PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Réussite : Le premier rédacteur du premier Que sais-je ? N°121 sur l’orientation, remarquait que « la notion de réussite sur laquelle, à toute prendre, repose l’Orientation professionnelle, a été l’une des moins étudiées par les théoriciens de l’Orientation professionnelle ». Pour G. Sinoir, 1943, il y a bien des manières de réussir. Toutes ces réussites ne sauraient convenir à la fois au même individu. « Il faut de toute nécessité faire un choix, et admettre comme raisonnable pour quelqu’un une décision qui le sera effectivement pour lui parce qu’elle lui apporte la réussite qui lui convient ».

Les critères de succès ou d’insuccès scolaires sont multiples et complexes, par exemple certains élèves choisissent de redoubler pour éviter une orientation non souhaitée. La réussite est aussi une expérience subjective vécue par les élèves, qui dépend d’un ensemble d’éléments hétérogènes comme les parcours scolaires, les rapports à l’école et au savoir, et plus généralement aux apprentissages en relation avec la trajectoire socio-familiale.

Tout change pour l’orientation scolaire et professionnelle des élèves dès lors que le système éducatif se donne pour ambition de « faire réussir tous les élèves ». La question de la réussite scolaire a constitué un objet d’études pour les sociologues de l’éducation, en France et aux Etats-Unis, afin d’expliquer la mobilité sociale de certaines couches de la population (moyennes et populaires) à travers l’allongement de la scolarité et l’obtention de titres scolaires de plus en plus élevés permettant d’accéder à des positions sociales plus prestigieuses. Depuis plus d’une vingtaine d’années, bon nombre de travaux ont mis en évidence les relations entre les origines culturelles, ethniques, géographiques et sociales et les performances des élèves. Les enfants d’origine étrangère issus des couches modestes et des quartiers « sensibles » peuvent-ils accomplir des carrières scolaires réussies ? M. Vasconcellos (Ed.), 2006, rappelle que les recherches à ce sujet « démontrent qu’une fraction de cette catégorie d’élèves, en dépit des difficultés liées à leurs origines socio-économiques accomplissent des études supérieures y compris dans des filières dites « prestigieuses » et se présentent à des concours d’agrégation ou préparent des troisièmes cycles ».

Comment l’histoire familiale peut-elle se poursuivre sans se répéter ? Si les jeunes s’autorisent sans trop de difficultés subjectives à devenir autres que leurs parents, c’est non seulement parce qu’ils y sont symboliquement autorisés par eux, mais qu’en retour, eux-mêmes reconnaissent la légitimité de l’histoire et des pratiques familiales qu’ils ne veulent pas reproduire. J.Y Rochex, 1995, parle d’une « triple autorisation » : chacun doit autoriser l’autre à être différent, et s’autoriser soi-même à être différent.

La réussite scolaire dépend aussi des conditions sociales d’existence. Une enquête menée en 1997, par l’INSEE révèle que la proportion d’adultes sans diplôme est près de deux fois plus élevée parmi ceux qui n’ont pas pu disposer d’une chambre durant l’adolescence que parmi ceux qui ont pu s’isoler.

Le besoin de réussite (« need for achievement ») très présent dans la littérature américaine, correspond à une disposition à « entreprendre toutes sortes d’activités afin d’éprouver, de manière anticipée, le plaisir lié à la réussite ». Selon les spécialistes cités par Y. Forner, 1992, une seconde composante du besoin de réussir est la prise en compte de la temporalité, par le sujet, pour l’organisation de ses conduites. Une motivation à la réussite incite la personne à fonctionner par projets dans les diverses situations de son existence. Enfin, une troisième composante de la motivation à la réussite est relative à la représentation que le sujet a des relations existant entre ce qui lui arrive et ses caractéristiques propres. Autrement dit, se montrer capable de développer des modes d’explication « internes ».

Pour réussir, la chance est l’alliée indispensable du mérite. L’autobiographie d’un ingénieur, inventif, M. Dassault (1892-1986), à la réussite sociale et professionnelle exemplaire, est aussi celle d’un auteur, Le talisman, 1970, où il ne se séparait jamais du trèfle à quatre feuilles ramassé en 1939. Ce personnage « atypique » qui a connu deux guerres mondiales, la déportation, et a vu son entreprise nationalisée deux fois, considérait qu’il « n’est pas nécessaire d’hériter pour réussir, il suffit de persévérer ».

Dans une société où la réussite devient la seule norme acceptable, de plus en plus de parents pensent que leurs enfants auront de meilleures chances de succès dans la vie s’ils ont un quotient intellectuel élevé. La réussite scolaire et universitaire est un bon prédicteur de la réussite professionnelle, et notamment de la productivité d’un salarié en entreprise. Les employeurs en sont-ils toujours convaincus ?

M. Foucault, 1973, a décrit les miasmes d’une « société punitive ». En sommes-nous vraiment sortis ? A l’encontre de la religion du succès, peut-on considérer qu’on puisse échouer et s’enrichir spirituellement ?

Autobiographie ; Bonheur ; Hasard ; Redoublement ; Résilience ; Sagesse occidentale ; Vocation ; …

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