PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

In CAS avril 2011 :

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L’école confrontée à des défis majeurs

L’école est probablement le lieu où les attentes d’une génération qui est née avec les TIC et qui, dans sa grande majorité, les utilise en permanence, sont les plus importantes. L’auteur et consultant américain Marc Prensky distingue les “natifs” et les “immigrants” du numérique. Comment parvenir à ce que les uns et les autres puissent se comprendre et dialoguer dans un univers en rupture ?

Les TIC influencent les natifs du numérique dans leur rapport au temps, à l’espace et à autrui, transformant ainsi leur manière d’apprendre

Les jeunes sont devenus multitâches : 67,5 % des 11-20 ans déclarent utiliser régulièrement plusieurs médias en même temps. Travailler dans des communautés virtuelles leur semble naturel, de même que la navigation entre le monde réel et le monde numérique. Les commnications plurielles synchrones ou asynchrones font partie de leurs habitudes. Comme le souligne Philippe Mallein, l’usage des TIC a fait naître peu à peu des paradoxes dans le rapport au temps, à l’espace et aux autres. Il entraîne la coexistence de phénomènes auparavant contradictoires, engendrant des modifications de comportement parmi les nouvelles générations :

–  la possibilité quasi simultanée à la fois de “gagner du temps” et de “perdre son temps” : la segmentation du temps devient plus difficile à l’heure où le numérique mélange temps de travail et de loisirs, où la recherche d’information et l’accroissement des connaissances est plus rapide qu’autrefois mais peut conduire à des navigations sur la toile à la fois plus longues et plus morcelées ;

– une réalité augmentée par le virtuel effaçant les contraintes géographiques : le passage fréquent du monde virtuel au monde réel rend plus confuse la distinction entre les deux ;

– un individualisme communiquant : grâce à Internet, les frontières géographiques n’existent plus, si bien que se créent de nouvelles communautés. Il est devenu aisé et tout à fait normal d’avoir des “amis” partout dans le monde.

L’utilisation accrue des technologies numériques modifie la manière d’être et de réfléchir de la jeune génération. Les “natifs” sont en constante interaction avec leurs pairs, partageant leurs productions et échangeant de très nombreux messages. Ils n’ont pas eu à s’adapter aux technologies numériques et à Internet et ne peuvent imaginer le monde sans ces outils. Les élèves sont désormais habitués à obtenir des informations rapidement grâce à Internet et ne comprendraient pas que l’école néglige les technologies nouvelles.

L’éducation est confrontée à trois défis majeurs. Elle doit apprendre à l’enfant à se servir des technologies numériques et à en connaître les écueils. Elle doit tirer parti de toutes leurs potentialités, y compris dans la lutte contre l’échec scolaire, et répondre ainsi aux attentes d’une nouvelle génération. Elle doit enfin accompagner la communauté éducative dans son appropriation des TIC.
 

Selon l’usage, un impact plus ou moins positif sur la scolarité

Un usage fréquent et varié de l’ordinateur et d’Internet peut favoriser une meilleure performance scolaire ainsi qu’une plus grande autonomie. Le fait d’être toujours interconnecté, les passages incessants entre monde réel et monde virtuel ou encore l’utilisation de multiples médias en même temps, habituent les natifs du numérique aux changements de rythme et de situations. Il convient de préciser cependant que tous n’en font pas le même usage. Deux catégories ont tendance à n’utiliser les nouvelles technologies que de manière parcellaire voire “sectaire” : les “gamers” ou passionnés de jeux vidéo, et les “nolife”, que la pratique très isolée d’Internet prive de toute forme de sociabilité. Ces profils peuvent être corrélés à la catégorie socioprofessionnelle des parents, creusant un fossé numérique social et culturel.

posséder un ordinateur à domicile améliorerait la performance scolaire

Le rapport de l’OCDE sur le dépouillement des tests PISA réalisés en 2006 met en évidence une corrélation entre les moindres résultats scolaires et l’absence d’ordinateur et d’Internet à domicile, ou plus précisément entre la performance scolaire et la fréquence d’utilisation de l’informatique au domicile (plutôt qu’à l’école). De tels résultats semblent conforter la volonté de mettre des ordinateurs à disposition des plus jeunes, en particulier ceux issus de milieux défavorisés.
 

