PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In L’Education Déchiffrée – le 21 mai 2014 :

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La question des rythmes scolaires a fait couler beaucoup d’encre et ne laisse personne indifférent. J’avais déjà pu donner mon avis avant le début de la réforme (article 1) ou encore au moment de la rentrée (article 2), quand la réforme peinait à se mettre en place en France. Ce mois-ci, nous revenons sur ce sujet en publiant, avec ma collègue de l’OCDE Nhung Truong, un numéro des Indicateurs de l’éducation à la loupe qui s’intéresse à un aspect moins médiatisé des rythmes scolaires : le temps d’instruction (http://www.oecd.org/edu/skills-beyond-school/educationindicatorsinfocus.htm).

Combien de temps les élèves passent-ils en classe dans les pays de l’OCDE ? Ce temps d’instruction varie-t-il selon les pays, les matières et les niveaux d’enseignement ? Comment est-il réparti au cours de l’année et de la journée scolaires ? Toutes ces variables présentent-elles un lien avec les résultats scolaires ? Et comment la France se situe-t-elle en la matière par rapport aux autres pays de l’OCDE ? Autant de questions qui ne demandent qu’à être explorées…

La France compte parmi les pays où les élèves reçoivent le plus d’heures d’instruction dans le primaire et au collège.

En moyenne, dans les pays de l’OCDE, le temps total d’instruction s’établit à 802 heures par an dans le primaire (contre 864 heures en France) et à 924 heures par an au collège (contre 1 081 heures en France), ce qui place la France parmi les pays où les élèves reçoivent le plus d’heures d’instruction à ces deux niveaux d’enseignement.

Dans les pays de l’OCDE, le temps total d’instruction prévu par la réglementation pour ces deux niveaux d’enseignement (toutes années d’études confondues) est, en moyenne, de 7 751 heures, mais il varie fortement selon les pays, allant de 6 054 heures en Hongrie à plus de 8 500 heures en France (8 644 heures), mais aussi en Australie, en Espagne, en Islande, en Israël, au Luxembourg et aux Pays-Bas. Durant ce temps d’instruction, les établissements sont tenus de dispenser des cours, parties obligatoire et non obligatoire (le cas échéant) du programme confondues.

En France, l’enseignement est encore plus axé sur l’apprentissage des fondamentaux (mathématiques et compréhension de l’écrit) que dans la plupart des pays.

En moyenne, dans les pays de l’OCDE, c’est aux cours de lecture, d’expression écrite et de littérature qu’est consacrée la plus grande part du programme dans le primaire (26 % du temps d’instruction), part qui varie toutefois considérablement. La lecture, l’expression écrite et la littérature représentent 35 % du temps d’instruction obligatoire, voire davantage, en France (37 %), en Hongrie et au Mexique, contre seulement 17 % ou moins en Indonésie et en Islande. La part du temps d’instruction réservée aux mathématiques varie plus encore entre les pays : en moyenne, dans les pays de l’OCDE, cette matière représente 17 % du temps d’instruction dans le primaire, mais au moins 20 % en Argentine, en Belgique (Communauté flamande), en France (21 %), au Mexique et au Portugal, contre seulement 14 % ou moins  en Corée, en Grèce, en Irlande et en Turquie.

Au collège, l’ordre de priorité des différentes matières commence à changer. Dans les pays de l’OCDE, le programme obligatoire de ce niveau d’enseignement est consacré à hauteur de 43 % à trois matières : la lecture, l’expression écrite et la littérature (16 %) ; les langues vivantes étrangères (14 %) ; et les mathématiques (13 %). En France, ces trois matières représentent 47 % du temps d’instruction obligatoire au collège : 16 % pour la lecture, l’expression écrite et la littérature ; 17 % pour les langues vivantes étrangères ; et 14 % pour les mathématiques.

Les disciplines artistiques et l’éducation physique continuent d’occuper une certaine place dans le programme obligatoire. En France, toutefois, l’attention portée à l’apprentissage des fondamentaux (mathématiques et compréhension de l’écrit) se fait au détriment des matières artistiques.

Dans les pays de l’OCDE, le programme des disciplines artistiques est en général axé sur les arts visuels, la musique, le théâtre et la danse. Dans le primaire, la part du temps d’instruction consacrée aux disciplines artistiques y varie entre 5 % et 20 % du programme obligatoire, et représente en moyenne 11 % du temps d’instruction (contre seulement 9 % en France). Au collège, la plupart des pays y consacrent moins de temps (9 % en moyenne, contre 7 % en France), à quelques exceptions près, comme l’Autriche. Toutefois, les disciplines artistiques étant souvent proposées à titre d’option au collège, certains élèves peuvent en fait y consacrer plus de temps dans les classes supérieures.

