PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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"Il n’est d’éducation que lente. Parce que la croissance et le développement d’un être requièrent un métabolisme complexe, grâce auquel ce qui est donné à l’enfant est progressivement approprié par  un sujet qui se construit. Nul ne peut brutaliser ce processus sans s’exposer à la crispation, à la fermeture, au rejet, voire à la violence. Non parce que la personne ferait montre de mauvaise volonté, mais parce que toute impatience de l’éducateur se heurte, tout simplement, aux exigences de l’apprentissage. On n’apprend que lentement, en déconstruisant et reconstruisant des représentations et des modèles, en tâtonnant sans trop se préoccuper de gâcher du matériel ou de perdre du temps, en formulant et reformulant ce qu’on découvre, en décontextualisant ce que l’on a trouvé, en l’utilisant ailleurs et à sa propre initiative. Tout cela n’a rien d’un processus de consommation, tout cela est cheminement… Et s’il peut y avoir, parfois, des “illuminatio”, comme dit Saint Augustin, elles ne sont fécondes que si elles acceptent de se soumettre, lentement, à l’épreuve de leur développement… Et puis, en ces temps d’immédiateté, où nous cherchons désespérément à communiquer en “temps réel” – c’est-à-dire, en fait, en faisant disparaître le temps – le sursis à l’acte reste la seule manière de laisser un peu de place à la pensée. Quand il faut agir et réagir sans délai, quand on cherche à tout voir, tout savoir et tout obtenir tout de suite, on broie la pensée. On abolit la réflexion, la correction, l’exigence. En ces temps de négation du temps, l’éducation – et tout particulièrement dans l’Ecole – doit, comme le prône Joan Domènech  [1], se donner clairement comme objectif la création d’espaces de décélération. Il en va de l’avenir de chacun de nos enfants et de notre avenir collectif."

Philippe Meirieu, professeur des universités, auteur notamment de Pédagogie : le devoir de résister, ESF

 

[1] Joan Domènech Francesch,  Éloge de l’éducation lente, Lyon, Chronique Sociale-Silence, 2011, 128 p., 13,50 €.

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