L’enseignement doit tirer parti de toutes les potentialités des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE)

Il n’y a pas de “déterminisme technologique”, qui conduirait à une amélioration automatique du niveau scolaire des enfants en fonction des technologies disponibles : les tests PISA réalisés en 2006 ne montrent pas de corrélation entre les résultats des élèves à ces tests et leur utilisation de l’ordinateur à l’école.

L’utilisation et l’apprentissage des technologies numériques tout au long de la formation initiale n’en restent pas moins indispensables. Le rapport de la mission
parlementaire menée par Jean-Yves Fourgous, déjà cité, insiste sur la nécessité d’agir dès à présent pour réussir l’école numérique en 2012. Dans une note au ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative datée d’avril 2010, le Haut Conseil de l’éducation plaide pour un grand plan en faveur des TICE, avec plusieurs objectifs :

– renforcer la motivation et la confiance en eux-mêmes des élèves ;
– améliorer l’apprentissage dans certains domaines, notamment les langues étrangères, essentielles à la formation professionnelle ;
– diversifier les ressources pédagogiques offertes aux enseignants ;
– atténuer les inégalités face à l’école par la mise en place d’outils de suivi individualisé.

Les comparaisons internationales dans le domaine de l’utilisation des technologies numériques pour l’éducation doivent être maniées avec prudence, dans la mesure où de tels outils ne constituent qu’une composante d’un système éducatif qui doit être considéré dans son ensemble, en tenant compte du contexte culturel. Néanmoins, à l’examen des plans mis en oeuvre par plusieurs pays de l’OCDE (Canada, Danemark, Pays-Bas, Finlande, Corée du Sud, Royaume-Uni), plusieurs éléments semblent déterminants (au-delà de la mise en place d’outils
numériques au sein des établissements scolaires) :

– des financements à la hauteur des enjeux, qui doivent intégrer la maintenance et le renouvellement des matériels ;
– l’existence d’une plate-forme nationale ou régionale de ressources numériques  utilisables à la fois par les enseignants et les élèves : au-delà de l’accès à des contenus, elle doit offrir un accompagnement pédagogique pour tous les élèves qui le souhaitent ;
– le développement de ressources numériques apportant un véritable avantage par rapport au support papier ;
– la création de contenus destinés à former les élèves à un usage responsable d’Internet ;
– la mise en place d’un accompagnement adéquat des enseignants ;
– la création de ressources et de contenus innovants par le recours à des appels d’offres ou par le soutien et la valorisation des travaux des enseignants ;
– le recours à des expérimentations de projets innovants (soutenus et généralisés par la dépense publique), accompagnées d’une évaluation précise et transparente permettant de décider de leur extension ou non en toute connaissance de cause ;
– l’implication des parents, grâce aux technologies numériques, dans le suivi scolaire, qui constitue un facteur d’amélioration des performances des élèves ;
– l’utilisation des tableaux blancs interactifs (TBI), qui peuvent être un soutien à des approches pédagogiques favorisant l’interactivité : au Royaume-Uni, la généralisation des tableaux blancs interactifs dans les écoles primaires a conduit à une amélioration significative des performances des élèves de dix ans aux tests nationaux en mathématiques et en sciences ; cette amélioration n’a cependant été constatée ni pour la lecture ni pour l’écriture.
 

