PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Donc deuxième billet à propos de mon intervention au colloque de Caen.

Quelques réflexions à propos de la naissance de l’orientation en France en tant qu’affaire de l’Etat.

La formation professionnelle

La conception de l’orientation professionnelle apparait au début du XXème siècle dans les pays connaissant le développement de la société industrielle.

D’une part les métiers « industriels » apparaissent suscitant de nouvelles possibilités pour les individus, mais d’autre part les règles sociales tombent. Le choix d’un « métier » n’est plus du seul ressort du pouvoir paternel. Les mouvements de population se font de la campagne vers les villes. Celles-ci connaissent une croissance importante à la fin du XIXe, et les règles qui s’imposaient à la campagne éclatent dans ce nouvel univers urbain. Avec la double immigration, interne et externe, une nouvelle classe sociale apparait, les ouvriers.

Les nouveaux métiers nécessitent des formations professionnelles. Ici, il faut pointer une particularité française. Les corporations ont été supprimées un peu avant la révolution et la loi Le Chapelier a confirmé celle-ci. Un des avantages de la corporation, c’est que la formation professionnelle est incluse dans la situation de travail. Ainsi en France, l’évidence du lien travail-formation est rompue à la différence d’autres pays européens, comme l’Allemagne. Du coup, la formation professionnelle se trouve du ressort d’une multitude d’acteurs : les cités-usines, telle que Godin, les patrons-paternalistes, les associations philanthropiques, les villes organisent des cours professionnels. Pendant tout le XIXe siècle, les états, dont la France n’interviennent pas selon la doctrine libérale (voir l’article de Jerôme Martin : L’orientation professionnelle, un instrument de la rationalisation ? in Histoire et sociétés, 2002, n° 2, pp. 93-106).

A la fin du XIX, vers 1880, l’Etat en France cherche à contrôler la formation professionnelle des ouvriers. Loi dite des «écoles manuelles d’apprentissage» crée les Ecoles Nationales Professionnelles (ENP) et des écoles primaires supérieures (EPS) à sections professionnelles. Puis à partir de 1919 (avec la loi Astier), l’état l’Etat cherchera à remettre en route l’apprentissage (voir l’article de Vincent Troger : L’histoire de l’enseignement technique : entre les entreprises et l’Etat, la recherche d’une identité).

J’ai abordée la particularité française concernant l’apprentissage dans un article de ce blog : Apprentissage : le contexte historique français.

Qu’est-ce que l’orientation ?

Très vite la préoccupation de « bien orienter » les personnes vers ces formations professionnelles se pose. Je vous propose un petit échantillon de définition de l’orientation du premier quart du XXe siècle.

Alfred Binet, celui qui avec Simon créera le premier test mesurant l’intelligence, déclare en 1908 : « Nous pensons que dans ce domaine, on peut faire beaucoup pour améliorer les rapports des ouvriers et des patrons et pour aider à la solution de la question ouvrière, en avertissant les enfants, dès l’école, des professions pour lesquelles ils sont les plus aptes et en diminuant ainsi, par cette prophylaxie professionnelle le nombre des sujets mal adaptés qui deviennent nécessairement des déclassés, des malheureux ou des insurgés »

Julien Fontègne 1920 Un praticien de l’orientation qui deviendra inspecteur général de l’enseignement technique : « Donnons à l’adolescent toutes indications et directions utiles pour qu’il puisse exercer la profession qui doit le faire vivre, doit faire vivre, plus tard, les siens, doit faire progresser la collectivité à laquelle il appartient, tout en supprimant cette haine des ratés, des mécontents sociaux pour leur entourage, leur employeur, la société et aussi l’ordre social. »

Du côté des politiques, E. Herriot Homme politique, Président du Parti radical, plusieurs fois Président du Conseil dans les années 20, maire de Lyon où il crée en 1921 un office municipal d’orientation professionnelle : « L’ensemble des méthodes rationnelles capables de réaliser l’harmonie de l’homme du métier en donnant à chacun la tâche qui lui convient le mieux physiquement, intellectuellement, moralement et économiquement »

Et enfin M. Quillard, Inspecteur régional de I ‘enseignement technique, au Congrès des classes moyennes -GAND- 6 août 1923 : « L’orientation professionnelle est l’ensemble des moyens qui tend à satisfaire l’aspiration commune à tous les nobles esprits vers un ordre social rationnel par la mise en valeur, à leur juste place, de toutes les personnalités humaines »

La question de l’orientation s’inscrit bien dans la question ouvrière de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Elle va répondre à la crise morale des ouvriers (Binet, Fontègne), et aider à la prise de conscience (Hérriot, Quillard). La philanthropie et l’action de l’Etat vont se combiner.

Dans un prochain billet il sera question des lois sur l’apprentissage du début du XXe et de la naissance d’une, celle de conseiller d’orientation professionnelle.

Bernard Desclaux

Lire la suite : http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2015/04/17/apprendre-a-sorienter-dhier-a-aujourdhui-ii/