PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

REPONSES A LA CONSULTATION POLITIQUE DE LA VILLE

Les questions relèvent des responsables de la consultation

Réponses de Claude Jacquier

Directeur de recherche

Auto-entreprise : Les siphonnés de la cuvette

Grenoble 03 décembre 2012

01 – Qu’est ce qui caractérise selon vous la pauvreté d’un territoire et les difficultés rencontrées par ses habitants ?

01.1 La pauvreté d’un territoire et les difficultés rencontrées par ses habitants tient tout d’abord au regard que portent sur eux les politiques et certains professionnels relayés par les médias. Ce sont eux qui "caractérisent" ces territoires et leurs habitants pour en faire avant tout des territoires délaissés (comme les délaissés de voirie) où se retrouvent ou sont renvoyés ceux dont le reste ville ne veut pas.

01.2 Ensuite, malgré les pétitions de principe sur la participation depuis près de trente ans, ces territoires n’ont jamais été considérés comme des communautés (au sens anglophone du terme -des lieux, des gens et du genre, des institutions- non des communautés ethniques ou religieuses) capables de prendre en main leur destin. Pauvres financièrement, les habitants de ces territoires ne sont pas des pauvres d’esprit

comme le sont trop souvent ceux qui en parlent. Combien de ces observateurs y résident encore ?

01.3 La pauvreté économico-urbaine est relative à un système urbain qui affecte des rôles et des places à certains territoires dans la hiérarchie des valeurs patrimoniales qui confèrent à leurs résidents la possibilité de se positionner les uns par rapport aux autres et de se valoriser en dévalorisant les autres. «Dis-moi où tu habites et je te dirais qui tu es !». La discrimination au code postal, si évidente pourtant, ne fait pas partie des critères de discrimination retenus par la loi !

02 – Faut-il privilégier une géographie contractuelle à une géographie réglementaire ? Faut-il conserver les droits attachés automatiquement à ces zonages (exonérations) ou privilégier la construction d’un projet de territoire au sein d’un contrat ?

02.1 Géograhie contractuelle et géographie réglementaire, quel jargon technocratique de la "province parisienne" ! Quels droits attachés automatiquement ? Faisons en sorte que les droits et surtout les devoirs de la République (à commencer par les déclarations des droits de l’homme 1789 et de la femme 1791 Olympe de Gouges avec le silence sur le rôle essentiel des femmes) s’appliquent partout et en particulier dans les "ghetto de riches" de la République que sont quelques circonscriptions et cantons où vivent des filles et des fils d’archevêques de la nomenklatura. Faisons en sorte que ces territoires délaissés redeviennent des circonscriptions électorales (droit de vote pour tous et non le scrutin quasiment censitaire actuel où seuls 15 à 20% des habitants s’expriment) où les élu-es viennent rendre des comptes et se faire élire. C’est une condition sine qua non pour la politique de la ville entre en politique et ne soit pas qu’un emplâtre sur une jambe de bois qu’on réactive chaque fois qu’il y a des émeutes pour se limiter à des mesures d’assistances le reste du temps. Tout le reste n’est que langue de bois.

02.2 Quant aux contrats de territoire on en parle depuis 30 ans mais dans un contrat il faut des contractants effectifs, efficients et surtout respectueux des engagements pris. Qui évalue les contrats (si on les évalue !) ? Un des contractants, l’Etat ! Et avec quelles sanctions si le contrat n’est pas respecté ? Néant ! 30 ans que cela dure pour la politique de la ville !

02.3 Qu’a-t-on fait réellement pour mettre en oeuvre des stratégies de développement avec les communautés de base ? Il y a longtemps qu’on ne parle plus de développement (circulaire Jospin de 1998) ! Quant aux communautés de base et la nécessité d’organisations communautaires, 30 ans que certains d’entre nous en parlent, sans écho à Paris contrairement à ce qui se fait en Europe et outre-Atlantique.

02.4 Quand laissera-t-on le champ libre innovateur à ceux qui sont sur le terrain qui y vivent et y travaillent. Aucune innovation n’a été due dans le passé à l’Etat et à sa technocratie même éclairée. Ce sont aux initiatives locales prises par des acteurs locaux qu’il faut les imputer. Difficile de le faire depuis la "province parisienne" coupées des vrais acteurs de terrain et qui n’a d’instruments pour innover que le décret, le règlement et des financements qui passent systématiquement à côté des vrais enjeux sauf pour arroser là où c’est déjà mouillé.

03- Comment rendre effective une démarche intégrée qui permettrait d’inclure dans un cadre contractuel unique le volet social et le volet urbain ?

03.1 Il faudrait en finir avec l’appellation politique de la ville porteuse de grandes ambiguïtés puisque la plus grande partie de la ville y échappe et que les quartiers concernés échappent au droit commun. Ce qui aurait pu être une politique de la polis pour toute la métropole rurbaine visant une réforme profonde de sa gouvernance n’est même pas une politique de la police dans les territoires délaissés.

