PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

Print Friendly

In IFE – Observatoire de la Réussite Educative – 2014 :

Accéder au site source de notre article.


L’INJEP a fêté ses 60 ans dans les bâtiments de l’Assemblée Nationale, le 13 décembre 2013 : un lieu stratégiquement important, emblématique… Pour autant, la proximité physique influe-t-elle sur les prises de décision ? « Les députés vous entendent », certes, mais sont-ils prêts à écouter le contenu de ces rencontres de l’Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse axé sur le partage des savoirs, le matin, et le partage des pouvoirs, l’empowerment, l’après-midi ? Si nous pouvons être optimistes sur l’impact du contenu de la matinée, est-ce que nos 577 députés seraient prêts à reconsidérer les formes et le sens de la représentativité, notamment dans la gestion locale de leurs collectivités ? Ceci est moins sûr, même si, pour la première fois dans la Vème république, l’éducation populaire est clairement affichée dans la désignation même d’un ministère.
 

Problématiques

  • complémentarité, coordination et/ou continuité éducative
  • mobilisations locales / gouvernances et pilotages

 

Assemblée Nationale, 75007 Paris, France

C’est d’ailleurs, Valérie Fourneyron, Ministre des sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative, qui ouvre cette journée en saluant l’initiative de l’INJEP et le rapport d’Emmanuel Porte en tant que témoignage de la richesse des initiatives de terrain, des nouvelles formes d’engagement.  Rappelant le contexte de cette rencontre, Madame la Ministre précise que nous sommes en pleine réforme des rythmes scolaires où le tout scolaire est terminé. « Ma conviction est établie depuis longtemps, je suis persuadée que c’est dans l’éducation populaire que nous trouverons ce que les institutions publiques ne peuvent pas apporter (…) Dans la réforme des rythmes éducatifs, l’éducation populaire doit jouer un rôle de levier (…) pour mieux assurer l’articulation temps scolaire- temps périscolaire, coordination qui faisait défaut jusqu’à aujourd’hui. (…) J’ai à cœur que l’éducation populaire retrouve son esprit pionnier ». Et d’ajouter qu’un appel à projets de 3 millions d’euros sera lancé début 2014 dans la perspective de co-construire, avec l’éducation populaire, les politiques publiques. Citant en exemple les universités d’ATD quart monde et les concertations mises en place par la Politique de la ville, « vous voyez la parole est prise en compte et son côté décisionnaire ». Or, concernant les concertations du Ministre de la Ville et le rapport collectif Mechmache- Bacqué, force est de constater le succès du participatif et la faiblesse de leur caractère décisionnaire.

Olivier TOCHE, directeur de l’INJEP, conclut cette introduction par son choix, pour cette seconde édition, de la thématique de «l’éducation populaire, cette grande idée qui interroge la vie démocratique, les nouvelles formes de citoyenneté, le pouvoir par tous et pour tous. » 

Lors des premières interventions, Frédéric Chateigner (Equipe sage, Université de Strasbourg), est revenu sur l’« histoire de l’éducation populaire en tant que catégorie » , Jean-Claude Richez , chargé d’études et de recherche à l’INJEP, a rappelé les « dimensions internationales de l’éducation populaire, ses invariants en lien avec l’exercice de la citoyenneté », enfin, Emmanuel Porte (laboratoire Triangle, ENS de Lyon), présente les grandes lignes de son rapport sur « les pratiques non instituées d’éducation populaire.»

Frédéric Chateigner repère trois cycles, depuis 1789, dans l’évolution de l’éducation populaire. Le premier (1789- 1930), durant lequel les activités sont complémentaires de l’enseignement de l’école communale. L’école, républicaine ou catholique, reste le point de référence, le point d’ancrage de cette éducation populaire, notamment au XIXe siècle.

Le deuxième cycle est celui d’une autonomisation de l’Education  populaire vis-à-vis de l’ Ecole.

« Dans les années 60, il y a un besoin d’équipement et d’encadrement. Aujourd’hui, des groupes s’auto-organisent, sans pour autant rentrer dans des structures officielles. Rupture avec le modèle de l’animation et de l’équipement. » L’empowerment interroge désormais la posture de l’animateur et la question du savoir interroge la posture de l’Ecole.

