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« Avec l’aimable autorisation de l’Agence de presse AEF »

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Calendrier scolaire : Georges Fotinos suggère de laisser aux recteurs le pouvoir de le fixer

Par Émilie Legendre

« Il faut se rappeler – au regard d’une nouvelle et importante phase de création de 13 régions donc a priori de 13 super rectorats – que de 1980 à 1982 ce sont les recteurs qui fixaient les dates de vacances souvent en rapport avec la situation économique, parfois selon la situation géographique de la région et dans un cadre national peu contraignant », déclare auprès d’AEF Georges Fotinos, ancien chargé de mission à l’Igen, chercheur à l’Ortej, le 24 février 2015. Il préconise de créer deux calendrier scolaires : l’un pour les élèves de primaire et de collège, l’autre pour les lycéens ou encore de faire coïncider le début de l’année scolaire avec celui de l’année civile. Un nouveau calendrier, modifié « pour tenir compte des nouvelles régions » sera étudié en CSE au printemps (lire sur AEF).

AEF : Avec la réforme territoriale et la création de 13 régions au 1er janvier 2016, faut-il revoir les zonages de vacances scolaires ?

Georges Fotinos : La réforme territoriale est une formidable opportunité pour revoir l’organisation du temps scolaire. Depuis 2010, la question de l’aménagement des rythmes scolaires, a été omniprésente (et même pour certains de façon obsessionnelle) tant chez les politiques, les responsables syndicaux et associatifs que dans les familles, mais la question du calendrier scolaire n’a presque jamais été abordée. Excepté à deux occasions, lors de la conférence nationale sur les rythmes scolaires de 2010 (lire sur AEF), où il a été proposé que l’année scolaire se déroule sur 38 semaines, afin d’alléger les journées de travail, de la maternelle à la 5e, et en 2014 par le décret ‘Hamon’ qui permet un allongement de l’année scolaire lié à une diminution du temps scolaire hebdomadaire.

AEF : Quelles pistes de travail pourraient être étudiées ?

Georges Fotinos : Plusieurs scénarios pourraient être élaborés : Il faut se rappeler – au regard d’une nouvelle et importante phase de création de 13 régions donc a priori de 13 super rectorats – que de 1980 à 1982 ce sont les recteurs qui fixent les dates de vacances souvent en rapport avec la situation économique, parfois selon la situation géographique de la région et dans un cadre national peu contraignant.
À noter aussi qu’il fut un temps où les épreuves du baccalauréat étaient académiques ou par regroupements académiques. Au regard de l’évolution d’une continuité éducative de la maternelle à la troisième d’une part et d’autre part de liens de plus en plus accentués entre le lycée et l’université, ne serait-il pas opportun d’envisager la création de deux calendriers scolaires ? L’un pour
l’école primaire et le collège, selon la logique de l’école du socle, et l’autre pour le second cycle du secondaire. Les lycéens ont des rythmes de travail très différents de ceux des collégiens et pour une bonne partie d’entre eux l’année scolaire est entrecoupée de périodes de stages. Cette différenciation pourrait être une amorce de résolution du problème récurrent pour certains collèges d’une fin d’année scolaire prématurée. La FCPE soutient ce type de projet (lire sur AEF). Comme le proposait le Conseil économique et social, on pourrait faire coïncider le début de l’année scolaire avec celui de l’année civile, et comme le suggère la conférence nationale sur les rythmes scolaires pour atteindre des durées de périodes de travail équilibrées tout au long de l’année, on pourrait zoner toutes les vacances scolaires.
Il faut garder à l’esprit que les priorités ne sont ni politiques, ni économiques. Cette réforme sur le calendrier n’est pas faite pour les adultes, mais pour obtenir une meilleure réussite des élèves, de meilleures conditions d’apprentissage ainsi que l’amélioration du fonctionnement des établissements. Nous disposons d’études, de recherches, de rapports officiels qui offrent des pistes de travail, des réflexions, des évaluations pour aborder sereinement ce sujet (1).

AEF : Quelles sont les solutions déjà testées ?