03.2 Il faudrait tout d’abord que les instances parisiennes regardent du côté de ce que quelques Français ont contribué à initier depuis les années quatre-vingt en Europe (programme Quartiers en Crise) et surtout depuis 1994 (Jacques Delors) avec Urban et 2003 avec Urbact dont la France a financé l’évaluation ex-ante et finance encore le siège et le secrétariat général. Pourquoi ce qui se fait en Europe et qui est recommandé partout est aussi marginalisé par la doctrine française. Où sont les programmes intégrés de développement urbain soutenable ? Où est le volet environnement ? Où est la dimension du genre dans le social ? Où est le communautaire dans un social qui privilégie l’individu et l’assistance ? Où est désormais le principe de développement ?

03.3 A l’origine, la politique de la ville était destinée non pas à contenir les difficultés de certains quartiers mais à repenser le mode de gouvernement de la ville dans son ensemble (relire le rapport Dubedout et pour ceux qui ne l’ont pas lu, le lire tout simplement). La politique de la ville devait permettre d’imaginer, à partir des quartiers en difficulté et de ce que l’on mettait en oeuvre, une réforme profonde du mode de

gouvernement et d’administration de la ville dans sa totalité. Qu’a-t-on fait ? N’était-ce pas le moyen d’innover en matière de cadre contractuel articulant l’économique, le social et l’environnement, soit ce que l’on cherche en matière de développement soutenable ? Mais qui parle de développement soutenable dans ces territoires délaissés alors que là se trouvent les populations les premières concernées par la

précarité énergétique.

03.4 Question subsidiaire : où en est la formation des élu-es et des professionnel-les ?

04 – Comment traduire dans les faits la solidarité intercommunale en faveur des quartiers défavorisés?

04.1 Faire en sorte que les programmes intégrés de développement urbain soutenable soient enfin appliqués en France ce qui suppose aussi que les reformes territoriales envisagées tiennent compte pleinement de ces territoires délaissés en les inscrivant pleinement dans les régions urbaines. Pour le moment l’inscription de la politique de la ville dans les compétences prioritaires des communautés d’agglomération ressemble à une répartition des petits bénéfices et non à une véritable solidarité entre commune riches et pauvres. Il n’est pas sûr qu’une intégration plus poussée des pouvoirs d’agglomération (cf. élection directe) ne conduirait pas à un affaiblissement de la représentation des territoires les plus délaissés (il y reste encore quelques intérêts politiques à vendanger).

04.2 Une taxation plus forte des patrimoines immobiliers (taxation des plus-values et de la capitalisation de la rente foncière) devrait être envisagée. En France, le prix moyen du m2 des logements est de 3800 € contre 1300 € en Allemagne. Quant aux territoires délaissés personne ne peut dire leur valeur sur le marché. Il y a la une anomalie qui explique bien des choses dans différents domaines et, en particulier, dans la fragmentation sociale et spatiale des villes. Là se trouve, sans doute, une des clés de la solidarité intercommunale.

05 – Quels doivent être selon vous la place et le rôle des régions et des départements dans la politique de la ville ?

05.1 Pour le moment entre des départements dominés par le rural et qui, sauf exception (le Rhône, car département croupion coupé de son hinterland depuis la révolution), n’ont pas grand-chose à faire de l’urbain et des régions, elles aussi fortement marquées par le ruralisme et qui ne disposent pas des budgets nécessaires, on ne peut pas dire que la politique de la ville a été bien servie par ces institutions.

05.2 Qui plus est ces institutions politico-administratives redoublées par l’Etat déconcentré au niveau régional et au niveau départemental n’ont guère pu occuper la place et jouer le rôle qu’on pouvait espérer. Tout cela a contribué à fabriquer de véritables usines à gaz (balkanisation des territoires, empilement des niveaux, sectorisation des compétences) là où on attendait des réformes administratives, une simplification des procédures et une intégration des pratiques. La réforme territoriale précédente envisageait de réduire l’empilement, cela bien timidement. Il ne semble pas que les nouveaux textes portent un remède à cet état bureaucratique.

05.3 Peut-on espérer voir s’installer ce qui existe ailleurs en Europe à savoir des régions fortes (Lander, communautés régionales autonomes, régions fédérales) qui se sont substituées aux provinces et aux services déconcentrés de l’Etat et qui sont aussi les seules autorités de gestion des programmes européens. Rappelons que les difficultés de ces territoires délaissés tiennent moins à leurs lieux (l’envie de tabula rasa pour certains), les gens qui y vivent et y travaillent (l’envie de certains de dissoudre le peuple) qu’aux institutions étatiques et locales, publiques et privées, d’une complication absolue qui sont rarement questionnées et qui sont incapables de «faire avec» la complexité du monde. Combien faut-il mobiliser de personnes détentrices d’autorités pour le moindre projet dès lors que l’on prétend, et c’est une nécessité, intégrer différents domaines de compétences ? Beaucoup trop !