Selon Jean-Claude Richez, les modèles ne se succèdent pas, ils sont en concurrence sur chacune des périodes historiques. Celui de l’Ecole a été dominant dans certaines périodes, aujourd’hui, le modèle des universtités populaires pourraient être en concurrence avec les modèles d’empowerment. Outre ce positionnement sur ces trois cycles, Jean-Claude Richez revient sur les dimensions internationales de l’éducation populaire en constatant:
–        pas d’exception française, elle est partout, avec un épicentre en Amérique latine par les démarches de développement communautaire ou intégral. L’acronyme JEP serait en revanche une exception, d’où une dynamique spécifique en France.
–        peu de travaux comparatifs,
–        l’accès à la culture prend des formes différentes en Europe, toutefois, l’Université Populaire est présente dans tous les pays d’Europe avec une comptabilité plus précise dans le nord, en Italie et en Espagne. La plupart de ces universités sont portées par les collectivités locales. Selon Jean-Claude Richez, ces universités n’ont pas qu’une approche éducative, elles ont une dimension d’émancipation, en référence aux conceptions de Paolo Freire parties du Brésil et devenues internationales. 

Face aux contraintes de temps de ces interventions, nous restons toutefois sur notre faim sur deux thèmes abordés: le premier serait l’explicitation des relations entre éducation et émancipation, relations variables, sinon antinomiques, selon les courants. Qu’un colloque sur l’éducation populaire ne parvienne pas à trouver le temps de mieux expliciter en quoi « éducation » et « émancipation » ne seraient pas compatibles est bien sûr particulièrement dérangeant. Quelles théories ou conceptions de l’éducation et de l’émancipation rendent possible une telle affirmation ? Le second serait une définition du « développement communautaire », dit « intégral » selon les lieux, voire d’expliquer les différentes acceptions de terme « community », des community organizing de Saul Alinsky aux autres formes organisées en Amérique latine.

Une question du public souligne la contradiction entre l’affichage du ministère de l’éducation populaire  et les DDCS qui affichent la cohésion sociale. Jean-Claude Richez  renvoie au texte du conseil de l’Europe sur la cohésion sociale comme processus d’émancipation et comme moyen de contrôle du lien social, ces deux politiques étant en tension. Ajoutant qu’il en est de même pour l’’éducation populaire qui est parfois sur ces deux logiques, comme l’a montré Frédéric Chateigner dans sa thèse. 

Pour sa part, Emmanuel Porte, doctorant au laboratoire Triangle, a repéré, via internet, des initiatives qui questionnent les nouveaux rapports aux savoirs, de nouvelles logiques d’émancipation, de nouvelles « pratiques non instituées d’éducation populaire ». Son rapport fait un double constat : celui du renouveau des pratiques et celui de pratiques pensées à partir de nouveaux outils (TICE, empowerment, logique de projet dans les milieux associatifs et des entreprises, …) Selon ce chercheur, ces nouvelles modalités de production et d’échanges dépassent les communautés elles-mêmes à travers des formes de travail collectif non hiérarchisées de plus en plus valorisées (Amap, wikipédia, …). Les distinctions classiques de bénévolat/salariat seraient remises en cause et largement dépassées par ces modes d’action. Un exposé très bien accueilli par le public, urbain et rural. 

L’éduc pop 2.0 : savoir par tous, savoir pour tous ? 

La première table ronde? a pris le parti de valoriser des éléments théoriques de l’éducation populaire, avec Hervé Le Crosnier (Université de Caen), Eric Favey (Ligue de l’Enseignement) et des illustrations pratiques visant le savoir par tous et/ou le savoir pour tous : Yoann Duriaux (association Zoomaccom/Movilab), Florent Lajous, (contributeur à wikipédia) et Alexis Kauffman (fondateur de Framasoft).

Selon Hervé Le Crosnier, l’informatique serait une pratique du discret et le numérique, une pratique du réseau où l’idée que les savoirs se transforment en conversation serait dominante, à l’opposée d’une démarche verticale de la diffusion des sciences. Idée d’autant plus séduisante que ces réseaux mettent en avant le caractère horizontal de leurs organisations et que « la circulation de l’information coûte 0 euro.» Une abondance de pratiques et d’informations convoitées par une vision néo-libérale de l’économie pour instaurer de la rareté alors qu’une majorité d’utilisateurs veut conserver cette abondance gratuite. Ce chercheur met en avant les fonctions d’Internet « pour redécouvrir les « communs », des ressources ouvertes au partage et des communautés. J’ai une idée, je la soumets à ma communauté, si elle est acceptée, elle devient une norme. La force « des communs » est de protéger et de diffuser ses savoirs collectifs. (…) Le risque est le passage de l’horizontalité à la verticalité d’entreprises ayant une volonté de domination. Google est le symbole même de ce contrôle et de la vente de ce traçage à des entreprises commerciales. »

