PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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CONSCIENCE: le concept de conscience possède une triple dimension, métaphysique, morale et psychologique. La conscience peut désigner, comme chez E. Durkheim, un phénomène collectif dès lors que l’on fait référence à l’existence d’un ensemble de valeurs communes au sein d’un groupe. « la conscience est un trait d’union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l’avenir », H. Bergson, 1889. Dans La transcendance de l’ego, J.P. Sartre, 1943, établit une distinction entre la conscience et le psychique: alors que la conscience est une immédiate et évidente présence à soi, le psychique est un ensemble d’objets qui ne se saisissent que par une opération réflexive et qui, comme les objets de la perception ne se donnent que par profils. Pour le moraliste, la conscience est un « espace de délibération pour les expériences de pensée où le jugement moral s’exerce sur le mode hypothétique », P. Ricoeur. La conscience morale est associée à nos expériences relationnelles depuis la petite enfance. la vie affective participe d’une conscience affective et d’une conscience intellectuelle qu’on ne distingue que sur le plan de l’abstraction. la conscience gestuelle est une forme de protoconscience où s’enracinent les ramifications multiples de la gestualité, V. Geste. la conscience se développe surtout avec les contacts avec autrui. Elle n’est pas un réflexe d’ordre supérieur, comme tendent à la décrire les associationnistes, mais le résultat de l’appropriation progressive par l’individu, de la culture à travers un système de signes, fournis par l’entourage. Pour L.S. Vygotsky, 1926, «la conscience est, pour ainsi dire, contact social avec soi-même,,: « la conscience se reflète dans le mot comme le soleil dans une petite goutte d’eau. Le mot est à la conscience ce qu’est un petit monde à un grand, ce qu’est une cellule vivante à l’organisme, un atome au cosmos. C’est bien un petit monde de conscience. le mot doué de sens est un microcosme de la conscience humaine» (d’après L.S.Vygotsky in A. Rivière,1990). La conscience n’est pas la réalité mais une activité pratique de sélection, un tamis filtrant le monde, un reflet infidèle, partial et subjectif, lacunaire. On parle de « conscientisation » avec le pédagogue brésilien P. Freire, 1971, quand « l’éducation pratique de la liberté» conduit à souligner la finalité de tout apprentissage: conduire à la maîtrise de son environnement et à la maîtrise politique de son développement. Pour P. Freire (1921-1997), « Les oppresseurs veulent transformer la mentalité des opprimés et non la situation qui les opprime, pour que ceux ci,mieux adaptés à cette situation, soient mieux dominés ». Dans un autre contexte théorique et avec un autre point de vue, A.R.Damasio, 1999, relie corps, émotions et conscience en montrant les fondements neurobiologiques du Soi. Comment le cerveau crée-t-il ce sentiment de nous-même dont nous faisons l’expérience lorsque nous pensons quelque chose? «La conscience est la seule source du drame de la condition humaine. Bien sûr, elle nous donne les moyens de créer une vie meilleure, pour nous et pour les autres, mais le prix à payer pour cette existence meilleure est élevé: il y a un risque, le danger, la souffrance; mais aussi la connaissance du risque, du danger, de la souffrance et, pire encore, la connaissance de l’absence ou du caractère inatteignable du plaisir, une fois qu’on sait ce qu’est le plaisir… Cela ne signifie pas pour autant qu’il s’agisse d’une tragédie. Nous disposons en effet, jusqu’à un certain point, de plusieurs manières certes imparfaites, d’orienter, individuellement et collectivement, notre créativité et, se faisant, d’améliorer l’existence humaine plutôt que de l’empirer. Ce n’est pas une tâche facile, et nous ne disposons pas de mode d’emploi: nos progrès seront parfois minces, et la perspective d’un échec toujours présente. Pourtant, si nous parvenons à bien orienter notre potentiel créateur, même modestement, nous permettrons encore une fois à la conscience de remplir son rôle de régulateur homéostatique de la vie. Mieux savoir permet de mieux vivre. L’esprit est un état mental qui intègre, avec intentionnalité, l’ici et le maintenant d’une situation, et le vécu intime associé. La neurobiologie explique, de la même façon, pensées objectives et pensées subjectives. Toute représentation psychologique· a un équivalent neurobiologique. Les neurosciences ont la prétention d’être une clef de la compréhension des processus d’apprentissage, des comportements sociaux, des dysfonctionnements neurologiques et mentaux. Les architectures neuronales de la conscience se décrivent comme un « phénomène, réel, naturel et biologique, littéralement localisé dans le cerveau », Revonsuo, 2001, c’est-à-dire « entièrement causé par des processus neurobiologiques et réalisé dans des structures du cerveau» mais « le trait essentiel que nous devons expliquer est la subjectivité unifiée et qualitative », Searle, 2000. Il faut distinguer, parmi les bases neuronales de la conscience, celles concernés par: les états ou niveaux de conscience (veille, sommeil, rêve… ), le contenu de l’expérience consciente. Pour le neurobiologiste, J.P. Changeux, 2005, l’espace conscient est un «espace de simulation, d’actions virtuelles où s’évaluent: buts, intentions, programmes d’action … en référence avec l’interaction avec le monde extérieur, les dispositions innées, le soi et l’histoire individuelle, les normes morales et les conventions sociales internalisées ». Interrogeant les Formes et formation du rapport au savoir, N.Mosconi, J. Beillerot et C.Blanchard-Laville, 2000, considèrent que « la vie ne se limite pas à un langage et une action organisés par la rationalité consciente mais que le sujet a aussi une vie inconsciente, imaginaire et fantasmatique, liant représentations, et affects, qui est agissante sur une grande partie de son existence et, en particulier, sur son désir de savoir, ses apprentissages et toutes ses pratiques en lien avec les savoirs ». Pour J. Guichard, 2003, s’appuyant sur les analyses de F. Jacques, la conscience de soi est fondamentalement trinitaire: « Elle se fonde sur un "dialogue" mettant en jeu trois positions: celle du "je" qui énonce quelque chose à "tu", celle du "tu" qui répond, à "je" et enfin celle du "il/elle", à propos duquel des "tu» dialoguent" ». Selon H.Glock,2003, c’est une erreur de rechercher l’essence de la conscience en tournant son attention vers sa propre conscience. Ce dont on a besoin, c’est d’une enquête sur la façon dont le mot « conscience» et les termes associés sont utilisés. La conscience n’est pas seulement la relation qui existe entre le sujet et le monde, elle est un jeu subtil entre imbrication et dés-imbrication du monde et du sujet. Chaque être humain, à l’instant même où il s’éprouve comme «quelqu’un », devient un point focal de l’univers, un être sensible qui construit un rapport singulier avec le monde. Or s’il y a une chose que nous ne pouvons pas nier, c’est notre conscience individuelle. C’est donc d’elle qu’il faut partir pour nous orienter dans la vie. Cerveau; Intentionnalité; Rapport au savoir; Sens (quête de … )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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