PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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La semaine dernière, des minutes de silence ont été observées dans les établissements scolaires, en hommage aux victimes de l’attentat contre « Charlie Hebdo ». Mais tous les élèves n’ont pas souhaité y participer, certains soutenant même l’action des terroristes. Faut-il s’en inquiéter ? Quelle attitude adopter ? Décryptage de Claire Leconte, professeur émérite de psychologie de l’éducation.

Faire une minute de silence à l’école est une bonne idée si on explique bien ce que cela représente. En particulier, faire comprendre aux enfants que le silence est la marque la plus importante de recueillement, d’hommage.

Il faut y préparer les enfants et donc que les adultes eux-mêmes y soient bien préparés. Dire aux enfants que le silence permet à tout un chacun de se replier sur ses propres pensées pour qu’ils sachent qu’ensuite, justement, on pourra en parler tous ensemble.

Il ne faut pas obliger les enfants à garder le silence

Cette minute peut remplacer la prière et permet donc à toute personne, croyant, athée, agnostique de la faire, ce qui est très important dans une société démocratique et laïque. Elle représente aussi un instant possible de fraternité, de partage, de solidarité, qui sont le propre de notre Histoire. 

Par contre, l’obligation, dans une telle situation, n’est certainement pas la bonne attitude à avoir. Il faut tout faire pour y faire adhérer les élèves, avec leur libre arbitre, ce qui impose qu’elle soit bien préparée. Il aurait été particulièrement important d’associer les parents des jeunes enfants et des jeunes collégiens à cette préparation, en les aidant eux aussi à expliquer aux enfants l’intérêt de cette minute de silence.

A-t-on pensé que l’heure imposée pour cette minute de silence était celle du repas pour beaucoup d’enfants ou d’un temps en récréation ? Sont-ce les animateurs qui ont eu la responsabilité de la faire respecter ?

Il faut leur expliquer les enjeux de cette minute

Pour les enfants très jeunes, il est très difficile de comprendre l’enjeu de cette minute : le silence est facile à obtenir car dès leur entrée à l’école maternelle, ils y sont habitués, mais quel est son signifiant dans ce cas ?

Ils auront dû être rassurés sur le fait que les adultes, leurs parents, sont là pour les encadrer et les protéger.

Les événements doivent être présentés le plus simplement possible, factuellement. Il faut mettre des mots sur ces faits, plus encore si les enfants ont eu à voir des images. Et leur dire que cette minute a lieu parce que tout le pays est triste.

Le refus d’y participer doit nous interroger

Concernant le fait que certains refusent d’y participer, faut surtout s’inquiéter de ce qui sera fait ensuite pour comprendre ce refus. Car comme l’a écrit une collègue du 93, une poignée d’élèves a refusé de faire la minute de silence.

Mais qui sont-ils ? Principalement ceux qui ne respectent ni l’école ni les enseignants, les collégiens qui « oublient » souvent leurs affaires, n’hésitent pas à perturber le déroulement des cours. Leurs familles vont-elles aux réunions parents-profs ? Ceux guettés par la déscolarisation.

On DOIT s’interroger sur comment des jeunes qui passent par l’école de la République, où en principe on parle respect de l’autre, de tolérance, d’écoute mutuelle, peuvent justifier de telles attaques verbales aussi violentes. 

Nous portons tous cette responsabilité collective

Est-ce un simple rejet de l’autorité, une assimilation de ce qu’ils ont pu entendre à la maison ?

Pour beaucoup d’entre eux, un lavage de cerveau a été entamé dès l’enfance par divers discours radicaux brassant des idées faciles à comprendre.

Mais nous avons collectivement la responsabilité de faire vivre au quotidien, dans la société comme à l’école les « valeurs de la République » pour leur donner plus de poids. Le civisme doit se vivre, pas uniquement être un objet du programme scolaire, de même qu’on ne peut enseigner les valeurs, on les apprend tout comme le vivre ensemble.

L’enfant est le produit d’une éducation 

Trois jeunes français, passés par l’école entre autres, n’ont eu comme perspective de vie que de devenir des assassins de leurs concitoyens. Relisons l’entretien de Khaled Kelkal, lui aussi devenu terroriste après son passage en prison dans laquelle il a rencontré l’islamisme radical.

L’enfant est le produit d’une éducation délivrée par l’école, la famille et la « rue ». Ne jamais donner de cohérence entre ces trois apports génère forcément un désarroi et une recherche d’une planche de salut qui peut dans certains quartiers n’être que « l’association mosquée » comme le dit Kelkal.

Il faut s’interroger sur ce qui fait éducation chez l’enfant, l’aider à sortir de lui-même pour devenir un sujet qui choisit son devenir et non un objet qui subit sa fabrication. Il faut que l’éducation donnée aux enfants par les enseignants, les animateurs, les parents leur permette de développer les compétences psychosociales définies par l’OMS, leur enseigne à vivre.

Comme le dit Olivier Bobineau, le seul moyen pour lutter contre le choc des ignorances, c’est le fond – la laïcité – et la forme, la posture – apprendre à dire : « Je me mets à ta place ». Et comme je l’ai écrit ainsi qu’Évelyne Charmeux, il importe d’apprendre l’humour à l’école, c’est aussi essentiel que la lecture, l’écriture et les maths et ce, le plus tôt possible. Un enfant qui a plaisir à apprendre aura envie de devenir un citoyen heureux de partager ses acquis.

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