PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Professeur honoraire à l’Université Lille 3, membre de l’association PRISME, auteur de nombreux ouvrages sur l’école, Danielle ZAY estime qu’une éducation inclusive ne peut se concevoir sans une société qui le soit aussi.

Éducation et société sont interdépendantes, car ce sont les mêmes valeurs dominantes qui les sous-tendent. Dans un État démocratique, les lois sont votées par les représentants du peuple, leur application dépend du gouvernement qui en est issu et elles régissent le système éducatif qui forme les citoyens de la société future. Toutefois, des orientations différentes traversent la société et ses élus. Le système éducatif forme un ensemble composite de strates issues de politiques conservatrices ou progressistes selon des choix divergeant d’une période à l’autre, et, les personnels d’éducation sont divisés.

Les États et les peuples sont dépendants d’une économie mondialisée. L’extension du concept d’inclusion, y compris à  l’éducation, a été l’oeuvre d’un mouvement international qui a articulé les travaux de chercheurs et les revendications d’associations, pour avancer à la fois sur les besoins spécifiques des handicapés, les droits de l’homme et de l’enfant, la justice sociale (Rawls, 1972 ; Sen,2009). Des institutions internationales, tels l’UNESCO, les Nations Unies, le Conseil de l’Europe , ont enjoint aux États de mettre en place des systèmes éducatifs qui offrent à tous les jeunes, en particulier ceux victimes de discriminations créées par leurs conditions sociales de vie – milieux défavorisés, immigrants, populations nomades, etc. – des ressources humaines et matérielles adaptées à leurs capacités propres.

Ce n’est pas parce qu’un handicapé est dans un fauteuil roulant qu’il ne peut pas passer une porte, mais parce que la porte est trop étroite.

La France ne pouvait pas rester hors de ce mouvement mondial. Mais ce n’est pas un hasard que le concept d’inclusion soit entré pour la première fois dans la législation scolaire avec la loi sur la Refondation de l’école et l’implication des collectivités territoriales dans les Projets Éducatifs Territoriaux et la réforme des rythmes scolaires.

Cette politique éducative est en continuité avec celle de précédents gouvernements de gauche, qui elle-même s’inscrit dans une évolution internationale faisant de l’école un pôle d’une éducation qu’elle n’est pas seule à assumer, les jeunes n’y passant pas la majeure partie de leur temps.

> 1981 : les zones prioritaires donnent plus de moyens à ceux qui en ont le plus besoin, les pauvres, et, tissent des liens avec leur milieu. Elles s’inspirent des EPA (Educational Priority Areas) créées, à la suite du rapport Plowden (1967), par le  gouvernement travailliste britannique en réaction contre la politique discriminante des conservateurs.

> 1989 : la loi d’orientation sur l’éducation met, pour la première fois, l’élève au centre de l’enseignement scolaire et ouvre la mission des enseignants, au-delà de la transmission de contenus disciplinaires, sur les relations avec le groupe classe et sur celles de l’établissement avec son environnement. Elle renoue avec les conceptions des mouvements pédagogiques, qui, depuis le Belge Ovide-Decroly ou l’Italienne Maria Montessori à la fin du 19ème et au début du 20 ème siècle, se sont développés entre les deux guerres, avec une prise en compte des milieux populaires par Freinet.

> 1991 : généralisation des Instituts de formation d’enseignants, qui donnent une formation commune et un statut équivalent aux
enseignants du premier et du second degré, et, essaient, avec plus ou moins de succès dans le contexte français très  conservateur en éducation, de les faire passer d’une éducation fondée sur le « teaching », l’enseignement par le maître, à celle qui part du « learning ». l’apprentissage des élèves. Mais tout autant qu’au début des Écoles Normales, la pédagogie reste méprisée (Isambert-Jamati, 1965 ; Zay, 2005, 2012). Une éducation inclusive partirait de la diversité des élèves pour revoir tous les programmes.

> 1999 : Lionel jospin, Premier ministre, parachève son oeuvre de ministre de l’Éducation en articulant l’Éducation nationale et la politique de la Ville, dans les Contrats de Ville, puis, en 2000, les Contrats éducatifs locaux. L’Éducation devient une mission partagée.

En parallèle, à partir de 2003, apparaissent les plans nationaux sur l’inclusion sociale. En France, même si on attend plus de l’État que dans d’autres pays, les associations créent du lien entre les citoyens et entre ceux-ci et les institutions. Elles ont joué un rôle important pour faire reconnaître les droits des handicapés au même titre que ceux des autres citoyens, y compris à l’école. Elles constituent un facteur essentiel d’inclusion sociale et contribuent à l’instauration d’une société du vivre ensemble plutôt que de la guerre de tous contre tous. C’est ce dont Les Rencontres nationales des PEP témoignent.

Références bibliographiques in Zay, D. (2012). L’éducation inclusive. Une réponse à l’échec scolaire ? Préface de Gabriel Langouët. Paris : Ed.L’Harmattan.

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