PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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L’Alma Mater peut-elle encore être généreuse ? Les déclarations de F Hollande sur l’accueil de 24 000 réfugiés en deux ans donnent l’occasion à l’Education nationale de montrer ce qu’elle fait au quotidien pour l’accueil des élèves allophones. Le 21 septembre, N Vallaud-Belkacem a visité le Casnav de Paris, Centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés, chargé d’évaluer et trier les jeunes de 11 à 18 ans. Une visite qui conforte une structure en faveur des étrangers alors que les conditions générales d’accueil des migrants ne cessent de se dégrader.

Accueillir des enfants réfugiés en 2015

Dans quels pays d’Europe le nombre de demandeurs d’asile a-t-il diminué entre le premier et le second trimestre 2015 ? En France on est passé de 14 775 à 14 685 demandes alors même qu’en Europe leur nombre sautait de 185 000 à 213 000. Des milliers d’enfants vivent dans la rue et ne sont pas scolarisés dont, par exemple, de 5 à 7 000 enfants Roms selon Romeurope. Et certains maires assument haut et fort vouloir violer la loi républicaine qui garantit le droit à l’instruction pour tous.

Dans ce contexte, la visite, le 21 septembre, de la ministre au Casnav, le centre d’accueil des élèves allophones, de Paris, le 22 septembre prend sens. Elle rappelle la visite, encore plus forte, que G Pau-Langevin avait faite à propos de la scolarisation des enfants Roms.

« L’éducation nationale s’organise pour accueillir les enfants réfugiés », explique la ministre, qui rappelle que les centres d’accueils ont été ouverts pour les boat people, à une époque où la République avait accueilli 120 000 enfants.

Où mettre 5 000 élèves de plus ?

Le Casnav reçoit chaque jour une quarantaine d’enfants entre 11 et 18 ans , leur fait passer des tests de maths et français avant de les affecter dans une classe d’accueil des élèves allophones (UPE2A) sur Paris. Depuis la fin août 526 jeunes sont déjà passés par le Casnav, soit un peu plus que le chiffre habituel.

Dans les couloirs du Casnav, la ministre échange avec des parents syriens, congolais, algériens, ivoiriens, géorgiens. « Les parents sont là ils sont très attachés à la scolarisation de leur enfant », souligne la ministre. Parmi les parents, une mère française : elle revient de Madagascar et son fils doit lui aussi passer par la case Casnav.

En année normale, l’Education nationale scolarise environ 45 000 enfants allophones, rappelle la ministre. Elle envisage d’en prendre 5 000 de plus cette année. Les classes Upe2a (50 au primaire et 75 au secondaire dans Paris) ne gardent les enfants que quelques semaines, le temps de leur faire acquérir des rudiments de français. Les élèves sont ensuite envoyés dans des classes normales.

« Compte tenu de l’afflux on va mobiliser des moyens supplémentaires », annonce la ministre qui reste très floue sur ces moyens. « On renforcera le nombre de classes ». En même temps la ministre rappelle le plan d’hébergement national imaginé par le gouvernement pour répartir les familles là où il n’y a pas de tension sur les écoles et le logement.

Le cas des mineurs isolés

« On a de plus en plus de mineurs isolés étrangers », rappelle Alain Seksig, directeur du Casnav de Paris mais aussi président de la Commission laïcité du Haut Conseil à l’intégration (HCI) et opposant au voile en université. « On les accueille jusqu’à 18 ans avec la plateforme d’orientation des mineurs isolés gérée avec la ville de Paris. Mais parfois on a un doute sur l’âge et il peut y avoir des refus. On scolarise 73% des cas ».

Des propos qui ramènent sur terre. « Le problème des mineurs isolés c’est l’hébergement et avoir de quoi se nourrir même les jours où l’école est fermée », rappelle la maire du 20ème arrondissement , Frédérique Calandra. Ces adolescents jetés à la rue nous les avions croisé par exemple au lycée parisien Guimard. Dans ce lycée du bâtiment, sur 70 jeunes mineurs isolés, la moitié seulement est prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance. Les autres voient leur qualité de mineur contestée et vivent dans la rue. L’année dernière la Ville de Paris a offert des places dans un centre pour SDF à ces adolescents… Au Casnav de Paris une mère africaine saisit l’occasion de la visite ministérielle pour approcher l’adjointe à l’éducation de la ville de Paris et solliciter une aide pour l’hébergement de son enfant.

Contacts avec le réel

Autre moment de contact avec le réel : en conclusion de sa visite, la ministre rencontre une quinzaine de professeurs des écoles nommés en UPE2A. Ils bénéficient d’une semaine de formation en septembre suivie d’une seconde semaine en février. Parmi eux des enseignants expérimentés qui ont choisi les Upe2a comme Freddy qui a « la passion des langues » et qui a enseigné le FLE(français langue étrangère) avant d’entrer dans l’éducation nationale. « Enseigner en Upe2a peut être décourageant. Il faut prendre du recul. Les conditions matérielles sont difficiles », dit-il à la ministre. « On reçoit des élèves de tous âges et de toutes origines. C’est une grande difficulté et une grande richesse. Ca rend les classes attachantes et attirantes », explique une formatrice.

Il y a aussi des professeures des écoles débutantes,  nommées là sans l’avoir sollicité. Ainsi Coline débute dans le métier après sa réussite au concours exceptionnel de 2014. Elle complète le temps de travail de 3 enseignantes en Rep +. Elle intervient ainsi un jour en cm2, un autre en ce1 et enfin en Upe2a. Une situation qui serait un défi pour une enseignante expérimentée.

Un enseignant saisit l’occasion de la visite ministérielle pour souligner la lenteur des signalements faits à la protection judiciaire de la jeunesse. « Ca rejaillit dans nos classes et contrarie notre travail. Au final ça dissuade les enseignants de  faire des signalements ».

La ministre annule sa visite dans une classe d’Upe2a d’une cité scolaire parisienne. Mais dans les locaux du Casnav elle aura touché du doigt une partie des difficultés réelles de l’Education nationale pour accueillir des enfants étrangers.

François Jarraud

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