PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Educavox – le 27 février 2014 :

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Ce billet fait suite à l’article de Jeff Tavernier (rédacteur Educavox) intitulé « Les nouveaux visages de l’autoformation des enseignants[1] ». Dans son écrit, l’auteur explique que des « îlots bonifiés à la classe inversée, ces pratiques pédagogiques questionnent les cadres de l’Education nationale. En effet, ils se diffusent comme traînée de poudre d’établissement en établissement sans utiliser aucun canal officiel. La formation initiale et continue semblent bien démunies face à ces innovations pédagogiques qui parfois naissent mais surtout fleurissent sur la toile […]. » De ce fait, entre « d’un côté, l’autonomie et liberté pédagogique prônées dans tous les discours et de l’autre, le contrôle de la formation et des pratiques de classe de fonctionnaires de l’Etat, se dévoile sous nos yeux une institution qui se reconfigure lentement sous la pression du numérique… »
 
Jeff Tavernier a, à mon sens, mis en exergue ce qui constitue le « nerf de la guerre » de cette époque. En effet, il faudrait être aveugle pour ne pas constater que, même si on ne le voulait pas, le virage du numérique est pris. Il est trop tard pour faire machine arrière. La société actuelle est une société de l’apprentissage informel. C’est vrai pour les enseignants qui en apprennent bien plus sur les blogs de leurs collègues que dans les animations pédagogiques. Mais c’est également vrai pour tout le monde. Observons-nous ! Que faisons-nous quand nous ne savons pas quelque chose ? On visionne la recette sur Youtube. On écoute les conférences sur des universités en ligne. On va chercher la définition sur Wikipédia. On regarde où cela se trouve sur Google Maps. Des milliers de gens font des choses merveilleuses juste en ayant appris avec internet. Le savoir est à portée de clic (et de doigt sur nos smartphones et nos tablettes) partout où nous nous trouvons.
 
Dans ce monde du savoir informel que devient donc l’enseignant ? Il n’est plus le seul détenteur de la connaissance, son piédestal s’est brisé. Pour autant son utilité est plus jamais affirmée. Son rôle change. Il n’est plus de transmettre le savoir mais d’apprendre à le trouver, à le comprendre, à le critiquer, à le dépasser. Il devient une ressource, un accompagnateur qui fait le lien entre l’apprenant et les outils de transmission du savoir. Il est évident que cette nouvelle mission inquiète. Cela fait peur car le petit monde stable de l’éducation est en train de s’effondrer. Demain, la préparation de la classe sera chamboulée. Il ne sera plus question d’arriver en classe avec sa fiche de préparation à suivre. La trace écrite à copier au tableau consciencieusement inscrite sur sa feuille. Il faudra s’adapter, rebondir, gérer la demande qui arrive sur le grill comme une commande dans un restaurant. Ce ne sera pas simple mais beaucoup plus passionnant. Je pense d’ailleurs que les collègues utilisant la PMEV, les pédagogies actives ou la pédagogie inversée, souvent marginalisés par l’administration, seront à l’avenir de solides piliers pour soutenir ce changement.
 
De même, on pourrait se demander ce que va devenir l’inspecteur ou le conseiller pédagogique dans ce chamboulement. Il apparait que leur utilité est plus que largement remise en question. Dans l’informel, il n’y a plus de repère pour noter en remplissant des grilles et en cochant des cases. La multitude d’informations acquises, chacun à son rythme, ne le permet pas. Peut-être que ce chamboulement de l’informel permettra de mettre en place un monde pédagogique dans lequel on fait confiance à l’enseignant et on le laisse réfléchir, construire, échanger. Peut-être …
Categories: 4.2 Société

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