06 – Quel pilotage local, politique et technique, pour assurer la mise en oeuvre des actions inscrites dans le contrat ?

06.1 Le pilotage politique local doit être dans les mains de l’autorité exécutive la plus haut placée dans la commune, soit le maire ou en cas d’intégration au niveau d’agglomération par le président de l’agglomération. Il doit en être de même pour le pilotage technique (directeur général des services). Tout cela découle d’une certaine conception de ce que doit être la politique de la ville, dans une conception européenne, à savoir une politique intégrant les diverses compétences nécessaires et permettant d’initier des réformes dans les institutions.

06.2Le plus souvent ce n’est pas le maire, ni le président de l’agglomération qui pilotent la politique de la ville mais dans le meilleur des cas un adjoint ou un vice-président qui n’a pas toute l’autorité sur les décisions politiques et administratives. Là où la politique de la ville a le mieux fonctionné, c’est là où le maire a pris en compte cette dimension-là de la politique de la ville : un levier pour impulser des réformes parfois par contournement ou en conspirant contre les bureaucraties et les corporatismes.

7 – Avec votre expérience, quelle appréciation portez-vous d’une part sur l’organisation et le fonctionnement des services déconcentrés de l’Etat qui agissent pour la politique de la ville ? D’autre part sur les délégués du préfet ?

07.1 Voir point 5.

07.2 Est-il nécessaire et utile, en France, à l’heure des obligatoires économies budgétaires, de maintenir une double administration Etat-collectivités locales dans les territoires de la république. Nous sommes sans doute en Europe, le seul pays à maintenir de tels doublons. Ces doublons ne représentent pas qu’un coût supplémentaire administratif mais surtout un ralentissement dommageable dans la prise de décision qui est un puits sans fond.

07.3 Mon expérience me fait porter une appréciation extrêmement négative sur cette organisation bureaucratique d’un autre temps. Le seul véritable aspect positif des instances déconcentrées de l’Etat, de l’Etat tout simplement ou de l’Union européenne : ce sont des instances de recours possible contre l’arbitraire local. Peut être que les instances judiciaires y suffiraient si nous avions affaire, avec la politique de la ville, à de vrais contrats qui, non respectés par un des contractants, pourraient être déférés devant les tribunaux.

08 – Quelles solutions proposer pour combler le déficit de participation des habitants à la définition des instruments de la politique de la ville et renforcer leur capacité à agir ?

08.1 La politique de la ville a toujours mis en avant la participation des habitants mais souvent cette participation n’a été qu’un alibi procédural. La participation signifie que les habitants n’ont pas l’initiative des projets et qu’ils restent dans une situation d’extériorité par rapport aux processus mis en oeuvre par d’autres (autorités, professionnels). Les responsables de la politique de la ville ont refusé une approche mettant l’accent sur les communautés de base et sur leur développement dans le cadre de la coproduction de projets. Ce que l’on appelle l’empowerment n’a jamais eu vraiment sa chance en France.

08.2 Il faut mettre en place et donc former de véritables organisateurs et développeurs communautaires (des hybrides, des métis, des hérétiques) qui soient de véritables conspirateurs des réformes.

09 – Quels sont, au regard de la connaissance que vous avez de la situation des quartiers, les deux ou trois enjeux majeurs ou émergents à traiter en matière de cohésion sociale et territoriale ?

09.1 Prendre en compte les communautés de base dans les territoires délaissés, ce que j’appelle les communautés-territoires (avec leurs trois composantes – lieux/environnement, gens et genre/le social, les institutions/l’économique et le politique- combinées en une atmosphère singulière, en une sorte de morphisme avec le développement soutenable) et faire en sorte que des professionnels qualifiés en ce domaine prennent en compte ces communautés-territoires pour les réorganiser de manière à rompre avec les systèmes de dépendance dans lesquelles elles se trouvent placées par le marché, les politiques de droit commune et par une certaine mésinterprétation de la politique de la ville.

09.2 Cibler la génération de 30-45 ans celle qui a des enfants et des adolescents et qui a la capacité de dialoguer avec les plus anciens. Plus précisément, il faut absolument travailler avec les femmes (importance des familles monoparentales et des femmes personne de référence des ménages dans ces communautés-territoires) et faire en sorte que les politiques menées prennent en compte, enfin, la dimension du genre.

09.3 Prendre réellement en compte dans le gouvernement des territoires, la diversité des populations résidentes et mettre l’accent sur la production d’un vivre ensemble, hybridation, métissage, fertilisation croisée.

09.4 Questionner sans relâche le fonctionnement d’institutions d’un autre temps, le principal handicap de ces communautés-territoires

09.5 Former les professionnels organisateurs communautaires et les organisations communautaires (équipes d’action locale, local action team).

