PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Aujourd’hui avec la crise des systèmes éducatifs il semble que c’est le sens d’éduquer qu’on a perdu. En effet, peu de programmes éducatifs s’intéressent à l’ « expérience » de l’apprenant et à l’acte de se rendre compte d’un objet dans le processus d’acquisition d’un savoir ou d’une connaissance. 

Pourtant, un peu partout à travers le monde on constate le mécontentement des nouvelles générations face à des programmes d’éducation nationale qui tendent de plus en plus vers la marchandisation de l’éducation. D’une part, il y a un système national qui exige des résultats mesurables dans ses simples preuves de mesure et, d’autre part des enseignants et les directions d’écoles qui doivent répondre à cette pression tout en cherchant des réponses rapides traversées par des méthodologies hypothétiquement innovatrices. Tandis que d’un autre côté, les budgets des écoles et des programmes éducatifs sont directement touchés par les coupes et les mesures d’austérité mises en place par les gouvernements, rendant ainsi la pratique d’éduquer encore plus difficile. Finalement, «nous sommes à un point où la position des principaux acteurs du système d’éducation (enseignants, élèves et responsables des programmes éducatifs), devient de moins en moins conciliable.

 
Malgré la situation et cette problématique, les intervenants sont d’accord pour dire qu’il est primordial que l’apprenant soit actif, intéressé, motivé et ainsi de suite dans ses apprentissages. En fait, plusieurs recherches démontrent que l’instruction systématique, la présentation ordonnée de savoirs, la correction des erreurs par l’enseignant, la répétition, l’appel à la mémoire, le développement d’automatismes, la connaissance et la maîtrise d’un grand nombre de faits par des pratiques et des exercices, sont les éléments essentiels de l’apprentissage et de la compréhension. Pourtant, l’instruction et l’éducation ne sont pas forcément une même chose. En effet, une instruction est une forme d’information qui contient à la fois une commande et une explication tandis que l’éducation est étymologiquement l’ « action » de faire produire et de faire développer.  

Conséquemment, le sujet de notre article sera traité à partir du sens étymologique de l’éducation, c’est-à-dire de l’ « acte de faire développer ». Nous allons voir comment le registre, (concept central de la phénoménologie psychologique développé par Silo), permet d’aborder l’acte d’éduquer sous une nouvelle perspective

 
Selon Aguilar et Bize, l’éducation est la plus noble des activités humaines parce qu’«elle» est à l’avant-garde de la direction évolutionnaire de l’être humain. Mario Aguilar et Rebeca Bize sont les auteurs de l’ouvrage Pédagogie de l’intentionnalité Éduquer pour une conscience active. Bize est chercheure et professeur de l’université de Santiago du Chili tandis que Aguilar est enseignant et le porte-parole d’un grand syndicat d’enseignants au Chili.
 
Pour Bize, aujourd’hui la préoccupation majeure des systèmes éducatifs se retrouve dans les objets externes et non dans l’expérience de l’apprenant. Autrement dit, le modèle pédagogique actuel exclue l’expérience personnelle de l’élève. Pourtant, les programmes éducatifs sont souvent considérés comme l’élément fondamental dans le développement des personnes. En fait, l’apprenant se retrouve au cours de sa vie académique en rapport constant avec les données de la connaissance ou/et avec des savoirs-faire. Ainsi il nous semble que l’expérience de l’apprenant devrait être déterminante dans le processus d’apprentissage. Bize parle de la primauté du registre interne dans le processus. Le registre signifie l’expérience vécue que l’on a d’un phénomène. Pour Bize et Augilar le registre d’apprendre est lié à «mon faire».
 
Le registre est l’expérience de la sensation. Il est produit par les stimuli détectés grâce aux sens internes ou externes, et est accompagné d’un souvenir ou d’un élément imaginaire. Le registre, « signifie l’expérience vécue que l’on a d’un phénomène, c’est-à-dire la manière dont la conscience l’enregistre, « l’impression» du phénomène dans la conscience» (Silo,1999, p. 33).
 
Selon les auteurs l’action dans le monde est une forme transférentielle. Pour Bize: «il est clair que dans les idées de l’existentialiste nous trouvons une direction qui est proche à la vision d’une éducation qui permet d’examiner les profondeurs et les complexités de l’être humain sans pour autant le soumette à des caractéristiques mécaniques et réductionnistes». Leur pédagogie se rapproche de l’étude des bases physiologiques de la conduite et de la conscience, à savoir, une psychologie expérimentale. Ils reprennent l’approche descriptive phénoménologique. Ils proposent la remise en question des fondements du système d’éducation et de la pédagogie « dite » traditionnelle.
 
