PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Le propos met en relief quelques assertions relatives au colloque EDUCATION-NUMERIQUE-TERRITOIRES du 11 juin 2014, coproduit par le Département de Seine-et- Marne et les Ateliers 77 de l’Education.

Cette manifestation originale présidée conjointement par Marie RICHARD, Vice présidente chargée de l’éducation et de l’enseignement supérieur et Yannick BODIN, Président des Ateliers 77 de l’Education, a retenu l’attention d’une centaine de participants issus des collectivités territoriales, du monde de l’enseignement, des associations, autour d’une triple problématique afin d’en appréhender collectivement les difficultés mais aussi les réussites pour chacun des protagonistes. En effet, pour que les trois termes puissent inter- agir il convient de les appréhender en fonction de leurs spécificités afin qu’un projet éducatif de développement concerté du numérique puisse être effectif au plan départemental. C’est dans cet esprit que des professionnels du territoire départemental ont pu échanger en articulation avec des personnalités représentantes d’institutions nationales venues partager leurs interrogations.

Quelques éléments de contexte présentés par Madame RICHARD permettent d’appréhender les enjeux :

Le département de Seine-et-Marne est très jeune, avec près de 30% de jeunes de moins de 20 ans. La part des diplômés du supérieur dans la population peut être qualifiée d’assez faible : 25% de diplômés post-Bac, là où l’on en trouverait selon l’Insee, 36% en Île-de-France. Le taux de scolarisation des 18-24 ans se situe 10 points sous le niveau régional.

Ces chiffres témoignent d’une difficulté d’accès aux qualifications et aux études supérieures. De plus, 28% des jeunes Seine-et-Marnais de 15 à 24 ans non scolarisés n’ont aucun diplôme.

Les faits ont inspiré un volontarisme politique pour lutter contre les déterminismes sociaux et de territoires, animé par le principe selon lequel le destin ne doit pas être dans le berceau des enfants et concrétisé depuis 2009 par un projet éducatif départemental intitulé « Collège du 21ème siècle », en concertation avec l’Éducation nationale. C’est dans ce contexte qu’ont été organisés les Ateliers de la Réussite des Collégiens en 2011.

Les Ateliers 77 de l’Education ont pris le relais, contribuant à animer la réflexion sur le projet éducatif départemental. Un premier travail à la demande des syndicats enseignants avait porté sur une évaluation des effets de la décentralisation dans le domaine éducatif, qui donné lieu à la rédaction d’une note de synthèse. Le deuxième chantier a été de demander une réflexion sur le numérique, ses difficultés et ses atouts pour chaque co-producteur d’éducation. C’est tout l’objet de cette manifestation.

Pour lancer les travaux, Yannick BODIN  fait état que cette révolution du numérique concerne toute la société et dans tous les domaines, en transformant l’accès à la connaissance et donc la transmission des savoirs. Les enjeux économiques, sociaux, à travers le monde autour, posent trois séries de questions :

– Comment repenser les méthodes de transmission des savoirs, partout et particulièrement à l’Ecole ?  Et ce, dans un cadre territorial décentralisé, laissant aussi une large place aux parents et aux collégiens bien évidemment ?

– Comment développer ces partenariats sans remettre en cause les compétences et la légitimité des uns et des autres, sans minimiser la responsabilité et les compétences accordées aux uns et aux autres ?

– Quel est le rôle du numérique et le rôle que peut jouer la collectivité territoriale pour aider à éradiquer l’échec scolaire ?

Monsieur CIMELLI fait écho à ces questions essentielles pour l’institution Education nationale, en indiquant qu’il est nécessaire de revisiter les apprentissages et de s’appuyer sur un socle solide de connaissances, de compétences et de culture.

Dans le cadre de la loi de refondation de l’Ecole, avec des partenariats solides comme celui que l’Académie instaure avec le Conseil général de Seine-et-Marne, l’Académie entend développer le numérique à l’Ecole et en promouvoir toutes les possibilités et les bonnes pratiques au niveau éducatif et pédagogique.

L’objectif est d’anticiper les possibilités offertes par le numérique en impliquant tous les acteurs académiques, tous les partenaires, pour anticiper les besoins en formation de nos élèves, des enseignants et de la communauté éducative. Il s’agit aussi de préparer la possibilité pour les élèves et les enseignants d’utiliser leurs propres terminaux mobiles en classe, à brève échéance peut-être.

Les modifications en profondeur du paysage scolaire induites par le développement du numérique obligent à repenser à nouveau la question de la formation initiale et continue de l’ensemble des acteurs, de « créer des communautés apprenantes ».

L’Académie se félicite du partenariat qui conduit à cette concertation et au travail en commun.

Lors de la table ronde « Numérique et réussites des élèves » Madame GIANNOTTI  affirme que la réalité numérique modifie le rapport à l’école des élèves, le rapport aux modalités d’apprentissage et donc, aussi, le métier d’enseignant.