09.6 Prendre en compte la dimension du temps, de la durée et s’affranchir de l’instantanéité. Revoir les taux actuariels pour se donner une chance de penser le long terme, celui dans lequel Keynes disait on est tous morts. Hans Jonas disait aussi que le défi est d’organiser des tables de controverses entre des gens bientôt morts (nous) et des gens pas encore nés. Là est le vrai défi insoluble.

10 – Quels seraient les instruments à mobiliser pour donner un nouvel essor au développement économique des quartiers ? Pensez-vous que les acteurs économiques (entreprises, fédérations professionnelles, institutions financières, etc.) puissent être signataires des futurs contrats ?

10.1 Préalable. S’agissant des contrats à quoi servent réellement tous ces signataires si ces contrats ne sont que de pseudo-contrats qui n’engagent personne. A faire le buzz, un moment ???!!! Sans doute !

10.2 Il faudrait que les approches de l’économie des communautés-territoires soient mobilisées (c’est trop rarement le cas) ainsi que toutes les dimensions de l’économie (dont on peut identifier cinq dimensions). En effet, il ne faut pas se limiter à l’économie marchande et à l’économie de redistribution (contributions et allocations) qui sont les seules recensées pour chiffrer le PIB alors qu’existent dans ces territoires comme dans les autres, l’économie domestique (les cycles de la reproduction et l’élevage des enfants), l’économie social et solidaire ainsi que surtout, l’économie de braconnage (souterraine, informelle, délinquance en col blanc, tombés du camion, drogue) (Polanyi + autres contributions notamment CJ qui abordent la relation de l’économie et du genre, les femmes articulant ces 5 économies alors que les hommes s’inscrivent uniquement dans l’économie marchande et l’économie de braconnage). Il faudrait sans doute aussi s’inspirer des travaux de Laurent Davezies sur la base exportatrice, la base résidentielle, la base publique et la base sociale ainsi que de ceux de Michaël Porter sur les chaînes de valeur et la production territoriale de valeur ajoutée, et de valeur ajoutée soutenable (CJ).

10.3 Il faudrait avoir une meilleure connaissance analytique de l’économie de ces territoires (matrice des échanges inter-économiques au sein des territoires et entre ces territoires et le reste des régions urbaines). Ce travail a été esquissé par certains (CJ).

10.4 Il faudrait disposer d’une véritable comptabilité analytique financière territoriale. On parle toujours des sommes «astronomiques» qui sont déversées sur ces territoires par la politique de la ville alors que personne n’en sait rien. Personne ne sait si ces crédits spécifiques viennent en additionnalité aux crédits de droit commun souvent plus réduits qu’ailleurs ou en substitution (ce qui est le plus certain).

10.5 Il faudrait reprendre le travail amorcé en Europe en 1995 et auquel la DIV avait participé sur les gisements d’emploi.

10.6 Concernant plus particulièrement les contrats mieux vaut abandonner les grands contrats fourre-tout qui s’apparentent à une grand-messe des autorités et des financeurs. Il faut sortir de ce formalisme des procédures pour favoriser surtout les processus. Il faut se concentrer d’une part sur un document de planification stratégique assorti d’objectifs chiffrés précis à son terme ou à des termes intermédiaires et d’autre part sur des contrats particuliers sur projets locaux circonscrits (local action plan LAP) sur lesquels sont associés en partenariat des groupes de soutien locaux (local support group LSG). Voir pour cela les acquis URBAN et URBACT.

11 – Quels sont les types de formations qu’il conviendrait de développer prioritairement ?

11.1 Déjà dit supra. Des formations d’organisateurs et de développeurs communautaires. En faire des stratèges et des tacticiens.

11.2 Mettre en oeuvre des formations concernant le développement soutenable dans les territoires délaissés (enjeu majeur qui n’a rien à voir avec les éco-quartiers).

11.3 Approche de ce que sont les politiques intégrées et la transformation des institutions (lutte contre la balkanisation politico-administrative des territoires -tarte, l’empilement des niveaux –feuilleté, la sectorisation –tranches de cake, silos). Former des conspirateurs des réformes. Peut-être des machiavéliens

11.4 Former les professionnels à l’économie territoriale.

12 – Quelles sont les voies d’amélioration possibles du fonctionnement du service public de l’emploi dans ces quartiers ?

12.1 Tout d’abord il faut accorder une place centrale à la transformation des institutions publiques et privées paralysant la dynamique au sein des territoires (balkanisation, empilement, sectorisation).

12.2 Dans toutes ces institutions à décloisonner, il faut veiller à mettre en première ligne, au contact des clientèles les personnels les plus compétents et les mieux payés. C’est en front office et non en backoffice que se trouve toute la complexité du monde. Il faut renverser totalement la pyramide des compétences et des rémunérations.

12.3 Faudrait-il qu’existe un service de l’emploi dans tous les territoires délaissés et que les personnels sachent concrètement en ayant expérimenté cela ce qu’est l’emploi, la recherche d’emploi, les stratégies pour y parvenir ?

