PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Synthèse
 
I. Les différences d’orientation selon l’origine sociale
 
L’origine sociale entretient un lien avec l’orientation des élèves à l’issue de la 3ème à niveau scolaire égal. Ce lien se caractérise par une sur-sélection des élèves d’origine modeste dans les orientations les plus sélectives, c’est-à-dire qui
accueillent des élèves de niveaux scolaires moyens les plus élevés : la voie générale et technologique, le redoublement et la sortie du public et privé sous contrat, au profit des orientations moins sélectives : la voie professionnelle et le CAP.
Sur l’ensemble des établissements des académies de Paris, Versailles et Créteil, les inégalités d’orientation selon  l’origine sociale sont substantiels : par rapport aux élèves d’origine favorisée de même niveau scolaire, les élèves d’origine modeste ont une probabilité 5% plus petite d’être orientés en seconde générale et technologique, 74% plus petite de redoubler, et 10% plus petite de sortir du public et privé sous contrat. Inversement, ils ont une probabilité 93 % plus élevée d’être orientés en seconde professionnelle et 169% plus élevée d’être orientés en CAP.
 
Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, cet écart selon l’origine sociale n’est pas expliqué par un «effet Education Prioritaire». Au contraire, les écarts observés concernant l’orientation en seconde générale et technologique
touchent uniquement les élèves d’origine modeste hors Education Prioritaire, et ceux concernant l’orientation vers
la seconde professionnelle touchent tous les élèves d’origine modeste, quel que soit le statut de leur collège. La modestie des orientations est donc bien liée à la modestie du milieu familial et non à celle de l’établissement.
 
Les inégalités d’orientation selon l’origine sociale ne concernent pas tous les élèves de la même manière :
 
o Les inégalités d’orientation ne concernent pas les bons et très bons élèves (les élèves du tiers supérieur), qui sont très majoritairement orientés en seconde générale et technologique quelle que soit leur origine sociale.
o Pour les élèves faibles, l’origine sociale modifie l’arbitrage entre voie professionnelle et CAP d’une part, et redoublement et sortie du public ou privé sous contrat d’autre part. Les élèves d’origine favorisée évitent la voie professionnelle et le CAP plus que ne le font les élèves d’origine modeste.
o Pour les élèves moyens, l’origine sociale modifie l’arbitrage entre voie générale et technologique et voie professionnelle : les élèves moyens d’origine modeste sont plus souvent orientés vers la voie professionnelle et moins souvent orientés en seconde générale et technologique que les élèves d’origine favorisée du même niveau.
 
II. Les différences de préférences d’orientation selon l’origine sociale
 
En début de 3ème, les élèves d’origine sociale modeste ont une probabilité 11% moins élevée de préférer la seconde générale et technologique que les élèves d’origine favorisée de même niveau scolaire. Inversement, ils sont plus nombreux à préférer la voie professionnelle, le CAP, et à ne pas déclarer de préférence (mais ces dernières différences

sont statistiquement plus imprécises).
 
Les inégalités de préférences selon l’origine sociale concernent deux groupes d’élèves, les plus faibles d’une part et les élèves moyens-bons à bons d’autre part :
 
oLes préférences des élèves les plus faibles se caractérisent globalement par des aspirations trop hautes, et ce phénomène est significativement plus prononcé chez les élèves d’origine sociale favorisée qui ont une préférence très marquée pour la voie générale et technologique malgré leur faible performance scolaire.
 
o Les préférences des élèves moyens-bons à bons se caractérisent par des aspirations trop faibles, et ce phénomène est significativement plus prononcé chez les élèves d’origine sociale modeste qui préfèrent la voie professionnelle par rapport à la voie générale et technologique plus souvent que les élèves d’origine favorisée. Etant donné que leur niveau scolaire leur permettrait d’entrer en seconde générale et technologique, ce résultat est la preuve statistique d’une
auto-sélection chez cette catégorie d’élèves moyens à bons d’origine modeste.
 
Les préférences pour les études supérieures sont également différenciées selon l’origine sociale à niveau égal. Par rapport aux élèves d’origine favorisée de même niveau scolaire, les élèves d’origine modeste ont une probabilité 17% plus importante de ne pas donner de préférence et 20% plus importante de préférer ne pas faire d’études supérieures.
Inversement, ils ont une probabilité 37% plus faible de préférer des études supérieures de 3 ans et plus.
 
III. Effet de l’action scolaire et parentale
 
L’action scolaire et parentale entre le début et la fin de la 3ème joue un rôle contrasté sur les inégalités sociales : premièrement et de manière très positive, elle rapproche le destin scolaire des élèves médians et au-delà de la médiane pouvant accéder à la voie générale et technologique, même si elle ne parvient toutefois pas à faire totalement  disparaitre l’écart social.
Pour ces élèves moyens et bons, l’enjeu est donc d’aller plus loin dans le rapprochement avec les élèves d’origine favorisée. Pour cela, il est nécessaire de comprendre les ressorts de l’auto-sélection des élèves d’origine modeste
et de concevoir des actions nouvelles adaptées pour la diminuer.
 
