PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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La campagne contre le harcèlement lancée par le ministère est bienvenue et bien conçue.

Bienvenue parce qu’elle s’attaque à un vrai problème, trop longtemps négligé par les adultes. Le mal être qui découle des situations de harcèlement est un facteur de difficulté ou d’échec scolaire, il est normal que l’Éducation nationale se mobilise pour y mettre fin. Le Sgen-CFDT, qui se bat pour construire une école bienveillante envers les élèves, ne peut que soutenir cette action. La campagne ministérielle est globalement bien conçue parle qu’elle entend d’abord briser le mur de silence qui entoure les phénomènes de harcèlement – dans les écoles comme dans les entreprises et les administrations, d’ailleurs. Un mur du silence difficile à briser parce que, pour les élèves, dénoncer le harcèlement, c’est prendre le risque de se marginaliser. Quant aux adultes, ne sachant pas toujours comment intervenir, ils sont tentés de justifier leur impuissance par une forme de fatalisme.

Pour le Sgen-CFDT, la justesse de cette campagne rend d’autant plus regrettable les maladresses du clip vidéo qui accompagne ce lancement. Celui-ci, réalisé gracieusement par Melissa Theuriau, met en scène une enseignante à la pratique pédagogique caricaturale – pédagogie « frontale », posture très magistrale, inattentive aux élèves. Certes, cela peut exister, mais il y a dans l’opinion publique bien assez de la vision stéréotypée et archaïque concernant l’école que le ministère devrait se garder de l’alimenter. Surtout qu’il affirme depuis 2012 que la refondation de l’école doit d’abord être une refondation pédagogique.

Mais le plus problématique reste le message qui pouvait transparaître dans un clip d’abord destiné aux enfants. Le fait que l’adulte, en l’occurrence l’enseignante, soit si distante et si passive face au harcèlement risquait de brouiller le message de fond qui invite les victimes de harcèlement à en parler, et d’abord à en parler aux adultes présents autour d’eux. Certes, la communication ministérielle autour de la campagne et du clip permet de lever l’ambiguïté, mais à quoi bon vouloir se servir de l’image pour sensibiliser et mobiliser si on ne veille pas à ce que cette image soit conforme au discours que l’on tient ?

Le Sgen-CFDT a fait un communiqué de presse vigoureux pour rappeler le ministère à son devoir de vigilance. Mais il n’a pas voulu alimenter la polémique qui a enflé dans la presse. Il n’est dans son intention ni de discuter les bonnes intentions de la réalisatrice, ni de perturber une campagne de lutte contre le harcèlement dans laquelle il s’inscrit pleinement.

Le dossier du Sgen-CFDT sur le harcèlement (paru dans Profession Éducation, le mensuel du Sgen-CFDT, avril 2015) :