PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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La coopération des acteurs de l’éducation : un choix, des enjeux, des politiques et des pratiques pour « Faire société », Favey, secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement.

Après tout en matière d’éducation des enfants et des jeunes, chacun pourrait jouer dans sa cour en ignorant tranquillement la cour du voisin: les parents chez eux, l’Ecole dans ses murs, les associations à la périphérie des deux, les collectivités dans leur strictes compétences obligatoires, les institutions culturelles avec leurs publics…Une telle division du travail éducatif ne peut d’ailleurs qu’arranger les fabricants d’enfants « coeurs de cible », de parts de marché et de temps de cerveaux disponibles pour les publicitaires. Heureusement les acteurs de l’éducation, depuis quelques temps déjà, ont appris de leurs pratiques que l’éducation était une responsabilité partagée et qu’ils ne pouvaient plus s’ignorer, voire même qu’ils devaient se compléter et interagir. A défaut d’être partout une réalité, la coéducation par exemple est même reconnue dans quelques politiques publiques : de l’état récemment avec les lois d’orientation de 1989 et 2005 ou avec les incitations à prendre en compte les rythmes de vie des enfants ou des collectivités à travers leurs politiques éducatives territoriales. La raison est d’abord politique et culturelle. Si l’éducation et la formation initiales demeurent ce qui permet aux enfants et aux jeunes de s’outiller pour entrer dans un monde commun et de construire leur autonomie solidaire par des avoirs émancipateurs…alors ils n’ont pas trop de la coopération de tous les éducateurs. Quand, en plus, ce monde commun prend des contours inédits et instables, les entraînant à se situer et à s’insérer dans les espaces les plus proches comme dans la mondialisation ; dans leur pays comme en Europe ; dans le quotidien réel de leurs familles comme dans l’univers croissant du Web, pour l’exercice de responsabilités personnelles immédiates comme à l’égard des générations futures…convenons qu’il faut pour cela mobiliser une culture d’une telle complexité qu’il serait vain et risqué de la revendiquer pour chacun des acteurs isolément des autres. Ou alors il faudra accepter et assumer le risque et l’impuissance d’une culture cloisonnée, hors-sol, amputée et finalement de peu d’intérêt pour se situer dans son environnement, y prendre sa place, agir pour l’améliorer. Une culture qui ne permettra pas de comprendre le monde tel qu’il est afin de ne pas s’y laisser prendre. La complémentarité et le partenariat en éducation ne sont-ils pas déjà une manière de coopérer pour faire reculer la fatalité sociale ? C’est une mobilisation réelle de tous les acteurs pour remplir le plus complètement possible la boîte à outil nécessaire pour apprendre toute sa vie, pour la renouveler, la contester et l’enrichir : pour qualifier des personnes autonomes et solidaires capables de situer et d’agir dans une époque et une société d’une grande complexité et d’une incertitude tout autant porteuse d’enthousiasme que de craintes. Pourtant, convenons que même une École dont l’ambition démocratique serait plus réelle que celle d’aujourd’hui n’y parviendrait pas seule. Si ce qui mérite d’être enseigné est ce qui unit et ce qui libère, ces savoirs pour penser, être et faire ne peuvent pendre sens pour tous que par la capacité de l’École à les relier entre eux et à les incarner dans une réalité, à les constituer comme culture et à en tirer l’usage des pratiques en dehors d’elle aussi.
Il faut donc coopérer pour l’École mais aussi mettre l’École en situation de coopérer avec les autres acteurs, temps et lieux de l’éducation globale. Et ils sont nombreux : parents et familles, associations, autres services éducatifs de l’état et des collectivités, associations, monde économique et médias. Des parents trop laissés aux marges. Malgré la loi qui leur reconnaît une place essentielle dans la scolarité de leurs enfants et dans le fonctionnement de l’institution, de nombreux parents ne se sentent pas les bienvenus à l’École et parfois uniquement considérés quand ils y sont convoqués. Soupçonnés d’être démissionnaires, consommateurs ou de poser des questions qui ne les regarderaient pas, les parents qui sont les premiers éducateurs de leurs enfants, sont certes reconnus comme co-éducateurs…mais en dehors de l’École et rarement comme citoyens parents et contribuables en droit de participer au travail de l’institution scolaire. Pourtant, étant connaisseurs de l’institution pour y être tous allés durant près de 18 ans de leur vie, ils sont un précieux concours pour la réussite de leurs enfants et plus globalement pour faire progresser l’École et lui permettre de répondre à ses missions. C’est aussi un des leviers de la confiance à entretenir dans les cadres communs à une époque de défiance croissante à l’égard des institutions. Mais il en est quelquefois de même pour leur participation aux autres services, institutions et initiatives éducatives : loisirs péri scolaires, accueil petite enfance, institutions culturelles, voire associations éducatives…