12.4 Il ne s’agit pas que d’emploi salarié. Il faut traiter toutes les dimensions des activités (salarié, créateur d’entreprise, bénévolat, volontariat, vendeur de service sous forme d’auto-entreprise, retraité et intergénérationnel etc.) (fin du salariat, rêve marxiste enfin atteint ??? !!!) et il faut maitriser l’inscription des activités dans la chaîne des valeurs. Le service public de l’emploi est-il capable de le faire ?

12.5 Il faut repenser l’ensemble du modèle socio-économique et la combinatoire entre travail rémunéré et travail non rémunéré. Les associations revisitées peuvent être un modèle pour cela. Cette reformulation du modèle économique doit mettre l’accent sur les caractéristiques des nouvelles économies des biens et des services plus ou moins dématérialisées qui ne distingue plus tellement producteur et consommateur dans la mesure où nous sommes tous devenus des coproducteurs de biens et de services.

13 – Pour la mise en oeuvre d’un projet de rénovation urbaine, quels seraient les thèmes qui pourraient être confortés (concertation sur les attributions de logements, renforcement de l’application des clauses d’insertion, etc.) à l’échelle communale ou intercommunale ?

13.1 Tout d’abord faire de vrais projets de «rénovation» urbaine en prenant en compte toute la dimension développement soutenable. Combien de projet en tiennent compte réellement autrement que sous forme cosmétique (verdissement technocratique).

13.2 Bannir l’utilisation des mots tels que concertation, participation, etc. des mots valises qui ne signifient plus rien sinon l’arnaque assurée. Plus personne n’y croit. Parler de coproduction de biens et de services et faire en sorte que les résidents des territoires délaissés soient des acteurs de leur vie quotidienne, pas des assistés. Voir pour cela le développement et l’organisation communautaire et l’empowerment.

13.3 Sortir des illusions : «faire de ces quartiers des quartiers comme les autres», «désenclaver les quartiers en difficulté» qui le sont beaucoup moins que les ghettos de riches. Les territoires délaissés sont une nécessité pour le fonctionnement des villes. Villes et régions rurbaines auront toujours besoin de ces territoires pour se recycler sur elles-mêmes (voir ce qui s’est passé dans les quartiers anciens). Il n’est pas vrai d’ailleurs que les choses ne changent pas mais le rythme des changements est long (temps d’une génération, voir ce que nous disions au point 09.6 supra, sur le long terme).

13.4 Il faut intégrer la notion de recyclage socio-urbain. Beaucoup d’habitants vivent bien dans les quartiers de logements sociaux délaissés et souvent depuis le début de leur construction. Ils n’y sont pas assignés à résidence, ni ne bénéficient de rente de situation. Des gens ont quitté et quittent encore ces quartiers délaissés pour aller vivre ailleurs (promotion résidentielle) alors que d’autres viennent y habiter par défaut de logements disponibles ailleurs, par exemple à la suite d’un licenciement, d’un décès, d’un divorce. Souvent ils y reconstruisent leur vie grâce notamment aux politiques qui y sont mises en oeuvre (politique de la ville notamment). Certains même y élisent domicile. D’autres peuvent repartir ailleurs. Ces quartiers de logements sociaux délaissés ont toujours été une nécessité dans nos sociétés qui fonctionnent largement sur une hiérarchisation des prix du logement et sur ce que l’on appelle «l’appariement sélectif» ou qui se ressemble s’assemble (les ghettos de pauvres étant souvent le produit des ghettos de riches). En France, dans l’entre-deux-guerres on n’a pas construit de logements sociaux. Quand on les a construits massivement après 1945, on l’a fait de manière concentrée (Zones à urbaniser en priorité –ZUP) dans la première couronne des communes-centres que progressivement la périurbanisation a absorbés dans le territoire aggloméré. Il n’est donc pas surprenant que des tensions surviennent sur un marché que la théorie libérale voudrait de concurrence pure et parfaite. La réalité n’est en rien cela, surtout en France.

14 – Au-delà de l’amélioration de l’habitat et du cadre de vie, la rénovation urbaine a-t-elle permis d’enclencher des effets positifs dans d’autres domaines et si oui, lesquels ?

14.1 La principale réussite de la politique de la ville est qu’on n’a pas complètement abandonné ces territoires pourtant délaissés par les classes moyennes et par les cadres politico-administratifs de l’Etat et des collectivités territoriales qui y résidaient jadis comme cela s’est passé dans de nombreux pays notamment Angleterre et Etats-Unis.

