PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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La difficile articulation formation-emploi est le produit d’un héritage, celui de la pédagogie traditionnelle, qui dans le sillage du philosophe Alain, 1932, conçoit l’école sur le modèle monacal de la clôture. L’idée de "séparation scolaire" et ses remaniements successifs, J.M. De Queiroz, 2000, renvoie aussi à la division du travail d’éducation et de formation. Comme le souligne J. Houssaye, 1987, « la séparation est inhérente à la formation professionnelle telle que la conçoit la pédagogie traditionnelle». Ce que nous appelons l’orientation est donc une des traductions les plus apparentes de la relation qu’entretiennent système éducatif et monde du travail, déterminant pour partie l’ajustement entre eux, P. Champy-Remoussenard, 2008.

Le caractère dynamique et complexe de la relation formation-emploi est reconnu par les sociologues, l. Tanguy, 1986, comme par les économistes, JJ. Paul, 1986. la thématique des relations formation-emploi convoque l’interface de deux systèmes instables: le système productif et le système éducatif. les évolutions démographiques générales, la conjoncture économique favorable ou défavorable, l’influence du progrès technique sur la qualification du travail et la mondialisation sont autant de facteurs qui sont susceptibles d’avoir un impact sur la relation formation-emploi.

La planification, fondée le plus souvent sur la prévision dans un monde évolutif mais stable, est entrée en crise au cours des années 70, pour laisser la place à la prospective, M.Godet, 1977. Dans le contexte de l’après-guerre, il s’agissait d’affecter des individus à des secteurs de production et à des emplois prioritaires puisque la plupart des secteurs de la vie économique étaient demandeurs d’une main-d’oeuvre faiblement qualifiée. Désormais, il s’agit davantage de gérer des incertitudes dans une conjoncture d’excédent d’offre de travail mieux formée et de faciliter l’appariement pour éviter au moins que coïncident chômage et postes vacants.

Le contexte idéologique s’est lui aussi modifié : la vision libérale du début du siècle dernier a laissé la place, dans l’après-guerre, à un interventionnisme planificateur keynésien. Le retour des valeurs libérales depuis le début des années quatre-vingt a changé les règles du jeu sur les marchés de l’éducation et de l’emploi par l’instauration d’une politique de dérégulation. Au début de ce XXI’siècle, on assiste à la réintroduction du rôle planificateur de l’État dans un univers instable caractérisé par une asymétrie d’information entre les acteurs sociaux.

La dynamique macro-économique des ajustements a-t-elle encore une pertinence dans un monde en mutation accélérée ? la perspective adéquationniste a prévalu dans les années 1960-1970 par le biais d’une politique volontariste de planification des sorties du système éducatif en fonction des sorties prévisibles de l’économie. la «nomenclature des niveaux de formation », adoptée en 1969, constitue encore aujourd’hui un repère pour les acteurs économiques et sociaux, et influence les représentations sociales en la matière (notamment les brochures de l’ONISEPqui informent les jeunes sur les débouchés), M. Duru-Bellat, 2005. Pourtant le modèle adéquationniste relève de la pensée magique. Par ce fantasme, nous rêvons « d’ajuster en tenon-mortaise offres et demandes d’emploi oubliant : 1. que les gens n’ont pas de bracelet électronique à la patte : ils peuvent partir, revenir, changer de travail, faire le garçon de salle après une formation de tuyauteur … ; 2. que plusieurs temporalités s’entrechoquent : celle des entreprises qui rêvent de personnes qualifiées, motivées, immédiatement disponibles et congédiables, les carnets de commande tenant lieu de code du travail; celle des chômeurs qui demandent du temps pour se former ; celle des structures d’insertion ou de formation, écartelées entre le temps-Iong-de l’accompagnement et le temps-court- de la rentabilité des mesures; celle des institutions au métabolisme plutôt lent ; enfin celle des horloges électorales … », (P. labbé in Le Monde du 10 mai 2006).

L’approche en termes d’adéquation formation-emploi repose sur une conception normative qui a pour angle mort, la qualification. L’évolution des conditions sociales d’exercice du travail, les changements impulsés par l’école, les transformations dans les modes de vie, l’institutionnalisation de l’alternance, la mobilisation professionnelle des jeunes, etc. tous ces facteurs énoncés par A.Monaco, 1993, obligent à penser dans un cadre plus large, ouvert sur les conditions d’accès et de maintien dans l’emploi. La circulation et l’utilisation des jeunes dans les entreprises dépendent des réseaux de canalisation de la main-d’oeuvre (voies de prérecrutement) et des besoins immédiats en termes d’emploi.

Quatre types de relation formation-emploi peuvent être mis en évidence, selon S. Chiracheet a/ii, 2006 :

– le « modèle de l’adéquation» pour les professions à accès réglementé ;
– le «modèle concurrentiel JI dans le cas où des diplômes très différents permettent l’accès à une profession ;
– le «modèle de la transférabilité Il des compétences dans lequel les diplômes donnent accès à un large éventail de professions ;
– le «modèle de l’émergence» qui s’observe dans les nouvelles professions pour lesquelles l’exigence de qualification professionnelle se construit progressivement.

Les enquêtes annuelles de l’INSEE soulignent le déséquilibre existant entre la structure de l’offre de formation et la structure des qualifications professionnelles de la population active. La transition formation/emploi traduit un rapport social en crise : "En quelques décennies, le passage de l’école à l’emploi s’est considérablement modifié. Plus long, plus aléatoire, souvent réversible, il ne débouche plus sur une entrée assurée dans la vie d’adulte, mais plutôt sur une succession de situations  incertaines. Dans cet espace et ce temps dominés, les trajectoires individuelles comme les identités scolaires, sociales, professionnelles sont fortement interrogées", F.Vergne, 200l les manifestations anti CPE(contrat nouvelle embauche) de mars 2006, illustrent une fois de plus, l’incompréhension entre les acteurs du monde de l’entreprise et ceux de l’Éducation en France. l’un des défis majeur de ces prochaines années sera de réaliser une concertation étendue mobilisant l’ensemble des partenaires sociaux sur les rapports formation/emploi, de telle sorte que les réalités de la vie des entreprises ne soient plus étrangères aux milieux de la formation, et que les préoccupations de ces derniers soient aussi entendues des premières.

Tous les employeurs n’ont pas la même culture du diplôme. L’étude « le monde des PMEvis-à-vis du système éducatif ", DEP-MEN,2004, révèle que 84 % des petites entreprises interrogées n’ont jamais eu recours aux organismes de formation continue des écoles d’ingénieurs et de gestion et des universités. la situation évoluera probablement plus favorablement dans l’avenir sous l’impulsion de la validation des acquis de l’expérience (VAE) et du droit à la formation individuelle (OIF).

"La relation éducation-emploi, pivot de la méritocratie, continue d’être affectée par l’origine sociale", M.Ouru-Bellat, 2006.

Bon nombre de travaux montrent que la correspondance entre formation et emploi en termes de spécialité reste limitée : elle ne se réaliserait que pour environ 50 % des emplois, selon J.F. Germe, 2007; ce qui souligne les limites de la planification de l’éducation dès lors qu’elle vise à adapter strictement des flux de formation et des flux de recrutement.

Diplôme; Emploi; Employabilité; Formation; Validation des acquis;

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