Des associations reconnues mais parfois sous contrôle…
Si certaines associations d’éducation affirment leur complémentarité et leur lien avec l’École, et sont reconnues comme telles, c’est parce qu’elles agissent pour que la République tienne ses promesses. En particulier celle de l’égalité d’accès à l’éducation scolaire dans le cadre d’une approche plus globale des enjeux éducatifs, culturels et sociaux. Aussi, elles assurent autant la promotion de l’École publique qu’elles travaillent à lui permettre de réaliser cet idéal d’égalité, corollaire de la laïcité qui la fonde. Elles favorisent ses relations locales avec les autres acteurs éducatifs. Elles apportent leurs concours aux personnels de l’institution scolaire, partenaires de leurs projets, contribuant à leur formation.
Elles favorisent l’implication et l’imagination des élèves, les détours nécessaires pour qu’ils reprennent goût aux apprentissages, portant innovations et recherches, confortant le rôle des parents, assurant les liens avec les institutions culturelles, les collectivités et les autres associations, luttant contre les discriminations, ménageant les passerelles entre les différents temps et lieux de vie, éveillant au sens civique, préparant au futur exercice de la citoyenneté démocratique.
Les associations sont parfois considérées comme des sous-traitantes de
l’impuissance publique ou contestées dans leur farouche volonté d’autonomie de leur
politique et de leur projet. La conciliation est quelquefois difficile à trouver entre
l’urgence de ne pas laisser des enfants et des jeunes au bord du chemin et la volonté de
mettre en lumière la responsabilité publique et politique dans les carences éducatives.
Mais les associations conduisent leurs actions bien au-delà du périmètre
scolaire, prolongeant l’École et rassemblant parents, enfants, jeunes et seniors pour
construire ensemble leurs projets éducatifs. Et l’Ecole trouve aussi dans cet
environnement des terrains qui peuvent à la fois la légitimer, lui donner du sens et
XXXIIIe colloque national de l’AFAE, École et société : tensions et mutations Page 77 sur 100
favoriser la diversité des chemins vers l’appropriation de savoirs dont elle a pour
mission d’assurer l’accès à toutes et tous.
Coopérer avec d’autres acteurs encore
Il faudra bien aussi pour que les enfants et les jeunes apprennent ensemble à
vivre ensemble que les autres acteurs éducatifs soient également sollicités et invités à
pendre leur part du travail de l’Ecole dans le cadre de la responsabilité partagée qu’est
l’éducation globale.
Il faudra notamment s’attacher à décloisonner l’action publique, de l’État et des
collectivités souvent cylindrée par services trop étanches : enfance, jeunesse, culture,
sport, développement durable, famille, développement économique, urbanisme,
solidarité…Avec le monde économique et du travail , sortir d’une rentabilité de court
terme, d’un prêt à l’emploi, nécessitent encore bien des efforts : c’est à lui de mettre
ses capacités culturelles et formatives au service des politiques publiques.
Enfin, peut-on imaginer de laisser l’immensité des pratiques pluri-médiatiques
et des acteurs qui les impulsent, les produisent, les diffusent, les hébergent, hors de
toute responsabilité partenariale en éducation ? Les enfants et les jeunes y construisent
une part majeure de leurs cultures et de leurs représentations. C’est un champ de la plus
haute importance et laissé pour l’essentiel au seul marché. C’est pourtant de l’intérêt
général et des biens communs qu’il ressort aussi. A quand donc, une mise à
contribution de ses acteurs pour qu’ils entrent dans le jeu de la coopération éducative ?
La coopération des acteurs de l’éducation prend corps progressivement dans les
politiques éducatives des territoires et c’est là qu’il faut la conforter. Mais elle appelle
également un renouveau de l’action publique de l’Etat pour créer les conditions d’une
nouvelle dynamique démocratique et assurer la continuité territoriale de la République.
La coopération des acteurs de l’éducation a une incontestable vertu pour
l’École et la démocratie : celle de l’engagement commun pour l’égalité de
l’émancipation solidaire par l’éducation. Celle qui donne confiance en soi, dans les
autres et dans des cadres collectifs. Celle qui permet de donner à chaque enfant des
raisons d’espérer de lui-même avec les autres.

Categories: Généralités

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