L’analyse de ces nouveaux pouvoirs révèle une appétence des jeunes suscitée par l’autonomie, hors cadre institutionnel,  pour échapper parfois à « l’ennui des cours », (rappelant que 20 sms par heure seraient envoyés pendant les cours). Appétence pour des formes de  bricolage, d’agencement à partir d’éléments trouvés à droite ou à gauche, … Appétence juvénile pour « son côté narcissique, sa propre bulle culturelle, la valorisation de soi par la diffusion des connaissances,  éléments culturels (cf manga) , ils gagnent un capital social car ils sont reconnus pour avoir diffusé leurs créations (vidéo), leurs pensées, leurs réactions, … » Attirance des jeunes pour les qualités émancipatrices de ces nouvelles pratiques (cf printemps arabe, discours sur les événements par le biais de twitter, …) « alors qu’autrefois les journalistes avaient le monopole des discours. » 

Yoann Duriaux, par une intervention très remarquée pour son côté militant et provocateur, prône avec un florilège de termes techniques, la plupart anglo-saxons, l‘open source (logiciels libres), l’ouverture de « tiers lieux », le co-working, … Pour lui, le « tiers-lieu : c’est d’abord un collectif,  un espace, un lieu de travail, une organisation, pas de chef mais des leader en fonction des compétences, un langage spécifique, le numérique comme outil de médiation, une « vraie » gouvernance (décentralisation de la prise de décision), un service (le bistrot comme exemple de lieu d’échanges inter-générationnel, …), des usines collectives et, enfin, un message : « faîte le vous-mêmes ! » ».

Enfin, Alexis Kauffman, contrairement à l’intervenant précédant, propose une approche plus pédagogique en faisant, par FRAMASOFT, la jonction entre les Geeks et les « gens normaux » pour expliquer les logiciels libres. Seuls les dons individuels font vivre cette association pour  préserver ces logiciels libres (ou open source) des marchés privés. Chaque membre est libre dans ses usages pour étudier,  améliorer ou diffuser/ distribuer ces logiciels. A titre d’exemple est présenté « Traducton », une démarche collective pour traduire un livre à plusieurs pendant plusieurs jours et le mettre à disposition de tous dans un logiciel libre. 

Si Alexis Kauffman fait de l’éducation populaire sans trop le savoir ou le revendiquer, en revanche, Florent Lajous, contributeur de wikipédia, rejoint Yoann Duriaux dans la volonté de ne pas être étiqueté « éducation populaire », ce qui n’échappe pas à Eric Favey de la ligue de l’enseignement qui se questionne sur cette posture de principe tout en précisant : « N’importe qui peut se revendiquer ou pas d’une démarche d’éducation populaire. Il n’y a pas de label et on n’est pas obligé de s’accorder sur une même définition. Toutefois, nous pouvons nous entendre sur quelques caractéristiques qui fondent l’éducation populaire :

–          la capacité de permettre à chacun de s’alimenter dans un lieu commun et d’acquérir la capacité de le transformer, (c’est aussi propre à l’école),

–          partager l’affirmation « tous capables ! », on reconnaît mes capacités, capables d’apprendre et de produire,

–          la question des démarches pédagogiques qui reposent plus sur le principe de l’éducation par tous que sur celui de l’éducation de tous (propre à l’école avec les limites que nous connaissons),

–          surtout, l’éducation populaire est une capacité à mobiliser les cultures à des fins politiques, culture dans le sens de ce qui permet à chacun de choisir dans sa vie, se situer dans un temps et dans un espace, d’avoir la capacité de s’adapter, de se transformer, de transformer, d’améliorer notre condition commune,

–          une démarche publique ou volontaire et associative.

