PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

In Les Actes de la Journée d’étude – Mardi 19 juin 2012 – Au Théâtre de l’Avant-Seine de Colombes :

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Sommaire
Discours d’ouverture de Didier Lesur, président du conseil d’administration de la Caf des Hauts de Seine
Discours d’ouverture de Caroline Gugenheim, directeur de la Caf des Hauts-de-Seine
Animation de la journée, compte rendu de Nabila Amghar, sociologue
Intervention magistrale de Catherine Sellenet, professeur en sciences de l’éducation, Concerto baroque opus parentalité
Intervention magistrale de Frédéric Jésu, pédopsychiatre de service public, Du « soutien à la parentalité » à la promotion de la condition parentale
Table ronde Quelle place de tous les acteurs (parents, enfants, acteurs sociaux) comme co-auteurs des actions de soutien à la parentalité ?
Table ronde Quelle prise en compte de l’environnement économique, social et culturel dans les pratiques de soutien à la fonction éducative ?
Discours de clôture de Fred Latour, directeur adjoint en charge de l’action sociale à la Caf des Hauts-de-Seine

Concerto baroque opus parentalité
Catherine Sellenet
Professeur en Sciences de l’éducation
chercheur au CREN université de Nantes

Abstract
Depuis les années 1990, les métamorphoses de la famille dite « incertaine »1 inquiètent. Faut-il éduquer les parents pour qu’ils assument leurs rôles, les soutenir, les contrôler, les punir ? Faut-il les diriger, les guider, les impliquer, les contraindre, les écouter, les suivre ? Faut-il imposer une aide, la proposer, la suggérer, attendre la demande ? Que vise l’intervention ainsi proposée ou imposée : Une normalisation des pratiques ? L’émancipation des parents ? Le développement de l’empowerment… ? L’intervention vise-t-elle l’enfant et son développement ?
Politiques, psychologues, sociologues, éducateurs, universitaires et professionnels, et tant d’autres, tous s’inscrivent dans un concerto baroque dédié à la parentalité. Mais jouent-ils la même partition ? Rien n’est moins certain en ces temps troublés. Notre concerto opus parentalité présente la dualité propre à tout concerto : la rivalité et la querelle (consertare) entre théoriciens, professionnels, la lutte pour occuper la place du soliste, de celui qui sait mieux que d’autres faire entendre sa voix ; mais aussi le lien, la jonction (asserere), l’égalité des partenaires, la mise en réseau des virtuosités. Concerto baroque, parce que nous tenterons dans cette communication de faire entendre les différents points de vue, d’ouvrir un dialogue, de jouer le contrepoint, note contre note, à la recherche d’une polyphonie à inventer.
Introduction
Généralement le titre d’une conférence ne mérite pas en soi une explication. Celui-ci fait exception et mérite quelques éclaircissements. Concerto baroque opus parentalité : le titre est certes peu scientifique, empruntant à la musique sa terminologie pour décliner les interventions dites de soutien à la parentalité. Pour autant, l’emprunt nous semble approprié. Le concerto est une forme musicale où un ou plusieurs solistes dialoguent avec un orchestre. Or dans le champ de l’action sociale, les solistes qui s’introduisent tour à tour au sein des familles sont de plus en plus multiples : TISF, assistante sociale, éducateur, puéricultrice, médiateur, psychologue, juges des affaires familiales et des enfants… la liste serait longue, surtout si on y ajoute les pédagogues, les universitaires multiples qui pensent, oeuvrent, parlent pour les familles et leur supposé bien-être.
Tous sont supposés s’accorder, jouer la même partition même si chacun utilise ses propres instruments, développe son propre chant. Tous doivent jouer de concert. Mais c’est sans compter sur l’origine étymologique du terme concerto qui contient deux courants parallèles et complémentaires de son histoire.
Le concerto, c’est concertare qui englobe l’idée de rivaliser, de se quereller, de lutter pour se faire entendre. Ce premier sens se différencie de conserere qui a une signification de lien, de jonction entre les instruments. Dans le champ social, la première acception (concertare), nous la retrouvons dans les rivalités statutaires, disciplinaires, chacun cherchant à faire entendre sa voix, à argumenter son point de vue, la spécificité de son intervention, chacun se voulant le soliste. Les dites « concertations » entre professionnels d’institutions différentes font souvent apparaître ces tensions. Qui connaît le mieux la famille, qui détient le plus d’éléments pour infléchir une direction, proposer une indication ? La concertation est bataille pour affirmer un point de vue, une analyse, une orientation. Mais le second sens du terme concerto (conserere), suppose a contrario l’égalité des partenaires, dont le nombre et la fonction ne sont pas délimités. C’est l’idée du concert à la française. Dans le champ de l’intervention sociale, nous avons inventé la synthèse, la mise en réseau des professionnels, pour apprendre à jouer ensemble une partition qui soit la même, harmonique, harmonieuse.
1. Louis ROUSSEL, La Famille incertaine. Paris, Odile Jacob, 1989
Toutefois il ne vous a pas échappé que nous allons parler de concerto baroque, or en musique le concerto baroque semble dépourvu de direction harmonique, il apparaît comme la première concession à l’ego des virtuoses. Les principes harmoniques du concerto baroque sont organisés à partir d’intentions différentes. Dans le concerto baroque, chacun laisse libre cours à son jeu, son originalité, sa virtuosité, au risque… d’une formidable cacophonie.
Alors, pour éviter cette cacophonie qui met parfois à mal les familles, comment nous y prendre ? Peut-être déjà en interrogeant des évidences comme l’idée de « crise de la famille », en mettant à l’épreuve des formules rituelles comme « on ne peut rien sans les parents », en revisitant des certitudes comme « désormais on fait une place aux parents ; on travaille avec eux », en questionnant les intentions supports de l’action en direction des familles. D’où les questions suivantes qui vont irriguer cette communication : de quelles familles parle-t-on ? De quelle place s’agit-il ? Quel est le contenu de ce travail ? Quelles intentions sous-tendent les interventions ? En quoi les familles auraient-elles besoin d’une aide professionnalisée ?

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