation (ensei­gnement, for­mation, appren­tis­sages, formel, non formel, informel) – émancipation – évaluation (contrôle, appré­ciation, critères) – globalité (trans­ver­sa­lités) - inclusion – inno­va­tions – inté­gralité (totalité, inté­grité) - inter­gé­né­ra­tionnel (trans­mission, réciprocité…) – orientation – par­cours (per­son­na­li­sation, individuation) – projets (dyna­mique, processus…) – proximité - réus­sites (per­son­nelle, sociale, éducative, scolaire) – savoir et/​ou savoirs (dis­ci­pli­naire, pra­tique, intégré, connaissances…) – temps (sociaux, de vie, de travail, rythmes, temps libre/​contraint…) - ter­ri­toire (espaces, de vie, de rela­tions, apprenant) … etc. !

1 "La crise se produit quand le vieux monde tarde à mourir et le nouveau à naître" (A. Gramsci) à quoi il ajoutait (pres­cience ?) "dans ce clair obscur, des monstres peuvent surgir"… Si l’éducation éman­ci­pa­trice était une pierre pour l’émergence de ce "nouveau" et un rempart contre les monstres ?

3 En plaçant la Réussite éducative au cœur de son projet asso­ciatif, la Fédé­ration Générale des PEP fournit un argu­men­taire concret de cette stra­tégie et du sens de l’approche globale de la question de l’éducation partagée.

4 Autant, sinon plus, que dans d’autres domaines, la séman­tique à propos d’éducation est cru­ciale si l’on veut éviter les incom­pré­hen­sions, confu­sions, consensus creux, ambi­guïtés, dérives et "effets pervers. La poly­sémie de la plupart des mots de l’éducation exige que la défi­nition, la signi­fi­cation et le sens des termes employés soient tou­jours expli­cités entre acteurs et pro­fes­sionnels, comme au niveau poli­tique. Chacun des acteurs doit pouvoir exprimer et confronter ses repré­sen­ta­tions et le sens qu’il com­prend, donne ou veut donner au terme utilisé, pour vérifier que l’on parle et vise bien le même objet.

5 Par acteurs sont entendus tous ceux (et celles) qui inter­viennent dans ou sur les domaines éducatifs ou qui sont concernés par leurs res­pon­sa­bi­lités et com­pé­tences pro­fes­sion­nelles ou poli­tiques : acteurs ins­ti­tu­tionnels, per­sonnels des col­lec­ti­vités, urba­nistes, archi­tectes, ani­ma­teurs socio culturels, tra­vailleurs sociaux, per­sonnels médico-​​sociaux, ensei­gnants de tous niveaux, for­ma­teurs, acteurs asso­ciatifs … En n’oubliant pas les pre­miers concernés : familles et jeunes !

6 Le terme de système est pris au sens sys­té­mique, c’est-à-dire de mise en inter­re­la­tions et en lien de tous les lieux assurant une fonction éducative avec une connais­sance et recon­nais­sance de leurs res­pon­sa­bi­lités spé­ci­fiques. Ce qui induit un système col­la­bo­ratif et coopé­ratif en réseau…

7 Le respect des droits vise la justice sociale et non la charité ou la com­pen­sation. La question des besoins prise sous la forme d’études diag­nos­tiques par­tagées pour les iden­tifier col­lec­ti­vement sur le ter­ri­toire considéré, permet d’apporter les offres ou réponses pertinentes.

8 L’accompagnement (col­lectif et/​ou indi­viduel) est un facteur clef de l’éducation globale car il s’agit de prendre en compte la per­sonne qui s’éduque, avec ses besoins propres, et non une cible étiquetée à l’avance. Voir l’ouvrage de D. Zay sur l’éducation inclusive

9 L’éducation globale, inclusive et inté­grale (en réfé­rence aux orien­ta­tions avancées, notamment, par l’Unesco et l’OCDE) apporte, réunit et assemble les objectifs sociaux, cog­nitifs et péda­go­giques dans une orien­tation sys­té­mique qui suppose que chaque élément soit mis en relation avec tous les autres en vue d’une coopé­ration fondée sur des objectifs communs. Le terme d’inclure (au lieu d’exclure ou sélec­tionner ou dis­cri­miner) doit donc être débattu au regard des valeurs éthiques. Inté­grale permet de donner sens en pré­cisant qu’il s’agit de toutes les fonc­tions et tous les champs éducatifs cor­res­pondant à l’intégralité de la per­sonne. Dans tous les cas ces termes doivent être expli­cités pour éviter les dérives ou le risque d’enfermement voire de tota­li­ta­risme sous pré­texte d’adaptation ou prag­ma­tisme comme on peut le déceler avec les poli­tiques de "cibles" ou de "zones" au risque de la stig­ma­ti­sation. Ou encore l’usage du terme intégrer, dont le sens est devenu "se couler dans le moule" d’une norme en niant ou gommant ses particularités…

10 Ana­lyses, pers­pec­tives, pré­ci­sions, exemples dans les Cahiers de l’action n°7 (INJEP-​​juin 2006)

11 Prendre les com­pé­tences clefs adoptées par l’UE comme base commune, outre la dimension d’intégration euro­péenne, favorise la réflexion col­lective sur l’ensemble des domaines éducatifs, leurs spé­ci­fi­cités, com­plé­men­ta­rités et rela­tions pos­sibles. Elles font appa­raître une "com­pé­tence" essen­tielle (oubliée dans les sept com­po­santes du socle commun), qui doit sans doute être la carac­té­ris­tique de l’École refondée : l’apprentissage du "savoir apprendre" !