PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Du rose fuschia de la ministre Najat Vallaud-Belkacem au gris foncé du SNES, le syndicat du secondaire, les conférences de presse de la rentrée ont renvoyé quasiment toutes les nuances du prisme. Tentons un classement (1), du plus lumineux au plus sombre.

Les visions roses

Ca n’étonnera personne : c’est la ministre qui décroche la palme de l’optimisme avec une rentrée tout en rose. Pour résumer son message le 25 août devant la presse : toutes les réformes promises avancent. Même celles qui semblent prendre un mauvais départ – comme celle du collège – ne vont pas tarder à avancer.

Dans une présentation qui a bien duré une heure – j’en ai vu décrocher … –, Najat Vallaud-Belkacem a livré une vision enchanteresse de la Refondation de l’école: une réforme des rythmes scolaires qui a fini par s’appliquer et qui profite aux enfants, des emplois créés précisément là où les besoins sont les plus criants, le métier d’enseignant qui attire de nouveau…

En fait, tout se passe comme si la ministre ne pensait déjà plus qu’à préparer le bilan Educ du quinquennat. Elle a bien annoncé l’ouverture de nouveaux chantiers. Mais si l’on exclut les effets d’annonces qui ne vont pas manquer – Najat Vallaud-Belkacem en raffole -, on voit mal de grandes choses se décider à moins de deux ans d’une présidentielle à hauts risques.

Pour rester dans les couleurs pimpantes – un rose tout de même plus discret  -, le syndicat SE-Unsa, qui recevait la presse le 27 août, a salué une Refondation en marche. « Aucun quinquennat n’a connu une telle densité de réformes portées par une vision systémique », s’est félicité son secrétaire général Christian Chevalier.

Il a ensuite apporté « deux bémols » : la priorité au primaire, le cœur de la Refondation, s’est un peu perdue en route, et l’on peine toujours à recruter dans certaines disciplines. Mais en  gros la confiance est là : la Refondation se construit « brique par brique ».

Toutes les nuances de beige

On passe maintenant à des tons plus subtils, et même ambivalents. On y trouve toutes les nuances de beige – rosacé, jaune passé, terne – jusqu’au grège, touchant au gris.

Dans le beige rosé, on peut ranger la première fédération de parents d’élèves, la FCPE. Elle estime que l’on va dans la bonne direction. Elle soutient d’ailleurs la réforme du collège mais sa nouvelle présidente Liliana Moyano ne s’est pas attardée – le sujet a provoqué un clash interne et a fait sauter son prédécesseur, donc prudence… 

Sur la mise en place des réformes, les parents de la FCPE sont moins chauds. Les nouveaux rythmes scolaires par exemple : la moitié des communes font payer les activités qui, au départ, devaient être gratuites. Et certaines n’en proposent même pas. Les cantines, elles, font souvent payer trop cher et devraient être gratuites pour les plus pauvres. Enfin la fédération attend toujours le statut de parents délégués que François Hollande avait promis.

Plus ambivalent – disons beige-beige -, le SNUipp, principal syndicat du primaire apprécie les nouveaux programmes de maternelle. Mais il aurait préféré que les profs aient en mains avant la rentrée les documents d’accompagnement  – c’est stressant de rentrer à l’aveugle… Et qu’ils aient le temps de se former durant l’année – ce qui n’est pas gagné au vue de la misère de la formation continue.

Plus généralement, Sébastien Sihr, son secrétaire général, s’inquiète du devenir de la priorité au primaire. Pour appliquer les deux mesures phares – le dispositif de « Plus de maîtres que de classes » et la scolarisation des moins de trois en Zep -, on est très loin du compte. Et la promesse de payer mieux les instits français reste en rade.

Le Sgen-CFDT, syndicat réformiste et plutôt arrangeant, est un poil plus sombre – dans les tons grèges. Pour lui, les réformes sont bonnes, à commencer par celle du collège. Mais le gouvernement se donne-t-il les moyens de les réaliser ? Frédéric Sève, son secrétaire général, en doute, redoutant même un échec.

Le syndicat tire par ailleurs la sonnette d’alarme sur le supérieur. Le gouvernement a annoncé une Priorité jeunesse. Or il manque 500 millions d’euros au budget de l’enseignement supérieur. Les universités ferment des formations, coupent dans les heures de cours, n’arrivent plus à accueillir tous les étudiants alors que la hausse démographique était pourtant prévisible…

Du gris au noir

A partir de là, les tons des conférences de presse s’assombrissent sérieusement, virant même au noir.

Le 26 août, le SNES-FSU, syndicat majoritaire  du secondaire, le jure devant la presse : il ne laissera « jamais passer la réforme du collège telle quelle ». Il n’est pas contre une réforme, assure-t-il, mais pas celle-là. Il rejette l’autonomie qu’elle prévoit et « qui va mettre les profs en concurrence », ainsi que  les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) qui vont affaiblir les disciplines. Avant même la rentrée, il annonce une grève le 17 septembre et une manif en octobre. Tout ça est bien gris…

Le SNUEP, le syndicat des profs de lycées pros de la FSU, n’est guère plus gai. Najat Vallaud-Belkacem – comme tous ses prédécesseurs depuis quelques années – avait promis une « revalorisation de la voie professionnelle ». Mais il n’a rien vu venir. « Le discours se résume à vanter l’apprentissage », regrette Jérôme Dammerey, le secrétaire général. Son syndicat se bat au contraire pour une meilleure formation générale des lycéens pros, condition sine qua non pour une meilleure insertion et/ou une poursuite d’études.

Le SNALC a clôt les conférences de presse le 3 septembre par une vision bien noire. Il réclame l’abrogation de la réforme du collège. Il dénonce aussi le délitement de la laïcité et des valeurs républicaines. Le syndicat, qui appelle à la grève du 17 septembre, a repéré un lycée à Strasbourg – Jean Rostand – qui met à disposition des élèves voilées une salle pour se dévoiler et se re-voiler avant de sortir. Et il affirme là que c’est une tendance générale.

Pour convaincre que la situation est bien plus rose, il reste à Najat Vallaud-Belkacem une rentrée – celle de 2016. Et d’ici là, elle risque d’en voir encore de toutes les couleurs.

Véronique Soulé

(1)  classement non exhaustif qui ne porte que sur les conférences de presse auxquelles j’ai assisté (7 tout de même).

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