Le tableau présente les grandes orientations d’une pédagogie de l’intentionnalité et d’une pédagogie traditionnelle.
 
Pédagogie traditionnelle
Pédagogie de l’intentionnalité
– une éducation comme « un fait »  économique structurant
– une éducation comme un fait « social et
culturel »
– une éducation de l’extériorité
– une éducation ayant comme point de départ l’espace interne (le registre) et l’extériorité de la personne.
– une éducation ayant comme but l’instruction
– une éducation ayant comme but le
développement « des potentialités de la
personne »
– une éducation qui cherche l’uniformisation d’une vision de la réalité
– une éducation qui s’ouvre sur une vision plurielle de la réalité
– une éducation qui accorde une certaine
appréciation à la violence ou à certains moments violents
– une éducation ayant un engagement explicite pour une culture de la non-violence (à tous les instants)
– une éducation qui accorde une certaine
importance à la continuité sociale
– une éducation qui accorde une importance à la transformation sociale

Éduquer pour une conscience active

Dans leur ouvrage, les auteurs expliquent que tous les systèmes internes (centres) participent à l’ « apprendre »; le végétatif, le motrice, l’émotif et l’intellectuel. Les sens reçoivent les stimuli et mobilisent l’intérêt de la conscience. Depuis «mon faire», j’obtiens un registre, je ressent la sensation enregistrée qui mobilise les centres et la mémoire. La mobilisation des centres internes correspond à une surcharge qui déclenche son activité. Les auteurs décrivent l’existence de deux circuits d’impulsions internes qui produisent «le registre interne». Un premier circuit correspond à la perception, à la représentation, à une nouvelle saisie de la représentation et à la sensation interne. Un autre circuit indique la sensation d’apprendre en faisant. Il y a une prise de ré-alimentation de cette activité qui va en deux directions, à la mémoire et à la conscience. «Si je ne pouvais pas ré-alimenter en «enregistrant à nouveau une nouvelle donnée» des mouvements de mes sens internes et externes, je ne pourrais les perfectionner. Par exemple, j’apprends à écrire sur mon clavier par répétition ; j’apprends en enregistrant des actes selon mes réussites et mes erreurs; et c’est uniquement en réalisant des actes d’erreurs et de réussites que je peux perfectionner mes mouvements. Plus j’acquiers de fluidité dans mes mouvements et plus l’action d’écrire sur un clavier correctement devient automatique. Ainsi plus je répète les actions de réussites, plus je ressent le registre d’exactitude, et finalement plus mes gestes et mouvements deviennent automatiques. 

Trop souvent la pédagogie à souffert d’un grand préjugé selon lequel on apprend les choses simplement par le fait de les penser et de les mémoriser. C’est peut-être pour cette raison que peu de programmes et peu d’approches pédagogiques ce sont penchés sur l’ « acte de se rendre compte » lors du processus d’acquisition d’un savoir ou d’une connaissance.

 
Quant à la perception, diverses définitions en ont été données, telle que: « Acte de se rendre compte des objets externes, de leurs qualités ou de leurs relations, perception qui, à la différence de la mémoire ou d’autres processus mentaux, s’oriente directement vers des processus sensoriels». Pour notre part, nous comprendrons par perception, une structuration de sensations faite par la conscience, se référant à un sens ou à plusieurs sens, c’est le registre de la donnée sensorielle. (Silo, 1995, p.5)
 
Certes, on apprend parce qu’on reçoit des données, mais celles-ci ne restent pas simplement mémorisées : elles correspondent toujours à une image qui impulse à son tour une nouvelle activité (comparaison, réfutation, d’hypothèses, association, différenciation, synthèse, etc.). Cela nous montre la continuelle activité de la conscience et non sa prétendue passivité, par exemple selon laquelle sa fonction est simplement d’emmagasiner des données. Finalement, nous observons que ce sont les mécanismes et l’activité de la conscience qui permettent la ré-alimentation de la représentation et conséquemment qui permettent à l’apprenant de ressentir le registre d’exactitude dans l’acte de faire.
 
Dans nos prochains articles nous allons aborder, l’image, l’espace de représentation et la reconnaissance rapide dans le processus d’acquisition d’un savoir et d’une connaissance.