Georges Fotinos : En 1980, le gouvernement a pris une décision unique dans l’histoire de notre système éducatif et pourtant oubliée de tous : la création d’un calendrier scolaire de 28 zones en 1980-1981 et 1981-1982. Le pouvoir de fixer le calendrier scolaire était donné aux recteurs dans un cadre général très souple. Aucune des académies n’avait retenu une date de départ autour du 15 juin et presque toutes avaient privilégié la durée des vacances d’été au détriment des vacances intermédiaires, des vacances de février ou de Pâques d’une semaine ne sont pas rares. À l’inverse,quelques académies avaient allongé ou raccourci ces ‘petites vacances’.
Douze recteurs ont utilisé cette responsabilité pour résoudre un problème récurrent pour l’école française : la succession des jours fériés et des ponts en mai et juin en créant des petites vacances de 3e trimestre – la plupart de 4 à 5 jours – mais aussi pour une académie de 3 semaines. Ces choix étaient motivés par des raisons économiques mais aussi climatiques. Contrairement à ce qu’en attendaient les milieux touristiques, les vacances d’été au lieu de s’étaler sur les 3 mois ½ possibles se sont resserrées sur la période 15 juillet 15 août, les regroupements habituels des familles durant cette période sont devenus complexes et le tourisme de montagne en hiver, dans une moindre mesure, a été affecté. Au bout de deux ans, l’ensemble des membres du CSE – y compris le Conseil national du patronat Français ardent défenseur de ce grand zonage – demandait un retour à un calendrier national fixé par le ministre.

AEF : Qu’est-il ensuite advenu ?

Georges Fotinos : Dès 1982, le gouvernement est revenu à une situation à trois zones, puis sous Jean-Pierre Chevènement un calendrier scolaire mettant en place le 7-2 et construit sur deux zones pour obtenir des durées de périodes de travail équivalentes a été mis en place pour l’année scolaire 1986-1987. Dès lors, en moins de 4 ans et à la suite de changements de majorité gouvernementale ce calendrier changera trois fois. La première décidée par René Monory qui revient sous la pression du monde touristique et du transport à un calendrier avec trois zones. La seconde avec Lionel Jospin qui dans la ligne de la loi sur l’éducation mettant l’élève au centre du système éducatif rétablit les deux zones. La 3e par le même Lionel Jospin qui, sur l’injonction du Premier ministre (prenant en compte les conséquences sur les transports et l’économie touristique) revient à un calendrier trois zones.
C’est ainsi qu’après avoir été l’initiateur d’un calendrier équilibré à deux zones, j’ai été chargé comme responsable de la cellule rythmes scolaires du ministère de l’Éducation nationale de réaliser un calendrier à trois zones.

AEF : Quels ont été les critères utilisés pour créer cette zone supplémentaire ?

Georges Fotinos : D’abord reprendre le plus possible les associations antérieures d’académie datant pour la plupart du calendrier de 1986-1987 et utiliser une méthode similaire visant à :

équilibrer le nombre d’élèves selon la composition des zones envisagées
connaître le nombre d’enseignants selon la composition des zonages envisagés
connaître les taux de départ en vacances par académies et par département
connaître les prévisions de circulation en fonction de différents zonages envisagés (sur les liaisons routières, aériennes et ferroviaires) ;
connaître les prévisions des taux d’occupation des hôtels, des restaurants, des
équipements touristiques selon les zonages envisagés

À l’époque, une hypothèse forte était envisagée : celle de découper la région parisienne, Paris, Versailles, Créteil. Mais en y regardant de plus près, environ 20 % des personnels de l’Éducation nationale ne demeuraient pas dans le département de leur travail. Il était devenu inconcevable de séparer ces académies.

En tenant compte de tous ces éléments, trois zones ont été créées pour les calendriers 1991-1992 et 1992-1993.

AEF : Comment s’est décidé ce découpage ?

Georges Fotinos : Dans le cas de Bordeaux, nous avons accédé à une demande du conseil régional d’Aquitaine et du conseil général de la Gironde pour que leur académie soit détachée de la zone dans laquelle elle se trouvait. L’accès aux stations pyrénéennes se révélant particulièrement difficile quand les académies de Montpellier et de Toulouse se trouvaient en vacances en même temps que celle de Bordeaux.
La zone A a été composée des mêmes académies que précédemment mais en ajoutant Lyon et Toulouse. Ce choix a été motivé par le nombre d’élèves et les axes de transports utilisés. Les habitants de l’académie de Lyon se dirigent en hiver plutôt vers les Alpes et ceux de Toulouse plutôt vers les Pyrénées. Et en été, les habitants de l’académie de Lyon se dirigent plutôt vers la Méditerranée et l’Italie tandis que ceux de Toulouse se dirigent plutôt vers l’Atlantique et l’Espagne

La zone B a gardé sa composition, mais sans Lyon et Toulouse. Elle se compose
d’académies du Sud, du Nord, du Centre, de l’Est et de l’Ouest et offre une répartition des flux de circulation équilibrés.

(1) En 1979, le rapport du Conseil économique et social sur le calendrier scolaire indique que la solution optimale sur le plan économique est de découper la France en cinq zones avec une répartition des congés d’été sur deux mois, sur une période de 4 mois, du 1er juin au 1er octobre.
Le CES préconise également un allongement des congés d’hiver et de printemps. Il recommande aussi de « mettre en concordance l’année civile et scolaire, dans l’hypothèse d’un étalement des congés plus différencié, en fonction des situations régionales ».

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