L’examen de la réalité par le Conseil général avec les équipes expérimentatrices est un gage de réussite. Le déploiement s’est fait de manière pragmatique, à partir d’une base de départ et puis par la discussion.

Des témoignages d’acteurs locaux abondent dans le sens de ce qui précède :

-« Le choix qui a été fait par le Conseil général est tout à fait pertinent. Cela permet de mettre à disposition des élèves et des professeurs du collège différents types de matériels et d’utiliser différents types de supports pour les TICE ; il s’agit bien évidemment des micro-ordinateurs, des vidéos projecteurs interactifs qui sont installées dans chaque salle, des tablettes numériques interactives, des baladeurs MP4 et aussi d’une imprimante 3D en cours de technologie. Pour créer le lien autour de tout cela, nous avons espace numérique de travail qui nous permet de travailler aussi bien en classe que depuis chez soi. »

Trois principaux de collège expérimentateurs du plan numérique départemental évaluent de manière concrète la place des équipements numériques et de leurs usages.

Le premier frein rencontré dans les équipes pédagogiques, indique Monsieur BECQUET, était la maîtrise hétérogène de l’outil informatique par les différents enseignants, rendant nécessaire une synergie pour entraîner tout le monde. Et Monsieur CHIANALE  d’avancer que : « La communauté éducative, c’est le travail collaboratif » après avoir souligné que le numérique favorise l’ouverture de l’école, de même que l’espace numérique de travail (ENT).  Monsieur VAUDECRANNE précise que l’arrivée du numérique, dans des conditions favorables de mise en place et d’accompagnement, a permis un lien inattendu avec les familles, notamment les parents d’enfants qui requièrent un suivi particulier.

Monsieur CIMELLI fait état de la question des conditions d’utilisation, des possibilités d’usages qui permettent à l’élève de se mettre ou non dans une situation d’apprentissage. Il est surprenant de constater que dès le collège, environ 60 à 65% des élèves disposent d’un smartphone. Et la plupart, même s’ils n’ont pas une connexion 3G, ont compris que cela permet de s’amuser mais aussi de travailler sur des thématiques fournies par l’école.

Par ailleurs, quand il y a un déploiement de matériel, il est systématiquement accompagné par les services de l’Académie pour développer les premiers usages, assurer la formation, donner des documents, aider le référent numérique à travailler au sein de l’équipe.

Monsieur SUEUR  s’interroge sur la cohérence éducative d’utilisation de cet outil. Aujourd’hui il est nécessaire pour un enseignant d’avoir une formation pédagogique sur la qualité et l’utilisation des logiciels.

Et d’ajouter dans un autre ordre d’idée : « Est-ce que l’on n’est pas en train de se tromper de débat et de lieu de débat ? » car la proposition de loi relative à la régionalisation transfère les collèges aux régions.

Lors de son intervention, François JARRAUD  dresse un état des lieux :

PISA nous apprend qu’en termes d’équipement le niveau français est bon par rapport à d’autres pays. Toutefois, le primaire a du retard.

Le numérique bouscule beaucoup l’institution scolaire.

Il va bien falloir tenir compte du numérique, pas uniquement dans l’accès à la connaissance.

Le numérique nous donne une excellente occasion d’interroger les systèmes éducatifs, de faire en sorte que nos élèves, les parents puissent intervenir dans la vie de l’établissement.

Cependant, ce n’est pas le numérique qui va apporter les réponses à toutes les questions du système éducatif.

Au lancement de la deuxième table ronde, Numérique et réussites des territoires, Jean ROUCOU  indique que les numériques étant placés sous l’angle des territoires, c’est de citoyenneté plus largement dont il s’agit et donc pas seulement d’éducation.

Si les outils numériques sont placés ce jour sous l’angle du prisme des collèges, ils conduisent à modifier les rapports entre les personnes, les services, les familles, les collectivités. C’est donc un levier fort de transformation sociale.

Dans cet esprit, Monsieur CAPARROY resitue le plan collège numérique 77 dans la perspective plus vaste de l’action du Conseil général en matière de numérique.

Dès 2004, il a été prévu de raccorder en fibre optique l’ensemble des collèges, des lycées de Seine-et-Marne ainsi que l’ensemble des hôpitaux, des maisons de retraite, des centres d’incendie et de secours, débouchant ainsi sur la délégation de service public SEMAFOR77. Le plan d’équipement mis en place pour tous les collèges visait aussi à une égalité de traitement des élèves en équipant les salles de classe. Les solutions collectives adaptées aux terrains rencontrés ont apporté un équipement de qualité fonctionnant aussi simplement qu’un bâton de craie !

Pour ce faire il est extrêmement important que les services de l’Education nationale et les collectivités locales arrivent à trouver une solution partagée. Le numérique introduit de la transversalité, crée de nouveaux liens avec l’inspection académique, des ouvertures, des terrains de discussions. C’est un autre regard sur les collèges.

Mais Monsieur GHIRARDELLO  d’indiquer que c’est un travail d’une dizaine d’années pour que la fibre optique arrive chez l’habitant, car il a fallu travailler sur l’enfouissement des réseaux. Et aujourd’hui le Wifi est en libre d’accès en médiathèque… !