14.2 Ce sont des territoires du recyclage urbain qui ont été une chance pour le développement des villes, des territoires d’accueil pour ceux qui arrivent et pour ceux qui tombent de la hiérarchie sociale : ceux qui ont été obligés, pour de multiples raisons, de prendre le «descendeur» social (chômage, divorces) ou qui par défaut de place dans ces quartiers se réfugient dans la campagne lointaine parce que l’immobilier devient trop cher dans les villes, conséquence de la bulle financière et immobilière. La politique de la ville a permis à de nombreuses personnes arrivées dans ces quartiers de réussir à se stabiliser, à se reconstruire, de partir ou de repartir vers de nouveaux et meilleurs horizons (cette réalité positive n’est pourtant jamais inscrite à l’actif de cette politique). C’est comme si on jugeait d’une politique hospitalière

uniquement à partir des gens qui meurent à l’hôpital sans tenir compte des gens qui repartent soignés. On s’intéresse au stock de population qui y vit mal, éventuellement à ceux qui arrivent, rarement à ceux qui en sortent et qui s’en sortent bien ou à ceux qui s’y plaisent.

14.3 Enfin, par-delà son appellation unique en 30 ans, le contenu de cette politique a fortement évolué avec un balancement au cours du temps entre une politique d’agglomération et une politique ciblé «quartier», alors qu’il faudrait tenir les deux, en prenant en compte le multi-scalaire spatial et environnemental et le multi-scalaire temps. Pour parler valablement des réussites et des échecs d’une politique, il faut regarder les différentes séquences qui la composent.

15 – Faut-il dans certains quartiers adapter la pédagogie et éventuellement le contenu de l’enseignement dans les établissements scolaires ?

15.1 Absolument et il aurait fallu le faire depuis longtemps. Mais, il n’y a pas que dans les quartiers de la politique de la ville qu’il faut adapter la pédagogie et le contenu de l’enseignement dans les établissements scolaires. Les établissements scolaires des territoires délaissés auraient dû devenir des laboratoires de la réforme de la pédagogie, des contenus, des rythmes comme cela était prévu dans le rapport Dubedout et dans la circulaire de l’éducation nationale sur les ZEP de l’été 1981, je crois, et que bien entendu, en période de vacances, personne n’a lu. Qu’a-t-on fait depuis 30 ans.

15.2 Il aurait fallu élargir la réflexion au périscolaire et aux autres activités éducatives (familles, crèches, maternelles), au rôle des parents (femmes et hommes) lorsqu’on sait que ce qu’est devenue la figure masculine désormais enfuie (dealer, joueur de foot, harder de film porno et dans le meilleur des cas rappeur), à celle des communautés et des diasporas.

15.3 Il faudrait questionner la transversalité en ce domaine et l’intégration des compétences diverses capables de produite cette transmission et cette coproduction des savoirs et des savoir-faire. Le secteur de l’enseignement est bien trop déconnecté du réel. Des générations ont été perdues et il faudrait penser un autre mode d’enseignement pour ces générations en s’appuyant sur toutes les technologies. Il n’est pas sûr que les communautés éducatives jadis hostiles à l’internet soient aptes à répondre à ce défi.

15.4 L’éducation relève d’une coproduction entre enseignants, parents, élèves, etc. et non uniquement une vérité révélée à inculquer d’en haut, top-down. Voir la sécurité, la santé, des thématiques qui poussent elles aussi à la coproduction et à des approches intégrées, transversales et décloisonnées.

16 – Comment retrouver une relation de confiance entre la population, notamment les jeunes, et la police ?

16.1 C’est la question impossible. Les changements doivent être attendus des deux côtés dans une société qui, au cours du temps, n’a guère eu d’occasions de faire confiance à l’autorité pas seulement politique, mais politique et judiciaire. Dans les derniers moments-clés qui structurent une idéologie et un imaginaire (seconde guerre mondiale, guerre coloniale ces autorités n’ont guère été à la hauteur de leur tâche. L’ont-elles été pendant les deux ou trois dernières décennies de la politique de la ville ? On peut en douter quand on constate leur incapacité à revisiter sereinement ces épisodes du passé.

16.2 Du côté des publics la difficulté n’est pas moindre et les qualificatifs utilisés pour stigmatiser ces autorités empruntent à ces épisodes peu glorieux CRS = SS pour les soixante-huitards, les «schmits», les chleus pour la génération suivante.

16.3 La police de proximité avait pu un temps renouer des relations de confiance en étant présente dans la durée sur les territoires. Le temps toujours, la durée.

16.4 Peut-on espérer quelque chose de mieux d’une police communautaire, issue des territoires en question, connu des publics. Est-ce qu’un braconnier peut devenir un bon garde-chasse ?

16.5 Quoi qu’il en soit il faut revenir à des questions basiques d’éducation sur la thématique des droits et des devoirs, mais qui connaît la déclaration des droits (et des devoirs) de l’homme établie en 1789 dans un pays qui fait sa doctrine que tout ce qui n’est pas autorisé est interdit alors que l’article 5 de la déclaration dit précisément le contraire «La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas ». Il faut dire aussi qu’en un pays où l’article 15 « La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration» reste une offense aux autorités, on peut craindre le pire tant le «faites ce que je dis et pas ce que je fais» semble être la loi.

