PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Voilà un drôle de titre pour un ouvrage de Philippe Meirieu. Les rayons de librairies sont déjà pleins de livres qui nous promettent la réussite, l’épanouissement et même carrément le bonheur. Philippe Meirieu aurait-il rejoint ces rangs là ? Il n’en est évidemment rien. Dans un petit livre édité par Bayard, P. Meirieu revient sur la construction de la véritable autonomie individuelle au sein d’une société humaine. Destiné aux parents, l’ouvrage s’adresse aussi aux éducateurs qui ont, eux aussi, en charge la réussite des petits humains qu’on leur confie.

« Ce livre est un livre de pédagogue », prévient Philippe Meirieu en introduction de l’ouvrage. Au long des chapitres, P Meirieu revient sur les étapes et les acteurs qui participent à la construction individuelle. On retrouve dans l’ouvrage les grandes idées de P. Meirieu. Ainsi il insiste sur l’éducation au contrôle des pulsions. C’est la base d’une entrée au monde et du développement personnel. Il revient aussi sur le « trépied » éducatif constitué des parents, de l’école et des pairs : trois expériences qui transmettent des êtres au monde différents.

P Meirieu ne fait évidemment pas l’impasse sur les apprentissages scolaires. Les parents apprécieront certainement les pages sur le travail scolaire. Comment aider son enfant à faire ses devoirs et à apprendre ses leçons. Il revient sur ce qu’est réellement l’effort, comme condition et étape dans l’accès au savoir et au  plaisir de savoir. L’ouvrage consacre plusieurs pages à l’apprendre dans le monde des écrans. Il montre aussi comment aider l’enfant à construire son orientation.

Finalement l’image de la réussite que promet l’ouvrage est très éloignée de ce qu’on trouve généralement dans les manuels de développement personnel. Pour p Meirieu il n’y a pas de trucs et astuces pour réussir sa vie. « Chaque histoire éducative est une aventure singulière ». Alors l’ouvrage ne donne pas de solutions toutes faites sauf à inviter à la réflexion et au partage. On réussit toujours dans la solidarité avec les autres. Voilà la belle leçon de Philippe Meirieu.

François Jarraud

Philippe Meirieu, Comment aider nos enfants à réussir… à l’école, dans leur vie, pour le monde, Editions Bayard, ISBN978-2-227-48813-7.

Philippe Meirieu : « Sortir du fatalisme sociologique ou psychologique »

« Ce livre a l’ambition de réhabiliter ce que l’éducation familiale peut comporter de pédagogie dans un univers où les marchands d’illusions vendent des recettes dès lors qu’ils ont trouvé un nom comme, par exemple, la psychologie positive. » En termes forts, Philippe Meirieu revient sur ce que c’est que réussir sa vie et sur le rôle de la pédagogie dans tout cela…

« Comment aider nos enfants à réussir » veut aider à réussir sa vie. Mais c’est quoi réussir ?

Le livre veut montrer qu’il n’y a pas de modèle unique de réussite. Donner une réponse universelle à cette question est une imposture. Il y a des modèles très répandus dans le champ social mais qu’il faut déconstruire en se demandant s’ils ne renvoient pas à ce que nous avons nous-mêmes réussi ou à ce que nous avons échoué et que nous voudrions voir nos enfants réussir. Ou alors qui renvoient à des stéréotypes sociaux. La première chose à faire en terme éducatif c’est de ne pas s’arrêter à ces stéréotypes et de poser à nos enfants la question de la réussite en d’autres termes.

Il faut savoir se décentrer par rapport à nos aspirations pour entendre ce qui leur permet de se réaliser. Dans ma fonction régionale (P Meirieu est vice président du conseil régional de Rhône Alpes en charge de la formation NDLR), j’ai rencontré en CFA des jeunes qui se formaient en ferronnerie ou ébénisterie et qui avaient un master ou une licence. Ils me disaient qu’avec une licence ils avaient un niveau, pas un métier. Ils voulaient quelque chose qui leur permette une aspiration à la qualité. Et ils parlaient de la résistance de leur famille. J’ai rencontré aussi des décrochés. Et je vois bien que ce n’est pas avec une formation qu’on raccroche mais avec un métier. Il est donc fondamental d’interroger en permanence avec les parents et les éducateurs la conception de la réussite.

