PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Ile de France – le 24 avril 2013 :

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C’est une histoire de personnes. Une histoire qui commence vers 1996, avec la rencontre de « quatre enseignants qui travaillent ensemble à Savigny-le-Temple (77), et autour de valeurs communes : une attention pédagogique particulière aux élèves en difficulté, l’organisation de voyages, de projets extrascolaires. Et surtout une envie partagée de s’investir plus encore. »

C’est l’histoire des microlycées en Île-de-France. Et c’est Éric de Saint-Denis, cofondateur du premier établissement francilien de ce type et actuellement professeur au microlycée de Vitry-sur-Seine (94), qui la raconte, alors que le conseil régional vient d’annoncer sa volonté de multiplier par quatre le nombre de ces structures en Île-de-France, pour le porter à 16.

« L’école publique, recours de l’école publique »

Éric de Saint-Denis est l’un de ces professeurs passionnés qui, il y a une quinzaine d’années, ont commencé à réfléchir à un projet pour aider ceux que l’on n’appelait pas encore à l’époque les « décrocheurs ».

« Nous aimions travailler avec des élèves dits difficiles, des classes dont personne ne voulait, se souvient l’ex-délégué général de la Fédération des établissements scolaires publics innovants (Fespi). Mais nous avions envie d’aller plus loin. Nous sommes entrés en contact avec une association grenobloise, La Bouture, qui travaillait déjà sur le décrochage scolaire. »

Éric de Saint-Denis et ses collègues se lancent dans la création d’une petite structure destinée aux élèves qui ont complètement lâché les bancs de l’école depuis au moins un an. Elle devra exister au sein de l’Éducation nationale, parce qu’« il faut que l’école publique soit le recours de l’école publique », martèle le professeur d’histoire-géographie.

Sur la base du volontariat

Le premier microlycée francilien ouvre en 2000 à Sénart (77). Son but : accueillir des jeunes qui ont quitté le système au niveau de la fin du collège ou du lycée, et les accompagner jusqu’au bac, et, pour ceux qui le souhaitent, à des études supérieures. Tout repose sur une démarche volontaire des jeunes : celle de tenter de revenir à l’école. Et c’est loin d’être une évidence quand on en a été éloigné depuis plusieurs mois, en raison de parcours émaillés d’accidents de la vie familiale, sociale, scolaire…. « Ces jeunes ont une vie compliquée. Il nous faut leur offrir un cadre, une structure qui, à nouveau, les amène à se reconstruire en tant qu’élèves, et surtout en tant que personnes. »

Au microlycée, on travaille en effet avec « l’élève réel, pas idéal, souligne Éric de Saint-Denis. L’équipe doit faire avec, pour le mener le plus loin possible. » Et reconstruire l’envie de la réussite scolaire est un travail quotidien. « Nos élèves, chaque matin, se demandent s’ils vont revenir à l’école ou pas. » Certains sont d’ailleurs régulièrement absents et 20% d’entre eux abandonnent finalement chaque année. Pourtant, avec des taux de réussite au bac de 80% dans les trois microlycées de l’académie de Créteil (94), les résultats sont au rendez-vous.

« Ni recette, ni miracle »

La recette magique ? « Ni recette, ni miracle », prévient Éric de Saint-Denis. Mais un accompagnement quotidien, des professeurs investis, une structure à petite échelle, du cas par cas et une organisation qui se démarque de celle des lycées « classiques ». Encore une fois, une histoire de personnes. Notamment du côté des enseignants qui ont tous choisi de travailler dans ces structures. « Nous passons plus de temps dans l’établissement, nous cultivons une plus grande proximité avec les élèves que dans les lycées traditionnels. » Ici, pas de salle des profs, par exemple : « Nous partageons la même salle de travail que les élèves. Cela aide à créer des liens. » À Vitry, l’équipe enseignante compte 11 personnes à temps plein. Les élèves, eux, ne sont pas plus de 90, comme dans les trois autres microlycées franciliens.

Ces structures aux effectifs resserrés sont hébergées dans les locaux des lycées, gérés par la Région – hormis celui de la Courneuve (93), installé pour l’heure dans des locaux de la municipalité avant d’intégrer, en 2014, le nouveau lycée du Bourget (93). Le conseil régional, qui avait fait de la lutte contre le décrochage sa grande cause 2012, a permis aux microlycées d’obtenir des salles de classe, mais aussi une forme de reconnaissance.

Reconnaissance du problème des décrocheurs

« On a su nous donner de la place. Les choses ont beaucoup évolué depuis 2000, se félicite Éric de Saint-Denis. Il y a 15 ans encore, on niait les décrocheurs, aucune statistique n’était disponible : le problème n’existait pas. Entre-temps, il y a eu, tant au niveau national que régional, une réelle reconnaissance du problème et des tentatives de le prendre en charge. »

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