PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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L’école ne se réforme pas avec des lois, sans quoi notre système serait parfait – les 100% de jeunes qualifiés ou diplômés ont déjà été promis voici plus de vingt ans, on a vu le résultat. Les gouvernements le savent. Pourquoi persistent-ils ? Pour créer un effet d’entraînement, disent-ils. Pour publiciser une question ; mobiliser les énergies. Cela dure le temps que durent les ministres de l’Education nationale – deux ans en moyenne -, et encore.

Ce n’est pas la voie qu’avait choisi Jean Zay, ministre de l’Education nationale de 1936 à 1939, assassiné par la Milice en 1944. Coincé par les conservatismes de droite mais aussi de gauche – déjà ! – il avait dû renoncer à passer par la Chambre pour mettre en place ses réformes, comme le raconte l’historien Olivier Loubes dans la passionnante biographie qu’il consacre à celui qu’il appelle "le Jules Ferry du Front Populaire" (Armand Colin, 2012). On lui doit pourtant rien moins que les bases de la démocratisation scolaire, les bases de l’Ecole nationale d’administration, la création du CNRS, du musée de l’Homme, et même la gestation du festival de Cannes – il fallait à l’époque contrebalancer l’influence de la Mostra mussolinienne. Peu de ministres peuvent se targuer d’un tel bilan.

Pourtant la mémoire de Jean Zay paie le prix fort de cette absence de loi. Une dizaine d’établissements scolaires seulement portent son nom, et son héritage est largement supplanté par celui des républicains de la IIIe République, à commencer par Jules Ferry. Au prix d’absurdes anachronismes, l’école de Jules Ferry étant couramment associée à des soucis de promotion sociale et de réduction des inégalités qui lui étaient parfaitement étrangers, tandis qu’ils étaient au cœur de la pensée et de l’action de Jean Zay.

Cette mémoire troublée pèse aujourd’hui de tout son poids, notamment sur le processus de "refondation" voulu par François Hollande. Car l’école, au fond, n’est jamais sortie du schéma originel de la fin du XIXe siècle, et les obstacles que rencontra Jean Zay n’ont toujours pas été réellement vaincus, comme le prouvent une fois encore les récentes prises de position des syndicats enseignants majoritaires.

Reste à espérer que Vincent Peillon ne subira pas le même sort politique. Antoine Prost, cité par Olivier Loubes évoquait Jean Zay, "grand ministre mal soutenu par les siens", en des termes qui résonnent d’une inquiétante actualité : "En fait, [Jean Zay] a été victime des enseignants et de leurs contradictions. Après un premier accueil favorable, son projet a été critiqué sur des points mineurs, puis les réserves l’ont emporté". Les tentatives de démocratisation du secondaire furent dénoncées y compris "par les professeurs de lycée, même syndicalistes et socialistes, ou députés du front Populaire. Ni les uns ni les autres n’étaient disposés aux sacrifices qu’aurait entraîné le compromis proposé par Jean Zay". Ces lignes datent de 1982.

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Categories: Laïcité

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