Au delà de ces aspects, la réussite c’est l’accès à l’autonomie, la capacité à assumer sa vie, à exercer sa pensée librement et savoir qu’on ne peut pas réussir sans la solidarité et la relation à autrui. La solidarité ce n’est pas une valeur mais d’abord un fait. Nous sommes de facto solidaires. Cet apprentissage là est fondamental. Les pédagogies collaboratives sont porteuses d’avenir.

La réussite c’est une histoire d’école, de parents ou d’inégalités sociales ?

Je consacre un chapitre du livre à un trépied. D’abord l’environnement familial et la façon dont il construit le cadre, le passage au symbolique et au langage articulé et aussi une forme de rapport au monde. L’école qui joue un rôle structurant fondamental. Il faut l’école pour que le jeune découvre qu’il y a des relations qui sont différentes que celles que l’on a avec ses parents et des parents qui pensent différemment. Et puis il y a le 3ème pied : les interactions entre pairs, le « tiers lieu » où les enfants engagent des activités et apprennent une forme de responsabilité. Cet apprentissage est essentiel en démocratie. Apprendre que c’est en tant que l’on est responsable de quelque chose que l’on détient une autorité c’est apprendre qu’il n’y a pas d’autorité de nature.

Aujourd’hui le débat éducatif s’organise autour de l’opposition entre plaisir et effort. Qu’en pensez-vous ?

C’est évidemment une fausse opposition. Tout apprentissage nécessite un effort que l’on ne fait que parce que l’on voit une satisfaction au bout de l’effort. Le problème des jeunes c’est qu’ils ignorent la satisfaction ou qu’ils croient qu’elle leur est interdite, particulièrement dans le domaine scolaire. Il faut aider l’enfant à acquérir le sens de l’effort mais pas à travers la représentation que c’est quelque chose d’imposé par l’adulte. J’utiliserais en fait une troisième terme : la notion d’exigence. Etre exigeant c’est donner la possibilité à l’autre d’être fier de ce qu’il a fait.

Le livre peut-il aider à améliorer le système éducatif ?

J’ai souhaité avec ce livre sortir du fatalisme sociologique ou psychologique. L’idée que l’enfant est définitivement abimé par une séparation ou condamné à l’échec. Je veux aussi réagir à la pensée illusionniste, celle du développement personnel,  qui entretient l’idée que le bien être est contagieux dès lors qu’on est bien dans sa tête et son corps et qu’on pratique les exercices. Cette littérature est un indicateur de la montée de l’individualisme. Ce livre a l’ambition de réhabiliter ce que l’éducation familiale peut comporter de pédagogie dans un univers où les marchands d’illusions vendent des recettes dès lors qu’ils ont trouvé un nom comme, par exemple, la psychologie positive.

Je veux aussi réagir au basculement entre la psychologie de l’enfant roi et celle de l’enfant frustré. Dans la littérature grand public on a eu une époque centrée sur l’idée qu’il ne fallait jamais dire non, jamais frustrer l’enfant. On est passé à une exaltation de l’éducation au non.  Toute une série de psychiatres exhortent les parents à savoir dire non. Or ce qui caractérise la relation pédagogique c’est qu’elle n’est ni dans le oui tout de suite ca c’est l’enfant pulsionnel ni dans le non car c’est une autre manière de démissionner.  La bonne voie c’est le non pas tout de suite. Ce temps de réflexion c’est celui de la construction du sujet. Les attitudes éducatives c’est le « oui peut-être » et le « non pas tout de suite ».

Propos recueillis par François Jarraud

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