PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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On rappelle bien peu que les évaluations Pisa publiées en 2013, – qui ont fait dire à Vincent Peillon qu’il y a urgence à refonder prioritairement l’école primaire -, ont démontré que la France a acquis la triste réputation de pays le plus inégalitaire de l’OCDE : « le fossé n’a jamais été aussi grand entre les « bons » et les « mauvais » ». Il fallait donc très vite réformer les « rythmes scolaires », alors même que les élèves ainsi évalués avaient 15 ans en 2012 et ont donc fait leur cursus primaire de 2000 à 2008 (semaines de 4 jours 1/2 de classe et programmes de 2002) ! Ces mauvaises évaluations ne sont dues ni à la semaine de 4 jours ni aux programmes de 2008 ! En 2012, un ouvrage d’ATD Quart Monde rappelle qu’on ne peut envisager la question scolaire sans prendre en considération le contexte de la société et notamment les inégalités flagrantes subies par un certain nombre de familles en précarité. Pascal Percq constate qu’en 2012 la corrélation entre l’origine sociale d’un élève et ses résultats scolaires est devenue évidente !

Qui se préoccupe de ces constats, et que fait-on pour réellement y remédier ? Avant même d’avoir contraint les collectivités à activer des compétences éducatives, nouvelles pour beaucoup d’entre elles, pour appliquer cette réforme renforçant les inégalités territoriales, ces dernières existaient entre les écoles sans que ne soient proposées des solutions pour les réduire sensiblement.

Je compare ici trois territoires français dont l’école est censé donner à tous les enfants les mêmes conditions d’apprentissage et à tous leurs enseignants les mêmes conditions de travail.

1er exemple : une école de Corse, qui a séduit, à la rentrée 2014, une journaliste du Monde. Elle écrivait : (19/09/2014). « A 15 h 30, c’est la fin des cours à l’école primaire de Monticello, village de Haute-Corse. Mais pour les enfants, la vraie journée commence. Après les maths et le français, enfin les ateliers périscolaires. Ils se ruent dans la cour de recréation. Là, entre les toboggans et les babyfoots, des animateurs les attrapent au vol. Les élèves nagent, courent, chantent pendant une heure, puis reprennent le chemin de la maison. (Les enfants sont-ils en apnée en classe et se mettent-ils à respirer hors de la classe) ?

Monticello organise les ateliers périscolaires depuis mai 2013. « Il y a eu quelques cafouillages au début, mais on apprend vite, se félicite la directrice Stéphanie Mattei, tout le monde y a mis de la bonne volonté. »L’environnement s’y prête. L’école est nichée au cœur d’un vaste complexe sportif. A l’ombre des oliviers, des poneys se reposent. Une piscine publique agrémente le décor. Et bientôt, une ferme pédagogique, avec poules et lapins, sera aménagée sur une colline. « Le terrain nous appartient, explique l’adjoint du maire aux affaires scolaires, Jean Payen, « Il n’y a plus qu’à amener les animaux ». En 2007, l’école primaire de Monticello « n’en était même pas une, estime-t-il, il n’y avait que 5 classes et peu d’élèves ». Les Mattei (père et fils, ancien et nouveau maires) ferment l’établissement en juin 2012. Une nouvelle école, labellisée bâtiment écologique, ouvre trois mois plus tard. Elle abrite une dizaine de salles et 170 élèves (8 niveaux de classe de 21 à 22 élèves maximum donc, nda). Le mobilier y est ergonomique, adapté à la taille des élèves. Pour faire cours, les professeurs ont le choix entre la traditionnelle estrade ou de mini-amphithéâtres circulaires, « favorisant les interactions ». Une « salle d’expression » permet aux enfants de se réunir à l’écart des enseignants. Et les élèves, sont-ils mieux et meilleurs en classe ? « Nous n’avons pas encore évalué les résultats de nos efforts, admet la directrice ». » Dans une commune du Nord, un projet éducatif dans une école sans ces moyens en locaux ni en environnement, a généré dès le mois de décembre post-rentrée des différences substantielles positives, dans les apprentissages des enfants comme dans leur bien-être.

« De son côté, Michel Barat, recteur de l’académie de Corse, est séduit. « C’est le plus bel établissement de France, assure-t-il. La commune est désormais plus réputée pour son école que pour Jacques Dutronc ». Le chanteur yéyé a élu domicile dans une gigantesque maison avec piscine, surplombant le village. Une attraction touristique qui vaut bien un détour à l’école de Monticello ». Elle a de fait bénéficié de la présence de Vincent Peillon pour son inauguration.

2ème exemple : une école maternelle de la métropole lilloise dans laquelle agit une équipe pédagogique particulièrement mobilisée pour ses élèves. 261 enfants se répartissent dans les locaux sans surface « en trop », 27 par classe chez les plus petits mais 30 dès la MS. Étant DDEN pour cette école, je participais récemment au conseil d’école.

Quelles demandes des enseignants pour travailler le mieux possible avec leurs élèves ? Changer une porte d’entrée pour que celle-ci puisse être fermée de l’extérieur, sans mettre les enfants en danger, quand des parents peu respectueux des horaires resortent quand plus personne ne peut être présent pour fermer derrière eux la porte qu’ils n’hésitent pas à laisser ouverte. L’environnement de l’école n’est pas celui de Monticello ! De plus, contrairement à ce que j’ai constaté dans divers territoires pourtant moins affectés par un contexte social compliqué, il n’y a pas une ATSEM par classe. Une autre de leurs demandes est que des travaux soient faits dans la cour de récréation pour rénover une des surfaces qui génère de grosses flaques dès que la météo n’est plus celle de Corse.

