PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Pour Eric Charbonnier, chef de la division éducation de l’OCDE, la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem s’attaque au décrochage scolaire en promouvant le suivi personnalisé des élèves.

Le gouvernement entreprend de réformer un gros morceau : le collège, ce « maillon faible » du système éducatif français selon une expression largement utilisée pour le décrire. Ce qui n’est pas sans provoquer des remous. D’ores et déjà, une intersyndicale (FSU, FO, SNALC, CGT et Sud) appelle les enseignants à la grève le 19 mai prochain pour dénoncer une réforme qu’elle juge inique. Ces organisations, qui ont comptabilisé 80% des voix lors des élections syndicales de décembre dernier, avaient déjà demandé au ministère de l’Éducation nationale de retirer son projet de réforme du collège prévu pour la rentrée 2016. Les syndicats dénoncent un projet « fondé sur l’autonomie des établissements et la multiplication des hiérarchies intermédiaires sous l’autorité du chef d’établissement » et une « mise en concurrence » selon eux entre disciplines, enseignants et établissements.

Sur le fond, la réforme portée par Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education, prévoit plus de souplesse, d’interdisciplinarité et d’autonomie pour les établissements. Et ce, sans mettre à mal le dogme du « collège unique », cet idéal né il y a 40 ans qui offre une formation identique à quelque 3,5 millions de collégiens.

Dans les faits, 20% de l’emploi du temps des élèves seront dévolus à des travaux en petits groupes. L’accompagnement personnalisé des jeunes sera développé et de nouveaux enseignements pratiques et interdisciplinaires (EPI), à partir de la 5e, seront mis en place. L’éducation nationale prévoit de créer 4.000 emplois à plein temps pour y parvenir.

Pour ce qui est de l’apprentissage de la deuxième langue vivante, elle sera enseignée dès la 5e, avec 2,5 heures de cours par semaine. En parallèle, les classes bilangues seront supprimées, tout comme les sections européennes. Ce qui n’a pas été sans susciter l’ire de Jean-Marc Ayrault, l’ancien Premier ministre, qui a envoyé une lettre à Najat Vallaud-Belkacem pour exprimer son indignation.

Challenges.fr a interrogé Eric Charbonnier, chef de la division éducation de l’OCDE.

Est-ce une réforme qui va dans le bon sens pour enrayer le décrochage scolaire?

La priorité des priorités selon l’OCDE, c’est de mettre en place un système éducatif, notamment au collège, plus flexible pour s’adapter aux élèves. Il y a urgence à promouvoir un enseignement à la carte pour faire en sorte que les élèves qui ont du retard puissent le rattraper et ne plus se retrouver en situation d’échec. Aujourd’hui, un enseignant s’adresse à une partie de sa classe et délaisse les élèves en difficulté. La réforme du gouvernement, avec la mise en place de nouveaux enseignements pratiques et interdisciplinaires (EPI), semble vouloir s’attaquer au problème.

Ils sont donc contraints à redoubler…

Le système français a promu cette solution pour les « mauvais élèves ». Or, toutes les études internationales montrent que le redoublement est inefficace pour lutter contre le décrochage scolaire. En France, il y a un tiers de bons élèves qui tirent le système éducatif vers le haut. A l’opposé, le niveau scolaire se dégrade vers le bas avec une proportion importante d’élèves qui ont de graves difficultés et quittent prématurément l’école. Ce phénomène est très lié au milieu socio-économique dont sont originaires les jeunes. Et à la différence d’autres pays, ils ont du mal à trouver du travail non-qualifié, une fois sortis du système scolaire.

Quels sont les remèdes pour améliorer le système éducatif français ?

Déjà, le collège ne souffre pas d’un manque d’heures de cours. C’est même l’inverse ! En France, un collégien va suivre quelque 1.000 heures de cours dans une année scolaire contre environ 900 dans les autres pays de l’OCDE. Ce qui démontre bien que le problème provient de la pédagogie et de la façon d’enseigner. Pour améliorer cela, il faudrait revoir la formation des enseignants, trop théorique et pas assez pratique. Ensuite, il est important de créer des incitations financières pour faire venir les enseignants les plus expérimentés dans les zones d’éducation prioritaires. La politique menée par la France a abouti à ce que des professeurs jeunes,  sans expérience, se retrouvent dans des zones sensibles…

Florian Fayolle

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