PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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ACCOMPAGNEMENT: Notion transversale aux multiples emplois qui vient du verbe accompagner, pour désigner le compagnon, con-pane, celui avec qui on partage le pain, puis celui avec qui on se joint, notamment pour effectuer un déplacement en commun.


Dans la tradition chrétienne, l’« accompagnement spirituel" se substitue de nos jours à la « direction spirituelle", ce qui fait dire à M. Santiago Delfosse, « quelle que soit la forme de l’accompagnement, l’être humain demeure irrémédiablement seul, tant face à l’angoisse existentielle que face aux choix existentiels". Pour le dire avec les mots de J. P. Sartre: « Chaque homme doit inventer son chemin".


Apparu dans les années quatre-vingt, l’accompagnement à la scolarité fait l’objet d’orientations arrêtées au niveau national. Celui-ci se définit « comme l’ensemble des actions visant à offrir aux côtés de l’école, l’appui et les ressources dont les enfants ont besoin pour réussir à l’école, appui qu’ils ne trouvent pas toujours dans leur environnement familial et social. Ces actions, qui ont lieu en dehors du temps de l’école, sont centrées sur l’aide aux devoirs et les apports culturels nécessaires à la réussite scolaire", (Charte à l’accompagnement à la scolarité).

De nos jours, les pratiques d’accompagnement occupent une place de plus en plus importante dans le champ des carrières professionnelles, des politiques sociales, de l’insertion, de la formation ou des âges de la vie. L’accompagnement serait-il l’un des symptômes de la postmodernité ? Sorti d’une culture de l’héritage et du progrès, l’homme est-il conduit à gérer, tout au long de son existence, de multiples ruptures et transitions? Confronté dans son devenir à la gestion de l’incertitude et de la complexité, l’adulte exprime de plus en plus le besoin d’être accompagné. Or, ce besoin se révèle ambigu et paradoxal et selon que l’on adopte la posture du praticien, du politique, du scientifique ou de l’usager, le point de vue sera différent. Verra-t-on se développer de nouveaux métiers en phase avec le développement de cette fonction sociale? G. Pineau, 1998, considère que « la fonction accompagnement semble se déployer le plus naturellement dans la construction d’un nouvel espace socioprofessionnel, intermédiaire entre les espaces hiérarchiques hérités et les espaces de sociabilité paritaire". On le voit, au sein de la nébuleuse de l’accompagnement, les postures théoriques sont diverses et s’enracinent dans une histoire lointaine: Homère et l’Odyssée avec la question de l’initiatique; Socrate et Platon pour l’art de la maïeutique; Hippocrate et le modèle thérapeutique; C. Rogers pour l’orientation non-directive; G. Pineau et la vision interactionniste; l’accompagnement socio-constructiviste au Québec (où le terme a une connotation négative, car il est associé avec la fin de vie), etc.


Accompagner quelqu’un n’est jamais anodin, consciemment ou inconsciemment c’est avoir au moins un projet sur l’autre. La qualité de la relation accompagnateur/accompagné est essentielle à la compréhension du processus d’orientation en jeu dans un contexte social donné. Il existe un modèle normatif d’orientation assistée (par ordinateur) à visée intégrative où l’orientateur réduit le sujet à un profil de traits impersonnels. Cette (orientation orthopédique" (versus orientation maïeutique), selon la qualification de C. Mias, 1998, évolue dans une double contrainte: celle d’un état de dépendance et celle d’une adaptation aux normes en vigueur référencées par rapport par exemple, à une batterie d’outils standardisés, à des référentiels de formation, et autres normes.


Pour le dire plus positivement avec G. Le Bouëdec et alii, 2001 : « Accompagner quelqu’un c’est l’accueillir et l’écouter; c’est participer avec lui au développement du sens de ce qu’il vit et de ce qu’il recherche; c’est cheminer à ses côtés pour le confirmer dans ce sens nouveau où il s’engage », qui conclut au fait que tout accompagnement est de nature spirituelle.


l.P. Boutinet, 2001, prolonge cette orientation ultime de la vie en proposant une lecture anthropologique de l’accompagnement: « Le domaine existentiel développe des formes d’accompagnement pour aménager psychologiquement les passages d’âge: celui de l’insertion sociale et professionnelle, celui de la retraite, celui de la fin de la vie entre autres ».


L’accompagnement gagnerait à intégrer la notion de guidance, notion largement développée dans les pays anglosaxons, puisqu’actuellement dans divers milieux organisationnels tant scolaires qu’extrascolaires, on met de plus en plus en avant des formules qui, d’une part, s’alimentent à l’une et l’autre de ces notions et, d’autre part, sont nettement dans la lignée de l’accompagnement comme le compagnonnage, l’entraînement (le coaching), le parrainage, le tutorat et le mentorat", J. Limoges, 2002.


Parmi les formules évoquées ci-dessus, retenons celle de G. Pineau, 2003, « l’accompagnement est l’art des  mouvements solidaires". Aujourd’hui, les « travailleurs sur autrui " (Ies professions de l’humain et du social), F. Dubet, 2002, ne dirigent plus, ne suivent plus, ne conseillent plus, n’orientent plus … ils « accompagnent ». Les « travailleurs sur autrui » accompagnent dans de multiples domaines; éducation, santé, orientation, insertion sociale et professionnelle, médiation, justice, etc. Le rôle d’accompagnement en orientation est reconnu comme étant nécessaire (OCDE,2004) car il participe à l’affermissement des liens sociaux en permettant aux individus et aux collectivités d’agir dans le développement de projets personnels et professionnels. On peut y voir une technologie sociale, a piecemeal technology, disait le ,philosophe R. Popper . Une méthode imparfaite, modeste, mais qui permet de progresser de façon pragmatique, par essai et erreur, en conservant les solutions qui donnent satisfaction et en corrigeant les échecs.


En matière d’appui à l’orientation professionnelle, la démarche d’accompagnement est généralement adoptée par les professionnels qui ont à aider les personnes à gérer leurs parcours ,parcours professionnels sans pour autant agir à leur place.


L’enjeu est de faire de l’accompagnement: « une posture professionnelle spécifique ", qui peut prendre différentes orientations: herméneutique, techniciste, réflexive, dirigée vers l’action. Pour M. Paul, 2004, « le but du jeu en accompagnement c’est de pouvoir, avec justesse, appréhender tant la singularité des personnes que la variété des situations qui lui sont liées ". Des risques de dérives ne sont pas à exclure. l’accompagnement est comme une coexistence du pire et du meilleur. L’accompagnateur est un passeur de sens. le moniteur pédagogue « oriente, dirige, éduque [ … ] ne serait-ce que par l’attitude qu’il adopte face au monde et aux autres ", B.Jolibert, 2006.

Attitude; Coaching; Médiation; Sens; Spirituel; Travail social; …

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