Dans les pays de l’OCDE, la part du temps d’instruction consacrée à l’éducation physique est assez similaire dans le primaire et au collège (respectivement 9 % et 8 % du temps d’instruction). Les élèves français y consacrent quant à eux 13 % de leur temps d’instruction dans le primaire et 12 % au collège, prouvant ainsi que, contrairement aux idées reçues, le sport occupe une place importante dans le programme scolaire en France, aussi bien dans le primaire qu’au collège.

La durée de l’année scolaire varie aussi sensiblement entre les pays.

 Les pays doivent non seulement décider du nombre d’heures d’instruction, mais également de leur répartition au cours de l’année et de la journée scolaires de façon à optimiser les résultats de l’apprentissage. Une journée scolaire trop longue peut induire un temps de rattrapage trop limité pour les élèves en difficulté, alors que la répartition du même nombre total d’heures sur un plus grand nombre de semaines d’école offre davantage de flexibilité pour l’organisation de la journée scolaire et peut permettre de proposer des séances de soutien individuel à des moments plus productifs.

Dans certains pays, le nombre de semaines d’enseignement est inférieur à la moyenne (36 semaines en France, contre 38 semaines, en moyenne, dans les pays de l’OCDE), impliquant des journées scolaires plus denses pour les élèves (en France, mais aussi en Belgique, au Canada, en Espagne, en Irlande, en Islande et au Luxembourg). Dans d’autres pays (comme en Australie, en Italie et aux Pays-Bas), le temps d’instruction est relativement similaire, mais réparti sur un plus grand nombre de semaines d’école, permettant d’avoir des journées scolaires moins chargées (voir le graphique 1). Si on ajoute à ce constat que la semaine se concentrait, avant la réforme du primaire, sur 4 jours en France, on comprend que la journée scolaire y était parmi les plus longues de tous les pays de l’OCDE.

Pour le temps d’instruction comme pour toute chose : la quantité compte bien moins que la qualité.

La forte variation entre les pays des deux variables présentées dans le graphique 1, ainsi que leur faible corrélation, laissent penser qu’on est loin d’avoir trouvé un consensus sur les politiques les plus efficaces en matière de temps d’instruction. En fait, le nombre d’heures passées à l’école est au final moins important que la façon dont ces heures sont utilisées, les matières auxquelles elles sont consacrées, les méthodes d’enseignement et d’apprentissage mises en œuvre, le contenu du programme et la qualité des enseignants – autant de facteurs auxquels les acteurs de l’éducation peuvent réfléchir, mais surtout sur lesquels ils peuvent agir.

D’ailleurs les réformes qui ont porté leurs fruits ces dernières décennies ont souvent associé simultanément une réflexion sur le nombre d’heures d’instruction à un débat sur le contenu des programmes et la pédagogie pour les mettre en œuvre. Ainsi, en Pologne et au Portugal, le temps total d’instruction prévu a augmenté entre 2005 et 2011, avec pour principal objectif de revaloriser la place de la lecture et des mathématiques dans le programme et de changer les méthodes d’apprentissage de ces deux matières. Par opposition, en Estonie, le volume des matières obligatoires au titre de l’éducation de base est passé de 72 à 63 cours, et davantage de cours sont désormais proposés à titre d’option pour laisser plus de liberté de choix aux élèves. Enfin, la Corée révise quant à elle régulièrement ses programmes scolaires et a récemment accordé une plus grande importance aux exercices visant à développer la créativité et les capacités de raisonnement.

Aujourd’hui, en France, le débat se focalise trop sur la seule question des rythmes scolaires, sans suffisamment la relier à celle des contenus des programmes et des méthodes pédagogiques qui pourraient être associées à ces nouveaux  rythmes. Les programmes évolueront-ils ? Les heures mieux réparties dans la semaine scolaire, avec l’école le mercredi ou le samedi matin, seront-elles mises à profit pour individualiser un peu plus l’enseignement qu’il ne l’est aujourd’hui ? Si oui, dans quelles matières ? L’absence de réponses à ces questions fait indéniablement perdre une partie de son sens à la réforme. C’est bien connu, les réformes quantitatives ne sont efficaces que lorsqu’elles sont accompagnées de mesures qualitatives. Or la réforme sur les rythmes scolaires n’échappe pas à ce constat : elle ne pourra remporter l’adhésion du plus grand nombre que lorsque les autres mesures seront clarifiées.

 

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