Puis sont évoqués les problèmes de salles, toutes les activités relevant du programme ne pouvant se dérouler dans l’établissement qui ne possède pas les espaces adéquats. Il faut dès lors partager des locaux extérieurs avec une autre école et avec une association privée dont l’antériorité sur l’occupation de ce local par rapport aux élèves de cette école, lui donne la priorité pour choisir les plages temporelles lui convenant le mieux : les enseignants doivent s’y adapter.

Dernier point : une sortie prévue dans le projet de l’école ne pouvant se faire à cause du manque de transport adéquat : elle concerne deux classes de 30 élèves chacune, devant être accompagnés par 8 adultes. Or le bus le plus grand mis à leur disposition possède … 63 places !

Les représentants de la mairie, présents au conseil d’école, entendent ces difficultés et ne s’y montrent absolument pas indifférents, mais ils n’ont juste pas la possibilté de trouver des solutions pertinentes dans l’état actuel des choses. Mêmes conditions d’apprentissages pour les enfants, mêmes conditions de travail pour les enseignants !

3ème exemple : contact avec un collègue enseignant de Mayotte, territoire français dans lequel les écoles dépendent de l’Éducation nationale. Il m’a écrit : « L’école à Mayotte, département français de l’océan indien, fonctionne de façon dérogatoire à cause d’un déficit énorme de salles de classe. L’administration veut normaliser la situation en appliquant les rythmes nationaux mis en place là où la rotation n’existe pas… ». « Un système de rotations, 5h d’affilée le matin ou l’AM est utilisé parce qu’il manque au minimum 500 salles de classes ! Il faut aussi tenir compte du climat et surtout des conditions de travail qui sont rudes … Les collègues ne veulent pas basculer sur les rythmes nationaux parce que les conditions ne sont pas encore remplies (salles insuffisantes, manque de cantines scolaires, de matériels d’enseignement …) mais, je reconnais que ça permet aussi de s’occuper de la famille … ». Ici le collègue évoque l’importance de la famille.

Il a rencontré en métropole les chargés de mission du MEN pour les rythmes scolaires, qui lui ont dit ne pouvoir accepter que tout un département soit dérogatoire quant à l’application du décret ! Quelles propositions pour que ce décret puisse s’appliquer ? AUCUNE ! Il m’expliquait qu’un nombre non négligeable des enfants doivent marcher une heure pour venir à l’école et autant pour rentrer chez eux. Aucun moyen de manger sur place pour eux, va-t-on les faire rentrer chez eux le midi puis revenir pour une heure ou une heure et demi de classe ? 4 heures de marche dans la journée par delà cette journée scolaire ; et selon vous, quel type de « NAP » seront proposées à ces enfants ? Mêmes conditions d’apprentissages pour les enfants, mêmes conditions de travail pour les enseignants !

J’ai bien d’autres exemples que ces trois là tant mes tournées en France m’ont confortée dans l’idée d’inégalités que je savais présentes. Mais quand à ces inégalités déjà massives se surajoutent celles liées à la «  réforme », entre les enfants qui vont faire du poney et ceux qui pourront s’énerver ¾ d’h de plus par jour dans la cour de récréation, situation imposée et portée par la seule Éducation nationale, que reste-t-il de Nationale dans cette Éducation ! Le programme mais ensuite ?

On va me dire que j’exagère en prenant les exemples les plus extrêmes, mais outre le fait qu’il est aberrant de rappeler subitement à Mayotte qu’étant un département comme les autres, il doit appliquer cette loi, les écoles de Monticello, de la métropole lilloise et de Mayotte sont des écoles de la République, accueillant des écoliers de la République : un État démocratique se doit d’accorder à chacun de ces écoliers les mêmes conditions permettant que chacun d’eux puisse réussir. On est très loin du compte ! Ces trois écoles se trouvent dans des académies considérées comme durement touchées : voir pour la Corse et Lille l’Atlas du Céreq sur les risques sociaux d’échec scolaire, quant à Mayotte, un dossier que lui consacre La Lettre n° 46 de Solidarité Laïque constate que 73% des jeunes ont un niveau d’illettrisme important. Djoumoul Anzizi, maître formateur, confirme les inquiétudes du collègue quant à l’application de cette réforme. « Qui va les encadrer ? Des animateurs qualifiés recrutés par la mairie? ». Il n’y a pas ou peu de structures, d’activités de loisirs et d’encadrement de la jeunesse.

Dans « accélération du temps, crise du futur, crise de la politique », Carmen Leccardi (2011) constate que cette accélération conduit à la prédominance du court terme mais aussi à la difficulté grandissante de la construction de projets. Je circule en France et j’observe à quel point ce constat fait à un niveau très général entre tout à fait bien en résonance avec ce qui se passe pour ce qu’on dit être « la refondation de l’école ». On n’a pas voulu prendre le temps nécessaire de concertation, de formations, de construction pour que de réels projets voient le jour, impliquant tous les acteurs de la communauté éducative,  comment ces inégalités vont-elles être au moins estompées? Avec les demandes de l’AMF qui, pour des raisons budgétaires (qu’on ne peut critiquer) réclament que le PEdT imposé soit simple et se contente de reprendre « les activités périscolaires » déjà mises en place ! On entérine les inégalités. Mais les politiques refusent de l’entendre et de le voir. Et ce sont toujours les mêmes enfants qui en subiront les conséquences !

 « À force de sacrifier l’essentiel à l’urgence, on finit par oublier l’essentiel de l’urgence » Edgard Morin

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