PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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TABLE DES MATIERES
 
Résumé
 
Introduction
 
1 Méthodologie
I Comment mesurer la ségrégation?
II L’indice d’exposition normalisé
 
2 La ségrégation sociale et scolaire entre les établissements
I Au niveau national
1 Ségrégation sociale
2 Ségrégation scolaire
II Disparités géographiques
1 Les départements urbains plus concernés par la ségrégation entre établissements
2 Les communes à forte ségrégation ont des profils variés
 
3 La ségrégation sociale et scolaire entre les classes de chaque établissement
I Analyse macroscopique
II Les biais des indicateurs classiques pour mesurer la ségrégation intra-établissement
III Le rôle des langues et des options
1 Les classes bilangues
2 L’option latin
 
Conclusion
 
Annexe
A Les indices de ségrégation
 
Bibliographie
 
INTRODUCTION
En France, les collégiens et lycéens d’origine aisée comptent en moyenne dans leur classe deux fois plus de camarades également d’origine aisée que les autres élèves. Alors qu’une classe de 25 élèves
contient en moyenne 5 élèves CSP+1, un élève lui-même classé CSP+ en comptera en moyenne 10 dans sa classe. 20% des élèvesfavorisés de troisième comptent même plus de 15 élèves favorisés dans leur classe, alors que seuls 2% des élèves des classes moyennes et défavorisées en comptent autant.
Ces chiffres, qui portent sur la cohorte entrée en sixième en 2007 et sont calculés à partir des bases administratives du Ministère de l’Éducation nationale, permettent de caractériser le degré de ségrégation sociale qui existe dans l’enseignement secondaire français. Ils montrent que les élèves évoluent dans des environnements différents en fonction de leur origine sociale, une situation qui est susceptible d’aggraver les inégalités scolaires. Au-delà de la question de la réussite scolaire, cette situation d’entre-soi est regrettable à l’âge de l’apprentissage de la citoyenneté et du vivre-ensemble.
Cette note présente les premiers résultats d’une étude sur la mixité sociale qui sera publiée à la rentrée 2015 dans le rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) sur les inégalités sociales à l’école. Son objectif est de dresser un panorama complet de la ségrégation sociale et scolaire dans l’enseignement secondaire français, afin d’éclairer les débats actuels sur la mixité sociale à l’école, et en particulier les échanges qui auront lieu lors de la conférence de comparaisons internationales, organisée par le Cnesco les 4 et 5 juin 2015 à Paris, sur la mixité sociale, scolaire et ethnoculturelle à l’école. Elle vient combler un manque dans la littérature en économie et sociologie de l’éducation, en étant la première à proposer un diagnostic : 
– portant sur l’ensemble du territoire national ;
– sur le collège et le lycée 2 ; 
– mesurant la ségrégation sociale et scolaire ;
– intégrant les dimensions inter- et intra-établissement.
Plusieurs études ont cependant permis d’introduire des premières données chiffrées dans le débat. Les premiers éléments quantitatifs précis ont été apportés par Felouzis (2003), qui a analysé la répartition des 144 000 élèves scolarisés dans les 333 collèges de l’académie de Bordeaux pendant l’année scolaire 2000-2001. À partir de la base élèves académique, il a déni une variable ethnique en utilisant le prénom des élèves, en dinstinguant élèves autochtones et allochtones (prénoms d’origine étrangère, 7,1% des élèves). Cette variable a permis de mesurer le degré de regroupement de ces élèves dans certains collèges : par exemple, 10% des collèges scolarisent 26% des élèves allochtones. Pour atteindre l’équilibre parfait, il faudrait en théorie demander à 4,9% de l’ensemble des élèves de l’académie de changer d’établissement, soit plus de 7000 élèves  l’équivalent de seize collèges. Malheureusement, l’analyse de Felouzis s’arrête au niveau établissement; pour atteindre un équilibre entre toutes les classes de l’académie, il faudrait ensuite déplacer les élèves entre les classes de chaque établissement.

Citons par ailleurs plusieurs travaux réalisés à la suite de l’assouplissement de la carte scolaire en 2007. Thaurel-Richard & Murat (2013) ont montré une hausse des demandes de dérogation autour de la date de l’assouplissement de la carte scolaire et des stratégies d’évitement des collèges de l’éducation prioritaire qui bénéficie notamment aux collèges privés. Ce phénomène, bien qu’ayant augmenté en amplitude, n’a pas eu un effet détectable sur les chiffres macroscopiques de la ségrégation au niveau national (Fack & Grenet, 2012). Il a toutefois pu aggraver les disparités entre les collèges au niveau local, comme à Paris (Merle, 2010) ou à Lille et Saint-Étienne (Ben Ayed et al., 2013). À Paris, l’introduction en 2008 du logiciel d’affectation des élèves Affelnet a engendré dans les lycées parisiens une baisse de la ségrégation sociale, en raison d’un bonus pour les boursiers dans le barème Affelnet de cette académie, mais le poids des notes dans ce barème a au contraire augmenté la ségrégation scolaire (Fack et al., 2014).
Au niveau intra-établissement, nous avons montré dans une précédente étude portant sur la région Île-de-France (Ly et al.,2014) qu’en moyenne, un élève de milieu favorisé compte dans sa classe deux fois plus d’élèves eux-mêmes de milieu favorisé qu’un élève de milieu moyen ou défavorisé n’en compte  un résultat que nous confirmons ici au niveau national. Dans cette région, la ségrégation intra-établissement est du même ordre de grandeur que la ségrégation entre les établissements d’une même commune, mais celle-ci s’explique en grande partie par le hasard de la constitution des classes : en simulant une affectation aléatoire des élèves, on obtient des valeurs indicateurs de ségrégation intra-établissement proches des valeurs observées. Nous commençons par présenter les données mobilisées et la méthodologie utilisée, en discutant notamment le choix d’un indicateur de ségrégation (chapitre 1). Nous présentons ensuite les mesures de ségrégation sociale et scolaire aux niveaux inter-établissement (chapitre 2) et intra-établissement (chapitre 3).

1. On appelle CSP+ les élèves de la catégorie Favorisés-A dénie dans le Tableau 1.1.

2. L’analyse sur le lycée reste assez sommaire dans cette note préliminaire ; elle sera approfondie dans la version finale de l’étude.