Deuxièmement, et de manière plus problématique, l’action scolaire et parentale éloigne le destin scolaire des élèves en dessous de la médiane pour qui l’accès à la voie générale et technologique semble un choix plus risqué. Pour ces élèves,
les inégalités d’orientation ne proviennent pas tant d’une auto-sélection des élèves d’origine modeste que des résistances de la part des parents favorisée vis-à-vis des voies autres que la voie générale et technologique, ainsi que d’anticipations défavorables de la part des professionnels de l’orientation concernant les chances de réussite futures des élèves d’origine modeste par rapport à celles des élèves d’origine favorisée de même niveau scolaire.
Pour réduire les inégalités d’orientation des élèves en dessous de la médiane, l’enjeu est donc de revaloriser la voie professionnelle et le CAP aux yeux des familles favorisée d’une part, et de se méfier de l’influence des stéréotypes associés à l’origine sociale sur l’action scolaire et parentale d’autre part.
 
IV. Les causes des différences de préférences d’orientation selon l’origine sociale
Le coût des études ?
Très peu d’élèves d’origine modeste anticipent des difficultés logistiques et financières (déménagement, emprunt, temps de transport important) concernant les orientations qu’ils connaissent après la 3ème, ce qui suggère que ces difficultés ne sont pas à l’origine des écarts de préférences d’orientation selon l’origine sociale après la 3ème.
En revanche, concernant les études supérieures, 1 élève sur 4 (toute origine confondue) anticipe qu’au moins une des
orientations connues l’obligerait à emprunter. Comme on sait que la capacité d’emprunt des élèves d’origine modeste est inférieure à celle des élèves d’origine favorisée, il est possible que la nécessité d’emprunter limite l’accès à ces orientations de manière différentielle selon l’origine sociale et explique une part des écarts d’aspirations concernant les études supérieures.
Les chances de réussite dans les études ?
Les élèves ont le sentiment que les facteurs sociaux et familiaux (habiter un quartier défavorisé, avoir des parents étrangers, avoir un membre de sa famille qui a réussi ses études et sa carrière) ont une large influence sur les chances de réussite future à niveau scolaire actuel égal. Cette anticipation, qu’elle soit juste ou non, peut contribuer à expliquer les écarts de préférence d’orientation chez les élèves. Si elle est partagée par les équipes éducatives et les parents, elle peut aussi contribuer à expliquer les écarts d’orientation effective, notamment la sur-sélection des élèves d’origine modeste en dessous de la médiane en seconde générale et technologique.
Une importante question pour des recherches futures est de savoir si cette anticipation d’une moindre chance de réussite est justifiée et permet aux élèves de faire le meilleur arbitrage entre les choix d’orientation, ou si elle s’apparente à une prophétie auto-réalisatrice.
Dans ce deuxième cas, il importerait de concevoir des programmes visant à ajuster les anticipations des élèves afin de stopper le cercle vicieux entre anticipations de l’échec et échec.
La connaissance des orientations possibles ?
Les écarts de connaissance sur les orientations possibles ne contribuent quasiment pas à expliquer les écarts de préférences d’orientation après la 3ème, mais contribuent à expliquer une partie des écarts de préférences d’orientation après le lycée. Lorsque l’on tient compte des orientations qui viennent naturellement à l’esprit des élèves, les écarts de préférences d’orientation après la 3ème selon l’origine sociale diminuent très légèrement, tandis que les écarts de préférences pour les études supérieures diminuent de manière plus importante. Il semble donc qu’apporter plus d’information et de connaissances sur les études supérieures aux élèves d’origine modeste pourrait réduire les écarts de préférence selon l’origine sociale.
La notation des enseignants ?
La notation des enseignants est légèrement différente entre les élèves d’origine modeste et les élèves d’origine favorisée
: la notation est plus généreuse pour les élèves d’origine modeste du fait qu’ils sont inscrits dans des établissements dans lequel le niveau scolaire moyen est généralement moins bon. La notation des enseignants n’explique donc pas les inégalités de préférences d’orientation observées, au contraire : les élèves d’origine modeste étant très légèrement
mieux notés que les élèves d’origine favorisée de même niveau scolaire, ils pourraient surestimer leurs capacités scolaires et se montrer légèrement plus ambitieux dans leurs préférences d’orientation, alors même que nous observons l’inverse.