Les TICE comme outils de remédiation face à l’échec scolaire

Un des facteurs majeurs de l’échec scolaire en France tient aux inégalités sociales, que le système éducatif n’atténue pas : 18 % des élèves issus d’un milieu social défavorisé obtiennent un baccalauréat général contre 78 % pour les élèves de familles favorisées(7). Les TICE favorisent une meilleure prise en compte de l’hétérogénéité. La généralisation des manuels numériques, par exemple, pourrait permettre à l’enseignant d’adapter sa pédagogie et les supports associés au niveau de ses élèves et favoriser un suivi plus personnalisé
du travail de chacun. Le Haut Conseil de l’éducation précise que l’utilisation de manuels numériques ouvrirait “la possibilité d’une forte interactivité, d’un enrichissement permanent, d’une ouverture vers des liens web, etc.”. Le manuel numérique faciliterait également la prise en charge des élèves handicapés.
 

Le projet de manuels numériques en Corée du Sud

Projet pilote lancé en 2007, la création de livres de cours numériques est au coeur d’une réflexion sur la pédagogie qui vise à améliorer la qualité du système éducatif en favorisant la créativité et l’autonomie des élèves. Les manuels numériques sont de véritables “e-écoles”. Enseignants et élèves communiquent de manière plus interactive grâce aux outils pédagogiques intégrés ou reliés aux livres : les logiciels associés proposent des contenus multimédia et des outils de e-learning, autorisent des interactions en ligne et sont interconnectés avec les tableaux blancs interactifs. Ils permettent aux élèves, via une plate-forme, d’accéder à des contenus adaptés, les résultats de leurs travaux étant évalués et intégrés dans un système de suivi personnalisé. Tous les niveaux d’enseignement sont couverts ; un élargissement progressif des matières concernées est prévu. Ce projet a vocation à s’appliquer à l’ensemble des écoles
primaires et secondaires. Plus de 100 écoles sont impliquées, 18 manuels ont été conçus et des résultats positifs ont été observés. La diffusion de ce projet pilote a été facilitée par le lancement d’une campagne de communication autour du thème “Knowledge Korea”.

Là encore, les mesures mises en place à l’étranger fournissent des enseignements précieux(8), même si la lutte contre l’échec scolaire et les inégalités sociales relève de l’organisation du système éducatif dans son ensemble.
 

Les technologies numériques permettent :

– de développer un enseignement plus individualisé proposant à l’élève ou à son tuteur numérique des exercices adaptés au niveau de l’élève : c’est notamment l’exemple du Cyber Home learning en Corée du Sud qui compte plus de 300 000 utilisateurs quotidiens et qui a conduit à créer un système d’e-learning pour les classes élémentaires et secondaires afin de réduire les inégalités de formation entre élèves ;
– de proposer des logiciels adaptés aux enfants de familles étrangères, au travers de portails spécialisés ;
– de soutenir les élèves en difficulté, ceux-ci pouvant peuvent retrouver les notions qu’ils maîtrisent mal grâce aux liens hypertextes des manuels numériques.
Les TICE peuvent également contribuer à réduire l’anxiété de certains élèves vis-à-vis de l’institution scolaire par une approche plus ludique, plus concrète, grâce à des situations pédagogiques où l’erreur est valorisée comme moyen d’atteindre la réussite.

L’usage des outils numériques devrait favoriser la formation continue

L’évolution de la société et des métiers nécessite que chacun puisse se former tout au long de la vie. Le e-learning peut grandement faciliter la formation continue et constituer une “seconde chance”, en permettant l’obtention d’une formation diplômante depuis chez soi, effaçant ainsi les barrières sociales et les freins intellectuels. Toutefois, face au foisonnement de formations en e-learning présentées comme plus novatrices les unes que les autres, les pouvoirs publics ont un rôle majeur à jouer d’information, d’évaluation et de labellisation de cette offre.
En 2008, 40 % des Coréens du Sud utilisaient le e-learning et près de 39 écoles en ligne ont été créées dans le cadre du projet “Promotion de la cyber éducation tout au long de la vie” : ce succès est lié au développement du e-learning dans les grandes entreprises (Samsung, PG, KT, etc.) mais aussi au fait que ces formations continues sont généralement qualifiantes.

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