17 – Comment concevez-vous le rôle du maire en matière de prévention de la délinquance ?

17.1 Le maire est le premier magistrat de la commune et les textes disent qu’il agit au nom de l’Etat. Combien de maires rejettent pourtant les responsabilités sur la police nationale au gré des alternances.

17.2 Il faut bien reconnaître que dans la prévention de la délinquance, l’action de ce magistrat et de ses adjoints n’est peut-être pas à la hauteur des espoirs compte tenu de l’ensemble des mutations à l’oeuvre dans nos sociétés. La logique est plutôt celle du «containment», faire en sorte que les faits de délinquance ne débordent pas de ces territoires délaissés vers d’autres territoires de la ville.

17.3 La délinquance a à voir avec la thématique des ressources dans un monde précarisé. C’est la question de la drogue et de la survie des familles dans ces quartiers. La dépénalisation et la légalisation des drogues est au coeur de cette question. C’est un mode de redistribution des ressources à côté des approches de la répartition primaire et secondaires des revenus.

17.4 La sécurité devrait être une coproduction entre les diverses parties prenantes : la police, les élus, la justice, l’éducation spécialisée… mais aussi les victimes et les délinquants. Ce n’est pas le seul domaine (comme on l’a vu avec l’éducation et cidessous avec la santé)

18 – Quelles sont les initiatives prioritaires à lancer dans le domaine de la santé ?

18.1 Alors qu’il est beaucoup question des déserts médicaux en zone rurale, il est nécessaire de regarder ce qu’il advient des territoires délaissés de la ville. La politique de la ville après d’autres initiatives antérieures (voir les centres de santé à Grenoble par exemple) a souvent permis de répondre à ces enjeux et à ces manques. Il est sans doute nécessaire de généraliser ces pratiques qui permettent de rompre avec un manque et surtout avec une pratique individualiste de la médecine.

18.2 Il faudrait élargir le propos à d’autres domaines qui touchent à la maîtrise de la reproduction (la planification, les violences familiales et sexuelles, les mariages forcés et l’enfermement des femmes…). Dans de nombreux territoires délaissés cette question est cruciale. Il n’est pas certain que l’on s’en préoccupe réellement.

18.3 La santé comme cette question de la maîtrise de la reproduction relèvent aussi de la coproduction entre personnels de santé, les habitudes de vie et de travail des individus.

19 – «Exprimez-vous librement sur la réforme de la géographie prioritaire et contractuelle, sur l’élaboration du projet de territoire et la mobilisation des politiques de droit commun… »

En conclusion, quelques critiques majeures sur la politique de la ville

19.1 Avoir voulu faire de ces quartiers des territoires comme les autres, une vision naïve et mythique de la ville à savoir le retour à la norme du «bon quartier». Les gens qui y réussissent n’y restent pas et quand on a réussi à repositionner «correctement» tout ou partie de ces quartiers dans la grande chaine des valeurs urbaines, c’est souvent au détriment des plus pauvres. L’analyse de la grande chaine des valeurs urbaines et des substitutions au sein de cette chaine est restée indigente.

19.2 Ne pas avoir considéré ces territoires comme des territoires du politique. Pas de véritable stratégie visant «l’empowerment» individuel et collectif. Peu de reconnaissance des élites qui y ont été formées et qui en sont issues (cf. les bilans de l’ONZUS Observatoire national des Zones urbaines sensibles). Une sous-représentation politique systématique de ces territoires dans les assemblées locales avec des taux de participation aux élections qui minent les principes fondamentaux de la République.

19.3 Ne pas avoir reconnu l’existence des communautés de base dans un modèle faussement républicain où des communautés, bien en cour, se taillent la part du lion politiquement, culturellement, socialement et surtout économiquement. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais pourrait être la devise de notre République conçue par une certaine nomenklatura. Pas de place pour l’organisation et le développement communautaires dans ces territoires délaissés au nom de principes républicains bafoués par ailleurs (communauté et communautaire = communautarisme). On a laissé peu de place à l’histoire de ces lieux et de ces gens, celle-ci ayant été réécrite par certains sur la base de représentations fantasmées (le ghetto, Chicago, la traite, l’esclavage, la colonisation, les guerres d’indépendance, l’immigration et l’exploitation toutes réalités dont les livres d’histoire officielle disent si peu et si mal (voir 2005 et la loi sur les effets positifs de la colonisation). Peu de choses sur cette réalité dans les travaux de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles ONZUS). Si le communautarisme s’installe parfois ce n’est pas en raison d’une offensive d’une religion particulière mais bien parce que la République est en repli. Pour ma part, m’inspirant de la community anglophone, je mobilise le concept de communauté-territoire (dont les composantes sont les lieux –environnement, les gens et le genre–social, les institutions-économie et politique, composantes qui, combinées produisent une atmosphère singulière).