–          une logique d’action qui part du bas, quitte à s’inscrire dans des contextes de délégation au regard de la faiblesse des pouvoirs publics. » 

La question que j’aimerais poser à ceux qui se retrouvent derrière cette introduction est de savoir si, aujourd’hui, nous sommes capables de mobiliser la culture à des fins politiques, pour redynamiser la politique, pour redonner à la politique son statut de décider ensemble comment nous voulons vivre ensemble. » 

Et de conclure par ces questions fondamentales : « Sur la question éducative, que faisons-nous pour que les jeunes soient mieux équipés pour se construire ? Que faisons-nous pour mieux articuler l’école et tout ce qui se passe à l’extérieur ? (…) Il faut savoir marier culture et politique par des logiques participatives, même s’il y a une méfiance parfois ressentie. »  

 LEMPOWERMENT : pouvoir par tous, pouvoir pour tous 

Hélène Balazard (CETE de LYON/ DETC, chercheuse associée à la chaire Unesco « Politiques urbaines et citoyenneté »), a présenté de manière « didactique » cette notion d’inspiration anglo-saxonne tout en détaillant ses ambigüités et ses limites dans le contexte français. Suite à cette introduction, deux représentants associatifs ont exprimé leurs conceptions et leurs mises en œuvre d’une forme d’empowerment : Pascal Aubert pour le collectif « Pouvoir d’agir », et le grenoblois Adrien Roux pour « Alliance citoyenne ». Régis Cortésero, chargé d’études et de recherche à l’INJEP, et Daniel Fredout, directeur national des MJC, représentant du CNAJEP ont conclu cette dernière table ronde.

Hélène Balazard se demande, en premier lieu si empowerment est  traduisible. Elle distingue deux dimensions : le pouvoir et le processus individuel et collectif pour y arriver. L’expression « pouvoir d’agir » est souvent citée comme son équivalent français. Plus qu’une expression, l’empowerment est également un concept qui ne se marie pas facilement avec l’idéal républicain français, contrairement à une philosophie politique anglo-saxonne dont il est issu. Selon la chercheuse, l’unilatéralisme français s’opposerait au pluralisme anglo-saxon, il en serait de même entre l’intérêt général qui transcenderait les intérêts particuliers et le bien commun défini par tous, collectif et individus (cf lobbying reconnus comme acteurs de la démocratie anglaise). Dans ces deux philosophies politiques, la définition du pouvoir est ainsi différente, d’un côté une conception représentative, outre-manche, une conception pragmatique et utilitariste. Depuis 5 ans, dit-elle, cette notion d’empowerment est à la mode en France. Depuis la fin des années 70 et l’échec de l’institutionnalisation de la plupart des mouvements populaires, l’importation de cette expression passe pour la nouvelle promesse de la participation citoyenne, d’une démocratie active.

Historiquement, l’empowerment renvoie aux USA à :

> Un mouvement radical

–        reconnaissance des groupes pour mettre fin à leur stigmatisation, l’autodétermination des ressources et droits publics (mouvements féministes et des droits civiques),

Cette approche suppose trois dimensions : l’émancipation individuelle, l’émancipation collective, le tout pour un projet politique de transformation sociale, de justice, de « conscientisation », de pouvoir exercé par le bas… 

> Un modèle social libéral

–        articuler la défense des libertés individuelle avec une attention, cette fois, à la cohésion sociale, souvent utilisée dans les luttes contre la pauvreté et contre les discriminations. Une version où moins de pouvoir est exercé par le bas. 

> Un modèle néo-libéral

–        gestion de la pauvreté : les ressources des habitants sont secondaires, on gère la pauvreté et les quartiers dans le cadre d’une économie de marché, du management en entreprise, …

Une politique publique d’empowerment : n’est-ce pas contradictoire ? En Angleterre, c’est inscrit dans une politique comme en France avec l’Education populaire. N’est-ce pas une manière de déléguer dans un contexte de budget contraint ? Hélène Balazard se demande, à juste titre, si cette expression n’est pas devenue à la mode en France au regard du contexte budgétaire. « En Angleterre, l’empowerment est devenu le nom d’une politique publique, voire celui d’un ministère…, ce qui pose des questions par rapport à l’intervention de la ministre ce matin… »

 

EMPOWERMENT : une réponse aux limites de la démocratie ?

Démocratie ou oligarchie qui s’autonomise des citoyens ?    Prenant exemple, sur les « London citysen » sur lesquels  Hélène Balazard a fait sa thèse, l’empowerment est un pouvoir à prendre, voire à reprendre, par la « société civile, vis-à-vis des représentants politiques et vis-à-vis du marché. » La question du rapport de force entre représentants politiques et représentants de la société civile est alors centrale, la version radicale de l’empowerment, par sa logique « bottom- up », peut obliger les représentants politiques à rendre des comptes de leurs actions. Cet aspect permettrait de dépasser les limites de la démocratie participative, tel que le souhaite le rapport Mechmache-Bacqué. Nous vous invitons à prendre connaissance de la pertinence de leurs propositions par le lien suivant : www.missionparticipation.fr

