PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Le succès de Larefonte des temps d’école dépend en grande partie des choix et des moyens mis en oeuvre par Lesvilles. Pour YVAN TOUITOU, chronobioLogiste spécialiste des rythmes du monde vivant, et JEAN-PAUL JEANDON, maire de Cergy, il est devenu urgent de placer l’intérêt de l’enfant au coeur des décisions.

Quel regard portez-vous sur la réforme des rythmes scolaires? Va-t-elle dans le bon sens ?

Yvan Touitou : Nous n’allons tout de même pas « bouder» une réforme qui reprend une partie des préconisations que nous, chronobiologistes, défendons depuis trente ans! Il faut se rendre à l’évidence, le système scolaire français ne fonctionne pas très bien. Nous sommes à la fois la se puissance mondiale et la 2Se en terme de performance de notre système éducatif, selon le classement de l’OCDE. Bien sûr, différents facteurs entrent en jeu, mais, d’une manière générale, la « fatigue» des élèves est souvent mise en avant.

D’où viendrait cette fatigue des élèves ?

Y.T. : Depuis la mise en place, en 2008, de la semaine de quatre jours, les enfants français ont le nombre de jours d’école le plus faible de tous les pays de l’OCDE (144 jours, contre 187 jours en moyenne, ndlr) et donc, par voie de conséquence, les journées les plus chargées. S’ajoute à cela un second problème. Avec la suppression de l’école le samedi, les enfants sont en situation de jet lag (autrement dit, de perturbation de l’horloge interne de leur corps, en raison des décalages horaires). Ils se couchent tard deux jours d’affilée et sont totalement désynchronisés. C’est comme s’ils effectuaient chaque semaine un Paris-New York !

Le décret donne une certaine latitude aux villes pour adapter le nouveau cadre national au contexte local. Comment ce changement est-il vécu à Cergy ?

Jean-Paul Jeandon : Cergy est une ville jeune qui a beaucoup misé ces dernières années sur la réussite éducative. Aussi, nous sommes très attachés au succès de cette réforme. La grande question n’est pas « Faut-il y aller? », mais « Comment? », La réforme impactera beaucoup les enfants, mais aussi les parents, les enseignants et le personnel municipal. La municipalité devra également faire toute une série de choix décisifs et mobiliser de nouveaux moyens. Nous avons donc voulu prendre le temps de l’expérimentation pour une mise en oeuvre, en connaissance de cause, à la rentrée 2014. Après avoir lancé un vaste processus de concertation en février dernier avec l’Éducation nationale, nous préparons désormais la rentrée 2013. Différents scénarios de répartition des temps scolaires et une nouvelle organisation des temps d’activité périscolaire seront ainsi testés auprès de deux écoles.

La réforme pose le principe du mercredi travaillé, avec des dérogations possibles en faveur du samedi. Quelle est votre position sur cette question ?

J.-P.J. : Je n’ai pas d’a priori sur ce sujet. L’objectif de nos expérimentations est justement de tester l’intérêt et la faisabilité notamment du mercredi travaillé. Les écoles connaissent déjà le scénario du samedi, puisque c’était celui qui prévalait avant la « réforme Darcos », En revanche, pour le mercredi, il y a différentes questions à régler. Par exemple : doit-on prévoir une cantine le midi ou que proposer aux enfants après le temps scolaire ? Les deux écoles participant à l’expérimentation testent le scénario du mercredi.

Y.T. : Pour ma part,j’ai toujours exprimé ma préférence pour le samedi travaillé, et ce, pour les raisons que j’ai évoquées plus haut. Le décret privilégiant le mercredi, sauf dérogation, il est probable que beaucoup de villes choisiront ce jour. Le choix du jour n’est cependant pas problématique si les parents veillent à coucher les enfants à des heures régulières, même le week-end. Les « bornes" du sommeil, c’est-à-dire les heures auxquelles l’enfant s’endort et se réveille, sont aussi importantes que sa durée. En somme, la mise en place d’une « école des parents" pour apprendre les rythmes de l’enfant pourrait être un préalable.

En limitant la durée d’enseignement à cinq heures et demie par jour, la réforme libère du temps. Que faut-il en faire ?

J.-P.J. : Tout sauf une garderie! Cergy voit clairement dans cette réforme une opportunité, un facteur de réussite scolaire et d’égalité des chances, reposant sur les projets locaux éducatifs concertés (PLEC). Les temps d’activité périscolaires (TAP) sont très précieux pour permettre aux enfants de développer d’autres apprentissages, en informatique, sport, arts … C’est pourquoi, dès le départ, nous avons posé à Cergy le principe d’un accueil entre 8 h 30 et 16 h 30, et celui de la gratuité des TAP. Il était impensable que la réforme pèse financièrement sur les ménages.

Y.T. : Nous avons aujourd’hui une occasion unique de replacer l’enfant au centre de nos décisions. Ne passons pas à côté ! Mon souhait est que tous les acteurs concernés, enseignants, parents et collectivités locales, se mettent autour d’une table et se posent la question de ce qui est mieux pour l’enfant. En effet, rien n’est plus important que sa santé et son éducation !

"REUSSIR LA REFORME SUPPOSE UN INVESTISSEMENT FINANCIER. MAIS RECULER DEVANT LE COÛT DE L’EDUCATION NE ME SEMBLE PAS UN SIGNE DE BONNE SANTE POUR UNE SOCIETE…"

Jean-Paul JEANDON, Maire de Cergy

"FINALEMENT, LA SEULE VRAIE QUESTION A SE POSER QUI SOULIGNE LA CENTRALITE  DE L’ENFANT DANS TOUTE REFLEXION OU DECISION EST  : QU’EST-CE QUI EST BIEN POUR L’ENFANT ?""

Yvan TOUITOU, Chronobiologiste

 

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