PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Un regard sur la journée d’étude de PRISME, ce mardi 8 février au CNAM à Paris
où il est question
 
– du socle commun de connaissances et de compétences
– des nouveaux vieux programmes
– de l’éducation et des projets éducatifs territoriaux
– de la connaissance des pratiques pédagogiques
– du pilotage par les résultats
 

Education et territoire à travers PRISME

L’association PRISME (promotion des initiatives sociales en matière éducative. (www.prisme-asso.org) organisait ce mardi 8 février, dans un amphithéâtre du conservatoire national des métiers à Paris une journée d’étude réunissant des experts, des responsables d’associations, de syndicats, de mouvements, des universitaires, des professionnels de l’éducation et de l’animation, sur le thème : en quoi l’approche du socle commun de compétences et de connaissances amène-t-elle à repenser les projets éducatifs locaux ?

Notons que PRISME, dont le président est Jean Roucou et le secrétaire Jacques GUYARD (ancien ministre, ancien député-maire d’Evry) est un lieu de rencontres, en particulier entre le monde de l’éducation et celui des élus, et un centre de ressources.

Son site Internet est une véritable mine d’informations sur tout ce qui bouge en éducation sur les territoires avec des présentations complètes des expériences qui peuvent être conduites par les collectivités. Les participants ont été accueillis par Christian Forestier, ancien recteur, ancien directeur de cabinet du ministre Jack Lang, membre du HCE, administrateur général du CNAM, qui a présenté le CNAM, son histoire et son action internationale, et a évoqué les travaux de la commission sur les rythmes scolaires qu’il préside et qui a rendu un premier rapport au ministre Luc Chatel.

La table ronde de la matinée était animée par Olivier Masson, délégué national auprès de la JPA.

Trois experts invités se sont d’abord exprimés  : Alain Bollon, expert auprés de l’UNESCO sur l’évaluation des systèmes éducatifs, Pierre Frackowiak, IEN honoraire, auteur, François Burban, docteur en sciences de l’éducation, centre de recherche Nantes. Un discutant, Frédéric Jesu, pédopsychiatre, vice-président DEI France, a commenté ces exposés avant que la parole soit donnée à la salle.

L’un des intervenants, Pierre Frackowiak, étant l’un des auteurs d’Educavox, nous lui avons demandé un résumé de son intervention :

« J’aurais volontiers inversé la question : en quoi le concept de projet éducatif local amène-t-il à repenser l’école et ses programmes ?

La formulation initiale place l’école au centre, les PEL étant alors à la remorque, au second plan. Or, dans une conception globale de l’éducation, moderne, partenariale, territorialisée, c’est le projet éducatif local inscrit dans un projet de société qui s’impose après mobilisation de l’intelligence collective, concertation, dialogue, avec un accompagnement des acteurs. Le projet d’école ou d’établissement est inclus dans le projet éducatif territorial.

L’enjeu est alors de mettre de la cohérence dans les projets des différents acteurs de l’éducation : enseignants, parents, animateurs, élus, personnels spécialisés. Les finalités des actions de chacun étant les mêmes

Le socle actuel – qui est un progrès – est-il un outil pour l’école et pour le PEL ? Non

1° la priorité reste l’école et ses programmes disciplinaires cloisonnés ravalés de temps en temps qui s’imposent depuis toujours (finir son programme !)

2° les programmes de 2008 on été écrits par des auteurs inconnus qui n’ont tenu aucun compte du socle. Ils ne savaient même pas qu’il existait. L’inspection générale a ensuite tenté de démontrer qu’il y avait cohérence entre les programmes et le socle ce qui est faux

3° les évaluations ne portent que sur les maths et le français.. et leurs aspects les plus mécaniques.

Il ne s’agit d’ailleurs pas d’évaluation mais de contrôle. Le socle est donc, comme le projet d’école, un document qui reste dans un tiroir, que l’on ressort de temps en temps pour les réunions, mais qui n’impacte pas les pratiques au quotidien.

Le pilotage par les résultats mécaniquement associé à la notion de remédiation (mirage du principe panne/réparation) aggrave les dangers de destruction de l’école.

Les pistes de progrès

1° donner à l’école, une réelle priorité au global et au transversal, au sens

2° garantir l’articulation, le respect, de l’éducation formelle, non formelle, informelle, la prise en compte des savoirs et compétences acquis hors de l’école

3° garantir la cohérence valeurs/finalités/contenus/méthodes. Exigences sur les valeurs et finalités pour tous les acteurs, souplesse pour la mise en œuvre des programmes

4° interdire toute réforme qui ne soit pas complète, un plan à 10, 20, ou 30 ans. Plus de mesures accumulées au fil du temps et des besoins électoralistes. Une mobilisation de la Nation…

5° redonner toute sa place à la pédagogie.

A noter qu’au cours du débat, Pierre Frackowiak a été particulièrement interrogé sur le problème des pratiques pédagogiques, sur leur cohérence avec les valeurs (démocratie, émancipation, autonomie, responsabilité) et sur la maîtrise de ces pratiques par les enseignants.

L’un des interlocuteurs considérait qu’il était difficile aux enseignants d’évaluer les élèves si eux-mêmes n’étaient pas en mesure d’évaluer leurs propres pratiques.

Notre auteur a expliqué pour quelles raisons il était difficile aux enseignants de s’auto évaluer (choix des situations, conditions de mise au travail des élèves, raisons des décisions, des interventions, des modifications de situations, représentations du métier, valeurs, etc) et à quel point le pilotage par les résultats qui se généralise sans avoir fait l’objet de débat et de concertation, peut aggraver la stagnation ou la dégradation de l’acte pédagogique. La disparition d’une réelle formation pédagogique a posé et posera des problèmes dramatiques au système éducatif.

Il a rappelé l’un de ses slogans : « Le pilotage par les résultats n’a pas de sens dans la mesure où le système, les inspecteurs sont incapables de mettre en relation les résultats des élèves avec les pratiques qui les produisent.

La seconde table ronde, l’après-midi, était animée par Pascal Bouchard, rédacteur en chef du site (payant) www.touteduc.fr, auteur, avec Jean-Claude Richez, responsable de l’unité de la recherche, des études et de la formation de l’INJEP (institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire) et de Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l’IUFM de Créteil, auteur. Les débats ont alors portés sur la notion de territoire et sur la mobilisation de tout ce qui, sur un territoire donné, peut impacter l’éducation.

Jacques Guyard et Jean-Claude Guérin, inspecteur général honoraire, ont tiré les conclusions de cette journée qui connaîtra des développements sur lesquels nous reviendrons lorsque PRISME publiera les actes de la rencontre.

Le thème de cette journée intéresse particulièrement Educavox. Juste un exemple avec l’entrée spécifique des technologies nouvelles : l’Etat suggère et impose le développement des TIC à l’école. Ce sont les collectivités qui financent les équipements (commune, département, région). Pourra-t-on admettre encore longtemps que ces financeurs, sans succomber au « qui paie décide » puissent encore se désintéresser de l’usage qui est fait de leur investissement, s’interdire d’entrer dans le débat pédagogique (investir dans les TIC pourquoi), hésiter à développer les rapports entre projet d’établissement et projet éducatif de territoire ?

Michelle Laurissergues

 

Categories: 3.3 Compétences

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