Hélène Balazard conclut en demandant aux deux intervenants suivants : « A quelles conditions l’empowerment peut devenir un outil de transformation sociale ? »

 

Pascal Aubert explique que son collectif Pouvoir d’agir est parti d’une vision pragmatique située dans des quartiers de la politique de la ville, en particulier, d’un regard très critique sur les démarches participatives des quinze dernières années (conseil de quartiers, budget participatif, …) Le constat est que ces démarches ne fonctionnait pas, toujours les mêmes personnes se mobilisaient. « Nous sommes partis de l’hypothèse d’une crise de l’offre et non de la demande. »  Intégrant les centres sociaux pourtant perçus comme des intermédiaires entre les offres spontanées et les institutions. Selon « Pouvoir d’agir », les quatre bonnes raisons de cet échec sont :

–        les actions sont déjà choisies avant consultation,

–        pas de grains à moudre si tout a été décidé par des gens qui veulent faire « pour », « Ce qui est fait pour moi, sans moi, est au bout du bout fait contre moi »

–        la disparition de la dimension de l’action collective dans la résolution de problèmes,

–        Incapacité à gérer le conflit, alors que le conflit est consubstantiel à la vie d’un groupe pour créer à partir de la résolution des conflits.

« Ce pari de résoudre les choses collectivement s’est perdu au fil des années, où est aujourd’hui le plaisir de l’action collective, même si on est dans des situations difficiles ? (…) Dans une vraie perspective, les projets partent des besoins des habitants et les actions sont menées par eux jusqu’au bout. » Une conclusion qui incitera nos lecteurs à les suivre sur leur site : http://pouvoirdagir.fr/

  

A partir d’un diagnostic proche de celui de « Pouvoir d’agir », Adrien Roux et Alliance citoyenne, constate :

–        Que donner la parole aux gens ne suffit pas,

–        Une faible capacité à se faire entendre par ceux qui ont le pouvoir,

–        Une capacité d’action limitée,

Dans une perspective de nouveau pragmatique, «en partant des besoins des gens, le community organiser va à la rencontre des gens pour faire l’inventaire des colères partagées, il est  « le tisseur de liens (horaires de nettoyage comme problèmes entendus de nombreuses fois, telle école de la Villeneuve en mauvaise état, un bailleur, une université, etc.) De là, on construit le collectif et on réfléchit aux structures et personnes qu’il faut aller démarcher. On vérifie si les réponses apportées sont vraies, si non, des actions coups de poing sont mises en place. »

Pour des exemples d’action coup de poing, nous vous invitons fortement à consulter leurs vidéos, pour leur détermination et leur humour, vidéos présentes sur leur site :  http://www.alliancecitoyenne-ag.org/

L’animateur de cette table ronde, Pierre-Jean Andrieu, soulève une double exigence, qui n’est pas le parti pris d’Alliance citoyenne, à savoir infléchir les pratiques des acteurs institutionnels sans oublier d’interroger les habitants sur leurs propres pratiques, voire à les faire évoluer elles-aussi. 

 Dans le cadre des questions à la salle, je demande à Hélène Balazard, au titre de cet Observatoire, s’il y aurait des éléments comparatifs, des enseignements à tirer du positionnement des « community organising », en France et en Angleterre, entre une Politique de la Ville qui tente de" récupérer" l’empowerment ici, et les collectivités locales qui n’apprécient pas toujours l’indépendance de certaines associations. L’enjeu est comment construire ensemble et quelles leçons tirer de ces expériences ?

Hélène Balazard répond que le « community organizing » se pose en contre-pied des politiques de la ville anglaises, telle New Deal for communities, pour interroger sur ce qu’ont apporté ou non les millions de livres investis dans le quartier.  « London citizen » est par exemple très critique et incite les politiques à rendre des comptes. Toutefois, comme en France, la chercheuse précise que David Cameron et sa politique spécifique, Big society, a mis en place des « community organiser » en voulant « surfer » sur le succès de certaines organisations, 5000 lors de l’annonce, mais, au final, 500 puis 100. Par rapport aux trois versions d’empowerment développées, il convient de savoir de quel pouvoir parle-t-on ? La réalité est parfois plus complexe que cette typologie de trois modèles, « London Citizen » construit un pouvoir pour inciter les politiques à rendre des comptes mais cette indépendance peut opérer quelques glissements sous l’influence du politique…

