PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Alors que la question de la re?forme du colle?ge et de son lien avec les ine?galite?s scolaires bat son plein, Profession E?ducation a donne? la parole a? Jean-Paul Delahaye. Inspecteur ge?ne?ral de l’E?ducation nationale, il a e?te? charge? d’une mission intitule?e « Grande pauvrete? et re?ussite scolaire : le choix de la solidarite? pour la re?ussite de tous ».

Vous avez re?dige? un rapport, « Grande pauvrete? et re?ussite scolaire », mene? conjointement avec l’avis du Ce?se sur « Une e?cole de la re?ussite pour tous ». Quel a e?te? l’inte?re?t de ce travail croise? ?

L’inte?re?t premier re?side dans le caracte?re ine?dit d’un travail commun de l’Inspection ge?ne?rale et de la troisie?me assemble?e de la Re?publique, qui repre?sente la socie?te? civile et est particulie?rement fonde?e a? s’interroger sur les questions e?ducatives. Ma lettre de mission recouvrait en partie celle de Marie-Aleth Grard, avec qui j’ai effectue? bon nombre de visites sur le terrain et d’auditions. Ces rencontres nous ont permis de constater que beaucoup d’e?quipes re?alisent un travail formidable. D’autre part, un objectif commun a? nos travaux est de rappeler les raisons qui motivent la refondation de l’e?cole : il s’agit de re?duire les e?carts, car la France n’arrive pas a? e?largir les bases de son e?lite. Le creusement des ine?galite?s sociales et scolaires, au contraire, va croissant ! On se gargarise de l’expression « vivre ensemble », mais on n’est toujours pas fichus de scolariser tous les e?le?ves ensemble, au moins durant le temps de la scolarite? obligatoire ! Refonder pour tous les e?le?ves, c’est faire re?ussir davantage d’e?le?ves et e?lever le niveau de tous.

Parmi ces entretiens, certains ont-ils e?te? particulie?rement marquants ? 

jean-paul delahayePour moi, le plus important, c’est de placer des vies derrie?re les statistiques. J’ai recueilli de nombreux te?moignages (directement cite?s dans le rapport) de gens que l’on entend peu : acteurs de terrain, enseignants, assistantes sociales, me?decins, personnels de direction… et aussi parents d’e?le?ves, lesquels ont parle? de leurs proble?mes de logement, d’habillement, de nourriture, de soins… qui font le quotidien de certains de nos e?le?ves. Ces rencontres ont e?te? l’occasion de de?couvrir et rendre hommage a? l’humanite?, au de?vouement et a? la solidarite? des personnels qui travaillent au plus pre?s de ces difficulte?s. Enfin, nous avons pu re?aliser des e?tudes concre?tes : par exemple sur les fournitures scolaires dans le primaire, l’enque?te d’une inspectrice du Pas-de-Calais a re?ve?le? un e?cart de cout de 0 a? 37 euros au sein de la me?me circonscription ! Il y a encore des progre?s a? faire pour mieux prendre en compte la situation difficile de certaines familles… Comme dans le cas du non-recours aux bourses (de?lais trop courts, inflation de justificatifs a? joindre). La? aussi, nous pouvons faire mieux et le ministe?re va s’y employer.

On fait des e?conomies sur l’accompagnement e?ducatif en colle?ge, mais on ne re?duit pas le volume des « colles » des classes pre?paratoires aux grandes e?coles

Votre rapport pre?sente 4 leviers d’action et 68 propositions, lesquels sont prioritaires selon vous ?

Les leviers d’action et les propositions forment un tout cohe?rent, mais sont e?chelonne?s dans le temps, avec des re?ponses a? apporter a? court et moyen termes. Les re?ponses sociales et me?dicales sont les plus urgentes. Les personnels concerne?s sont surcharge?s, les postes de me?decin scolaire ne sont pas pourvus car la fonction n’est pas assez attractive. D’autre part, il y a le scandale des fonds sociaux, passe?s de 73 millions d’euros en 2001 a? 32 millions aujourd’hui, alors me?me que la grande pauvrete? a augmente? : elle concerne 1,2 million d’e?le?ves. La ministre vient de de?cider une augmentation tre?s sensible de ces fonds.

Au vu des de?bats actuels sur la re?forme du colle?ge, pensez-vous que la socie?te?, l’institution scolaire et les acteurs de l’e?ducation sont pre?ts pour affronter ce de?fi ?