19.4 La politique de la ville a accordé une place surdimensionnée, d’une part, à la transformation des lieux (l’illusion de la tabula rasa) sans cependant avoir abordé les dimensions environnementales et écologiques et, d’autre part, au changement des gens (le rêve caressé par certains de dissoudre le peuple) alors qu’on ne dit quasiment rien des institutions publiques et privées devenues complètement inadaptées pour réguler les tensions. L’usine à gaz politico-administrative que devait contribuer à réformer la politique de la ville (voir le rapport Dubedout de 1984), la LOLF et la RGGP est devenue un monstre de technologies procédurières caractérisé par une prolifération sans contrôle des instances bureaucratiques : voir la BES, Balkanisation communale, l’Empilement des niveaux et surtout la Sectorisation politico-administrative avec une multiplication des adjoints et des vice-présidents qui rend illisible les compétences et allonge infiniment les délais d’instruction (comment s’y retrouver non seulement pour les citoyens, mais aussi pour les spécialistes) : combien faut-il réunir d’adjoints et de vice-présidents pour essayer de travailler sur le moindre dossier ? Bien évidemment certains en tirent des avantages au détriment de cette politique.

19.5 La politique de la ville n’a accordé aucune place à la question du genre (les rapports femmes-hommes et rapports sociaux de sexe) et à la division sexuelle des activités pourtant si évidente dans les villes et dans ces communautés-territoires particulières (sur-représentation des familles monoparentales, rôle des femmes et des mères au coeur des multiples économies, dont celle du braconnage, l’absence des pères ou la dévalorisation de leur image, la grande misère sexuelle des jeunes et des moins jeunes (nous avions imaginé, un temps, des centres publics de tendresse et de caresses). Rien sur le genre dans les rapports de l’ONZUS et pourtant, contrairement aux origines, il n’y a pas d’interdit statistique sur ces catégories qui conditionnent fortement l’élaboration et la mise en oeuvre des politiques publiques.

19.6 L’illusion des financements d’une politique de la ville censée être fort coûteuse. En cumulé, l’Etat et les collectivités territoriales ont mis moins d’argent dans la politique de la ville depuis son origine que les sommes consacrées au renflouement du Crédit Lyonnais. Et ne parlons pas des sommes gigantesques enfournées dans le règlement de la crise financière et au renflouement du système bancaire. Le peuple des quartiers vaut moins que le people des actionnaires Too small to survive versus Too big to fail ! Autre slogan rénové de notre République ?

19.7 Les propos précédents indiquent clairement dans quelles voies il faut s’engager. La politique de la ville n’est pas une politique sociale de plus, ce devait être une politique intégrée de développement urbain (ou rurbain) soutenable comme on le dit en Europe depuis la fin des années quatre-vingt. Comme d’habitude, la France a été sourde aux messages européens. La politique de la ville doit contribuer à articuler et à ré-encastrer les trois sphères disjointes que sont l’économique, le social et l’environnemental. Cette stratégie a à faire face, bien sûr, à des logiques très contradictoires qu’il faut gouverner.

19.8 Malheureusement, et paradoxalement, pendant des années la politique de la ville a ignoré la dimension environnementale (comme aussi celle du genre et des communautés). Cette dimension globale, transversale, intégrée fait que cette politique doit être dans les mains de l’exécutif au plus haut niveau, le maire dans une commune, le président dans une communauté d’agglomération ou une communauté urbaine, le président dans un conseil général ou dans un conseil régional. Au niveau étatique cette politique doit être dans les mains du premier ministre (c’était le cas en 1981, sous Mauroy, c’était le cas en 1988 sous Rocard qui en avait fait le thème de sa déclaration de politique générale devant l’assemblée nationale.

19.9 Nul doute, à l’heure des principes de précaution et de prévention qu’il faudra réaliser de tels bilans avant d’imaginer comment répartir ces coûts-avantages entre les acteurs de la ville, de la métropole, de la région rurbaine, de la nation, de l’Union européenne ou de la planète (subsidiarité, répartition fractale ?). Quelle imputabilité ? Quelles solidarités financières entre ces différentes échelles territoriales et dans le temps (intergénérations, modification des modalités de calcul du coût actuariel des investissements qui aujourd’hui donne une prime au court terme et réduit les opportunités de les réaliser)

? Comment construire ces solidarités à l’heure d’une croissance ralentie avec parfois des phénomènes de décroissance urbaine («shrinking» cities –villes en train de se défaire- notamment en Europe et en Amérique du Nord) et du repli sur des approches individualistes court-temistes régressives ? Après moi le déluge semble être le slogan de la rationalité dans nos sociétés occidentales sauf si… certaines nécessités supérieures s’imposent un jour à nous. Machiavel disait dans les Histoires florentines que « Les

hommes ne renoncent aux commodités de la vie que contraints par la nécessité ». Le risque dont voulait nous prémunir Hobbes que la guerre de tous contre tous reprenne n’est pas hors des possibles aujourd’hui !

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