PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In L’Expresso – le Café Pédagogique – le 17 décembre 2013 :

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Où trouver réflexion plus aboutie qu’en Seine Saint-Denis. C’est le département métropolitain où l’enseignement prioritaire est le plus important avec la moitié des élèves en ZEP, soit plus du double de la moyenne nationale. Certaines communes sont entièrement en ZEP. Encore, de nombreux établissements ne font-ils toujours pas officiellement partie de l’enseignement prioritaire malgré leurs caractéristiques. Le conseil général ne mégotte pas son soutien aux collèges. En 2014, 8 millions seront destinés aux actions éducatives, 20 millions au dépenses de fonctionnement et 140 millions pour les investissements. Vice-président du Conseil général de la Seine Saint-Denis en charge de l’éducation, Mathieu Hanotin donne le point de vue de l’élu de terrain sur ce que devrait être la réforme des ZEP. 

Comment expliquer cette concentration de ZEP dans le département ? 

 Aujourd’hui l’appartenance  à une ZEP se décide sur les critères sociaux du territoire. Or c’est différent de la composition réelle des établissements. Il y a souvent, en raison des stratégies d’évitement d’une partie de certaines familles, un effet grossissant dans les collèges. Enfin les choses évoluent parfois rapidement alors que l’appartenance à l’éducation prioritaire ne bouge pas. 

Pour nous, il faudrait donc individualiser beaucoup plus les critères, collège par collège, prendre en compte l’établissement et non le territoire. Cela pourrait faire l’objet d’un contrat renouvelé d’année en année afin que les moyens évoluent davantage en contact avec la réalité. Les besoins des collèges diffèrent aussi. Certains ont besoin de davantage de surveillants, d’autres d’un accompagnement culturel, par exemple. On attend donc de la réforme qu’elle individualise les contrats d’objectifs de façon à être plus réactif. 

Vous êtes pour la fin du label "éducation prioritaire" ? 

Oui il faut en finir. Il a aussi des effets stigmatisants qui renforcent les difficultés des collèges. Dans certaines communes, ca renforce des phénomènes d’évitement qui renforcent le handicap social. Le collège devient plus ségrégatif que le quartier. En ce qui nous concerne, au Conseil général, nous avons cessé de donner la même dotation financière à tous les collèges prioritaires. Grâce aux informations sociales tirées de la demi-pension, on a pu moduler notre soutien. On aidait 64 collèges. On va passer à 108 mais avec des budgets variables selon les difficultés, de 2300 à 7000 €. 

Ce système à la carte ne remettrait-il pas en cause les avantages des enseignants ? 

On est persuadé que la  prime ZEP actuelle, environ 90 € par mois, est tout à fait insuffisante. Elle n’est pas déterminante. Si on veut une certaine stabilité des équipes, parce que c’est cela l’enjeu, il faut une prime plus importante et, pour certains établissements , un recrutement par des postes à profil. On peut imaginer un engagement de 5 ans en échange d’une prime plus conséquente. C’est la seule manière que je vois pour assurer de la stabilité dans les équipe. Ca permettrait de recruter non pas les enseignants les plus expérimentés mais les plus motivés. 

Cette prime serait versée par le conseil général ? 

La prime doit être versée par l’Education nationale. Rien en nous empêche de notre coté de rémunérer des services faits en plus. C’est aussi à l’Education nationale de sélectionner les meilleurs professeurs pour ces élèves. Et le meilleur c’est celui qui a envie  d’enseigner en zep,   qui a un savoir être et un savoir faire, qui est sélectionné sur profil. 

Vous pensez que l’Education nationale est prête à cela ? 

Je défendrai ce point de vue dans le cadre de la réforme de l’éducation prioritaire. Mais tout le monde sait que ce n’est pas vrai que le concours prépare à tout. On peut très bien imaginer de permettre le recrutement de personnels particuliers , comme les préfets des études, ou de donner de nouvelles missions aux professeurs principaux pour animer vraiment les équipes. L’enjeu réel c’est le facteur humain. Je voudrais que chaque classe du 93 développe son projet transversal. 

Allez vous vous battre aussi pour la baisse des effectifs élèves en zep ? 

Les collège n’ont pas tous besoin des mêmes choses. Donc je crois que ce n’est pas la bonne solution. Créer une norme nationale ce serait nier les différences. Je prèfère faire confiance aux principaux et faire un recrutement sur profil. Les seuils actuels me semblent corrects. Enfin diminuer les effectifs par classe poserait de gros problèmes de locaux. 

Le conseil général soutient déjà des dispositifs personnalisés ? 

On essaie de trouver des solutions aux problèmes concrets des collèges. Par exemple on a un dispositif qui accueille les jeunes exclus des collèges. C’est un gros problème dans le département. On a ainsi recueilli l’an dernier 1300 jeunes qui sans nous auraient été à la rue. On pourrait aussi développer des profs référents spécialistes du décrochage qui prendraient en charge els élèves en délicatesse avec l’Ecole. 

Le lien famille école c’est aussi un sujet important ? 

C’est tout à fait prioritaire. On essaie de faire entrer les familles dans l’école déjà par le cadre architectural. Il faut à la fois sanctuariser le temps scolaire et sortir de la citadelle.  

Le ministère va réformer l’enseignement prioritaire. Vous ne craignez pas les sorties du dispositif ZEP ?   

Si on revoit la carte du prioritaire, le département 93 sera forcément le grand gagnant. On est tout à fait pour l’arrêt du saupoudrage et en faveur de contrats revus par établissement. 

Propos recueillis par François Jarraud

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