Un espace dédié aux parents transforme les habitudes. Et le numérique va participer aux activités des temps d’activité périscolaire (TAP).

Monsieur SUEUR  objecte que se font jour des iniquités territoriales donc éducatives dans l’accès et l’usage des ressources numériques. Il craint que les transferts de compétences ne permettent pas une cohérence éducative au sein des territoires.

En réponse, Yannick BODIN s’interroge quant à l’organisation de ces territoires en France, y compris par rapport au primaire. Qu’est-ce que les collèges iront faire dans les régions alors que la question est de savoir comment faire pour qu’ils soient mieux connectés avec les écoles primaires et les écoles maternelles ?

Pour Michel PEREZ, il s’agit de mettre en place la stratégie pour refonder l’Ecole de la République par une éducation au numérique et par le numérique, sachant que le système scolaire français a un retard considérable, notamment en termes d’équipement.

Les développements du numérique doivent viser à éviter les inégalités territoriales et nous engagent à penser en termes de territoires numériques, en parlant distinctement d’informatique et de numérique.

Nous n’avons plus besoin de savoir la même quantité de choses tellement la quantité de savoirs à mémoriser est devenue importante, accessible et disponible en tous temps et en tous lieux.

Quelques questions : est-ce qu’il faut, pour apprendre, être en contact permanent avec un enseignant, avec un formateur ?

La nouvelle donne : les responsabilités sont partagées désormais. Michel Perez justifie son insistance sur les ressources en précisant que celles-ci n’entrent pas dans le cadre de la loi.

Donc la ressource pédagogique est en mutation aussi. Exemple : la collectivité région PACA a créé le dispositif Corrélyce, catalogue élaboré avec les éditeurs et vérification du centre régional de documentation pédagogique, à partir duquel lequel la Région dote chaque établissement d’un chèque bon à tirer. Certains départements ont opté pour ce même type de mise à disposition de ressources. Pourquoi ? La ressource ne fait pas partie du tableau mais il est clair qu’elle alimente les équipements.

Il existe, reconnaît Michel Perez, une certaine méconnaissance ce qui se passe dans tous les territoires mais certains dispositifs sont à signaler : un Conseil général, via l’ENT, sert les écoles en ressources qui sont également distribuées sur le modèle Corrélyce ; les Hauts de Seine savent infogérer tous les équipements de chaque établissement.

Pour clore (provisoirement) les travaux, Monsieur ÉBLÉ tire les principaux enseignements de cette journée :

Les travaux des Ateliers 77 de l’éducation et du colloque d’aujourd’hui ont permis d’avoir connaissances d’expériences, et de pouvoir, in fine, adapter au mieux les interventions du Département. Beaucoup a déjà été dit sur le sujet. La collectivité départementale, pour employer une métaphore sportive, a décidé de jouer collectif en soutenant les pratiques informatiques et numériques en classe, et par là l’interaction entre l’enseignant et l’élève, ce qui lui permet aussi de conserver un regard sur l’utilisation du matériel. D’autres ont seulement équipé individuellement les élèves d’ordinateur portable ou de tablette tactile. Mais tout cela avance de concert et donc, en matière d’équipement technologique, le cercle de la classe, ou plus largement celui de l’établissement, ne peut pas totalement se substituer à l’équipement individuel, tant il est vrai que les pratiques se diversifient.

Cette révolution des pratiques d’enseignement demandera forcément, affirme Monsieur Eblé, des nouveaux savoir-faire, donc des formations nouvelles pour le corps professoral.

La réussite se construit en parcours, depuis l’école primaire jusqu’à l’université.

La question n’est pas de savoir qui aura la charge de telle ou telle compétence ou qui, demain, devra porter les collèges et leurs équipements numériques, qui devra reprendre le développement des réseaux de télécommunication à très haut débit… La question est : comment et pour qui ces différentes compétences et toutes celles qu’exercent aujourd’hui les départements seront poursuivies, seront exercées ?

Finalement, le numérique à l’école nous signale des risques dans les évolutions de la société mais aussi des paris, des chances qui se jouent.

En résumé les travaux très ouverts ont permis de mesurer à la fois les progrès faits par les différents acteurs éducatifs au sein des territoires dans l’appropriation du numérique  dans le champ de l’ Education scolaire et au-delà, et ce, à partir d’une volonté de développement des infrastructures et des outils voire de ressources par la collectivité départementale. Il conviendrait à présent de passer à une étape plus qualitative des usages, à une organisation « locale » plus qualifiante afin de dépasser les problématiques d’entretien, de réseaux juxtaposés, entre établissements scolaires et les autres espaces d’éducation partagée. C’est bien un chantier plus sociétal qu’il convient à présent d’ouvrir dans un esprit d’éducation populaire. Les numériques nous y invitent, permettant s’associer les jeunes et leurs familles avec les institutions pour refonder effectivement l’Ecole !

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