Je le pre?cise dans ma conclusion : la situation actuelle de notre E?cole ne nuit pas a? tout le monde, des e?le?ves re?ussissent tre?s bien ! Cette partie de la population n’a pas a? perdre avec la re?ussite du plus grand nombre. Il faut construire le sentiment de l’inte?re?t ge?ne?ral. Une e?volution vers la re?ussite des plus pauvres, c’est un gain pour toute la socie?te?, y compris en matie?re de performances e?conomiques. Le nivellement par le bas n’est pas a? craindre, c’est aujourd’hui qu’il est a? l’œuvre et qu’il s’aggrave ! L’essentiel, d’ailleurs, concerne la question pe?dagogique : pourquoi est-il si difficile d’organiser une progression par cycle, de concevoir une e?valuation qui favorise les apprentissages et la re?ussite des e?le?ves au lieu de la traditionnelle e?valuation qui se?lectionne ? Pourquoi est-il si complique? de poser la question des rythmes scolaires, de l’orientation qui devrait e?tre de?tache?e des origines sociales (90 % des enfants de cadres, scolarise?s depuis 1995, parviennent au baccalaure?at a? un rythme normal, contre 40 % des enfants d’ouvriers) ? Il faudra consacrer, pendant longtemps encore, davantage de moyens a? ces e?coles et ces e?tablissements qui concentrent le plus de difficulte?s. Les efforts consentis par la refondation de l’e?ducation prioritaire et l’allocation progressive des moyens sont significatifs mais ne suffiront pas a? re?gler la situation. Il faudra durablement donner des moyens exceptionnels et rede?ployer les moyens : par exemple, ceux de?gage?s par la suppression du redoublement devront e?tre re?affecte?s a? l’accompagnement des e?le?ves les plus en difficulte?. Il faut accepter de donner les moyens la? ou? ils sont le plus ne?cessaires : a? l’e?cole primaire d’abord, qui be?ne?ficie de 15 % de moins par rapport a? la moyenne europe?enne (quand les lyce?es ont 15 % de plus !), et ensuite a? l’accompagnement des e?le?ves pour leur travail personnel. Les e?carts, la? aussi, se renforcent. On fait des e?conomies sur l’accompagnement e?ducatif en colle?ge, mais on ne re?duit pas le volume des « colles » des classes pre?paratoires aux grandes e?coles : ainsi, le budget pour accompagner les plus favorise?s est trois fois plus important que celui de l’accompagnement en colle?ge. Et que penser de la « solidarite? inverse?e » que repre?sente l’avantage fiscal pour le soutien scolaire a? domicile ? L’objectif, malgre? tout, c’est la scolarite? inclusive, le « scolariser ensemble », donc il faut aussi penser a? la mixite? sociale et a? la carte scolaire, y compris en inte?grant le prive? : on pourrait lui donner une allocation progressive avec des indicateurs de mixite? sociale. En outre, toutes les me?thodes ne se valent pas : sur le terrain, les e?quipes prouvent que la re?ussite est possible avec une e?valuation diffe?rente, avec plus de coope?ration. La gestion des ressources humaines, enfin, constitue un enjeu fondamental : un enseignant forme? est un gage de re?ussite pour ses e?le?ves. Cependant, il ne faut pas tout faire reposer sur l’E?cole. D’ou? l’inte?re?t du quatrie?me levier : « l’alliance e?ducative », d’abord avec les parents, puis avec les autres acteurs, les collectivite?s territoriales…

Justement, cette coe?ducation n’est-elle pas parfois rejete?e par certains acteurs de l’E?cole ?

Il y a une me?connaissance re?ciproque qui entraine un manque de confiance spontane?e entre enseignants et parents. Il existe quantite? d’actions et d’initiatives. Restaurer la confiance n’est pas impossible, on a tous a? apprendre les uns des autres : on parle beaucoup d’e?ducation a? la parentalite?, mais il y a aussi beaucoup a? apprendre sur le fonctionnement de l’E?cole du point de vue des parents. Je fais deux propositions dans ce sens : que tous les stagiaires, dans les Espe? en master 2, puissent avoir un parent d’e?le?ve-tuteur dont le ro?le serait de mieux les pre?parer au dialogue, et lors de la premie?re nomination, be?ne?ficier d’un temps consacre? a? la de?couverte de la vie du quartier, des associations, des autres services de l’E?tat…

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