PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Aux États-Unis, les écoles publiques ne sont pas toutes coulées dans le même moule pédagogique. Certaines d’entre elles ont tenté l’aventure d’innover et de ne pas laisser cette fonction aux seules écoles privées. L’école Christa McAuliffe, située au coeur de la Silicon Vallée, a mis la participation des parents au centre de sa pédagogie et de son fonctionnement quotidien.

Qu’est-ce qui rend cette école unique en son genre ? Elle n’accueille pas seulement jour après jour entre ses murs des élèves de la maternelle à la 4ème (ce qui correspond à la fin du cycle de Middle School aux États-Unis), des enseignants et du personnel administratif. Non, elle y accueille aussi des parents…beaucoup de parents! Chaque famille s’est en effet engagée à participer à la vie des classes entre 4 et 6 heures par semaine. Dans chaque heure de cours, l’enseignant peut compter sur la présence de 3 ou 4 parents travaillant directement avec les élèves. Si le ratio élèves-enseignant est, pour la moyenne de la Silicon Vallée assez élevé (24:1 – oui, je sais, il y a de quoi rêver !), il tombe à environ 6 élèves par adulte dans la réalité quotidienne !

La première fois que j’ai entendu parler de cette école, ma surprise fut grande : “Pourquoi avoir autant de parents dans les classes ? Qu’est-ce que cela apporte aux élèves ? Et comment cela fonctionne-t-il ?”. J’ai posé ces questions à une des mères dont les deux enfants vont à cette école et qui est elle-même très engagée et convaincue de ce modèle.

L’école McAuliffe ne considère pas que sa mission soit seulement de faire ne sorte que ses élèves maîtrisent les concepts académiques classiques et requis par l’État de Californie. Son but est bien plus holistique puisqu’elle se propose de “développer l’enfant dans la totalité de sa personnalité”. Ceci implique notamment le fait d’inclure dans les enseignements le développement des compétences sociales, physiques et émotionnelles des élèves. L’école essaie de faire de ces derniers des personnes qui aiment apprendre et qui verront une valeur à continuer à apprendre tout au long de leur vie. Les élèves sont aussi encouragés à découvrir quels sont les sujets et les questions qui les passionnent et à “creuser” ces sujets. Et, pour les dubitatifs, je peu vous assurer que ces aspects ne sont simplement de belles déclarations dans les statuts de l’école, mais font l’objet d’une attention réelle, au même titre que la trigonométrie ou la différence entre un adjectif épithète et un adjectif attribut.

Pour atteindre ses objectifs ambitieux, notre école s’est bâtie sur deux piliers: l’apprentissage par les projets (en France, nous parlons en ce moment beaucoup d’”interdisciplinarité”) et la participation des parents, donc.  Dans cette article , je ne m’appesantirai pas sur l’interdisciplinarité (en tout cas, pas cette fois-ci), mais je vous propose de regarder de plus près comment cette participation des parents fonctionne.

Nous savons déjà que de nombreuses études valident le fait que si les parents sont engagés dans une relation positive avec l’école et avec les enseignants de leurs enfants, ceux-ci ont plus de chances de connaître une scolarité fructueuse et heureuse (ce qui n’est pas anodin quand même !). Couramment, la “participation des parents” regroupe dans les esprits les aspects suivants : les parents montrent de l’intérêt pour ce que leurs enfants apprennent à l’école, vérifient qu’ils ont compris les concepts-clé, les aident pour les devoirs si cela s’avère nécessaire, rencontrent les enseignants de temps en temps, que cela soit de façon formelle (réunions parents-prof ou rendez-vous individuel) ou pas (sortie d’école, rencontre au supermarché, etc…), ils participent aux sorties de classe ou à la kermess de fin d’année, ils connaissent les camarades et amis de leurs enfants et ont une idée du climat général de la classe.

L’école McAuliffe, elle, va un pas plus loin. Elle ne se contente pas d’inviter les parents pour une visite ponctuelles, elle commence par former les parents de façon intensive (30 heures de cours distribuées sur 6 week ends) en communication, gestion des conflits, dynamiques de groupes, etc. Sur le site internet de l’école, les parents trouvent aussi une liste de livres qu’ils sont encouragés à lire. Ensuite, et seulement ensuite, les parents sont intégrés dans la vie quotidienne des classes. Habituellement, l’enseignant débute son heure de cours en parlant du sujet du jour pendant 10-15 minutes, puis le travail de groupe commence. Chaque groupe est composé de 4-6 élèves et d’un parent qui a pour fonction faciliter la communication entre les élèves, de faire en sorte que le respect de tous soit au rendez-vous et que chacun puisse trouver sa place dans le groupe. L’enseignant. lui, passe de groupes en groupes et reste le référant pour toute question relative au contenu des tâches à effectuer.

Vous allez sans doute me demander comment ces parents peuvent se permettre de passer autant de temps dans les classes ? Bien que l’école s’efforce de proposer des modèles flexibles (choix des parents pour les classes ayant lieu de bonne heure, possibilité de demander à un autre membre de la famille de prendre en charge les heures dues,…), la maman que j’ai interrogée m’a avoué qu’en fin de compte, c’était presque pour elle un job à plein temps. L’écrasante majorité des parents de cette école apprécient s’investir autant, et l’un d’eux écrit ” C’est fantastique de pouvoir être aussi proche de son enfant et de voir quel type de relations privilégiées peuvent se développer grâce à la présence de tant de parents”.

Et pourtant, ce modèle semble bien difficile à reproduire, notamment en France où le taux d’activité des femmes est plus élevé qu’aux États-Unis (et surtout que dans la Silicon Vallée !). Tous les parents ne peuvent se permettre un tel investissement intellectuel et de temps, j’en suis bien consciente. Si j’ai voulu vous présenter ce modèle, ce n’est donc pas pour l’ériger en idéal. Mais je crois que dans un contexte où les débats sur l’éducation se portent essentiellement sur les horaires, les programmes, la transmission des valeurs, l’usage de la technologie, la formation des enseignants,…un thème tout aussi légitime serait de savoir comment l’école peut impliquer les parents de façon plus efficace qu’elle ne le fait aujourd’hui. 

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