L’influence des pairs ?
Selon les déclarations des élèves, une moitié d’entre eux exprime que le choix d’orientation peut mobiliser des difficultés d’ordre amical, comme souffrir de la séparation d’avec ses amis, susciter du ressentiment chez ses amis, ou enfin susciter des moqueries de la part des pairs. Selon les observations expérimentales conduites dans cette étude, nous voyons que les préférences des élèves d’origine modeste sont influencées par le choix d’orientation des autres
et tendent à s’y conformer, tandis que les élèves d’origine favorisée cherchent plutôt à s’en démarquer lorsque ceux-ci suivent les orientations les moins sélectives. De plus, une proportion significative d’élèves s’avère soucieuse de ne pas révéler sa préférence pour la voie générale et technologique aux camarades de classe, alors que les préférences pour les
autres orientations ne semblent pas poser de gêne vis-à-vis des pairs. Dans un environnement où la proportion de pairs préférant la voie générale et technologique est plus faible, cette gêne vis-à-vis du regard des pairs peut s’avérer plus problématique que dans un environnement où la proportion de pairs préférant cette voie est élevée. Les pairs sont donc susceptibles de jouer un rôle substantiel dans la formation des inégalités sociales de préférences d’orientation.
L’estime de soi scolaire ?
L’appréciation que les élèves font de leur propre aptitude scolaire est influencée par leur origine sociale : les élèves d’origine modeste se perçoivent comme scolairement moins performants que des élèves de même niveau scolaire mais d’origine favorisée. La baisse de l’estime de soi scolaire associée à l’origine sociale à niveau scolaire égal est importante
puisqu’elle représente 15% d’un écart-type. La moindre estime de soi scolaire liée à l’origine sociale n’est due ni au label «Education Prioritaire», ni à la notation des enseignants, ni à un environnement scolaire plus compétitif. On peut en revanche y voir l’effet des stéréotypes associés à l’origine sociale. Nos données suggèrent que l’estime de soi contribue à expliquer en partie les écarts de préférence d’orientation selon l’origine sociale, quoique la contribution
que nous avons pu mesurer soit de petite taille.

Plan du rapport

Synthèse
Plan du rapport
Index des tableaux
Index des graphiques
 
I. Introduction
1. Problématique
2. Objectifs
a) Objectif n°1 : Quantifier les inégalités d’orientation selon l’origine sociale
b) Objectif n°2 : Quantifier le phénomène d’autocensure selon l’origine sociale
c) Objectif n° 3 : Les causes de l’autocensure selon le milieu d’origine
 
II. Méthodologie
1. Question n°1 : Quantifier les inégalités d’orientation selon l’origine sociale
2. Question n°2 : Quantifier le phénomène d’autocensure selon le milieu d’origine
3. Question n° 3 : Les causes de l’autocensure selon le milieu d’origine
a) Le coût des études
b) La réussite des études
c) L’information sur les orientations
d) L’information sur l’aptitude scolaire
e) Le rôle des pairs
f) L’estime de soi
 
III. Présentation des données
1. Sources de données
a) L’enquête
b) Les données administratives
2. Variables d’intérêt et statistiques descriptives
a) Variables relatives aux caractéristiques des élèves et au contexte
b) Variables relatives à l’orientation
3. Comparaison de l’échantillon de l’enquête à la population globale d’Ile de France
 
IV. Mise en œuvre du protocole de l’étude
1. Validation du protocole: comparabilité des élèves assignés aux différents questionnaires
2.  Spécification économétrique
 
V. Résultats
1. Différences d’orientation après la 3ème selon l’origine sociale
2. Différences de préférences d’orientation selon l’origine sociale
a) Préférences après la 3ème

b) Préférences après le lycée
3. Effet de l’action scolaire et parentale
4. Causes des inégalités sociales d’orientation
a) Le coût des études
b) La réussite des études
c) L’information sur les orientations
d) L’information sur le niveau scolaire
e) Le rôle des pairs
f) L’estime de soi
 
VI. Conclusions
Références
Annexes
Annexe 1 : Panoplie d’orientations possibles proposées aux élèves répondant au questionnaire «test 1»

Annexe 2 : Indication sur l’orientation la plus courante donnée aux élèves répondant au questionnaire «test 2»

Annexe 3 : Indication sur la visibilité des préférences par les pairs dans le questionnaire «test 3»

Annexe 4 : Décomposition du lien entre orientation et origine sociale par décile de performance à l’examen du brevet pour le CAP, le redoublement et la sortie du public et privé sous contrat dans tous les collèges des 3 académies

Annexe 5 : Décomposition du lien entre orientation et origine sociale par décile de performance à l’examen du brevet dans les collèges de l’échantillon

Annexe 6 : Décomposition du lien entre préférence d’orientation et origine sociale par décile de performance au test de maths dans les collèges de l’échantillon (voies autres que la seconde générale et technologique)