L’animateur Pierre-Jean Andrieu fait l’hypothèse, qu’en France, la Politique de la ville a peut-être détruit ce type de démarches en passant d’une période où l’on reconnaissait les ressources des habitants et les dynamiques locales à un regard stigmatisant sur les habitants, non définis par leurs ressources, leurs capacités, mais par leurs handicaps. Pierre-Jean souligne cette contradiction qui est de disqualifier des habitants et de vouloir ensuite mettre en œuvre des démarches d’empowerment. « Cette démarche, ajoute-t-il, part d’un changement de regard sur la société, la politique de la ville est peut-être l’exemple le plus étonnant de ce type de représentation négative. Si l’objectif n’est pas d’améliorer la vie des gens mais de réduire l’écart entre ces quartiers et l’agglomération, qu’est-ce que l’on va faire de l’empowerment derrière ? L’empowerment, c’est un changement de regard et de faire l’hypothèse que les gens ont des ressources, individuellement et collectivement. »  

Pascal Aubert, pour Pouvoir d’agir, revient sur la présentation de son collectif en la situant, pour ses membres, dans une approche radicale et une autre sociale-libérale, soutenir des initiatives qui partent de la base suite à des besoins partagés, quels que soient les particularismes des individus. « Certains sont dans une visée radicale et d’autres, comme ATD quart monde, vont tenter d’aider, de remettre en mouvements les gens les plus fracassés sur un territoire. Les universités populaires de parents montrent qu’une remise en mouvement collective permet aux parents de se mobiliser dans la réussite éducative de leurs enfants et de produire des connaissances éducatives sur un mode partagé. Et puis, il y a d’autres acteurs qui s’interrogent sur leurs pratiques, des centres-sociaux, mais aussi des missions locales qui nous ont rejoint, qui se disent : peut-être  qu’on a fait fausse route ? (…) L’idée qu’il y a une culture populaire qui, en tant que telle, est porteuse de capacités, de débrouilles, de systèmes D, …, une représentation opposée à celle de la politique de la ville. Si on ne casse pas cette dernière représentation, on fait fausse route. (…) Notre légitimé, en tant que structures intermédiaires, viendra de notre capacité à remettre en mouvement les milieux populaires. » Il rappelle notamment que les propositions du rapport Mechmache-Bacqué n’ont pas été beaucoup reprises parce que les élus locaux se méfient du contenu. Ils ont besoin d’être convaincus pour que des démarches indépendantes redynamisent le local.

Adrien Roux, pour Alliance citoyenne, s’est appuyée sur le financement de fondations pour son indépendance, sur l’importance de l’engagement militant. Quant à son positionnement entre politique de la ville et collectivité locale, Adrien Roux précise que l’association a des alliés dans le droit commun (animateurs, travailleurs sociaux) qui s’investissent de manière cachée, ou, des « alliés de l’intérieur » pour créer une pression et des relais dans chaque institution avant de passer le relais au noyau de l’alliance pour les actions coups de poing.

Hélène Balazard explique que l’Alliance citoyenne n’en est pas au niveau du London Citysen qui est parti du local, des quartiers pour devenir un groupe municipal, voire national, auquel les politiques rendent des comptes. Il y a toutefois une vigilance à avoir car ce groupe oscille entre le modèle radical et, parfois, le modèle néo-libéral, ce qui est une dérive potentielle. 

« Peut-on penser l’empowerment comme un partage des pouvoirs indépendamment du partage des richesses ? », demande Pierre-Jean Andrieu. Pouvoir d’agir et Alliance citoyenne se rejoignent pour dire qu’il faut partir du local pour s’organiser, s’armer dans des luttes concrètes pour impulser de la « conscientisation », notamment pour redonner du sens aux représentants des corps intermédiaires « à la rue aujourd’hui », rôle que jouaient les syndicats désormais en rupture de représentativité avec les milieux populaires. Il faut redynamiser ces structures intermédiaires.  

Régis Cortésero ajoute qu’il faut certes partir du local mais également monter en généralités, et de conclure cette table ronde en demandant comment articuler les débats de ce matin (éduc pop) avec ceux de cet après-midi (empowerment) tout en étant optimiste dans l’action et vigilant quant aux risques de dérives néo-libérales ? 

Conclusion de Cynthia Fleury (philosophe et psychanalyste)

Sébastien Bouteix
Chargé d’études à l’Observatoire POLOC, IFE, ENS de Lyon

Categories: 4.2 Société

Répondre