PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

In L’Express – le 13 juin 2014 :

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N’attendons pas de savoir si le numérique améliore les apprentissages pour le diffuser massivement. Car la question est ailleurs. La chronique d’Emmanuel Davidenkoff, directeur de l’Etudiant. 

Apprend-on mieux avec le numérique? La question occupe une bonne partie des débats entre "pro" et "anti" innovation. Les premiers sont sommés de prouver que le recours aux diverses technologies qui s’installent dans les établissements, de la maternelle au supérieur, améliorent "l’efficacité" des enseignements – qu’il s’agisse de la tablette tactile, du tableau interactif, des cours massifs en ligne (Moocs) ou des Environnements numériques de travail (ENT). Les seconds doutent et diffusent le doute, d’autant plus aisément que, faute de recul, les études nationales et internationales ne permettent pas, à ce jour, de trancher. Cette question de l’efficacité est légitime. Mais est-ce la bonne ? ADVERTISEMENT

Les enfants, adolescents et jeunes adultes qu’accueillent nos écoles, collèges, lycées et institutions d’enseignement supérieur vivent dans un monde numérique. Ils l’utilisent aujourd’hui pour communiquer, jouer, s’instruire, s’informer ; ils l’utiliseront demain pour travailler, conduire, soigner et se soigner, consommer, et toujours communiquer, jouer, s’instruire, s’informer… Le numérique est omniprésent et c’est avant tout à ce titre que l’école doit s’en emparer, qu’il se révèle ou non "plus efficace" en termes d’apprentissages.  

Des risques accrus d’inégalités

Elle le doit d’autant plus impérativement que si l’on renvoie aux seules familles la responsabilité d’instruire les enfants de ce monde, des écarts délétères se creuseront, au profit, comme toujours, des plus éduqués. Qui, sinon l’école, peut garantir que tous les enfants et adolescents seront instruits à la fois du potentiel et des périls des technologies numériques ?  

Ceux qui se défient du numérique devraient même être les premiers défenseurs de son développement dans les écoles. Sans quoi qui apprendra aux enfants à évaluer la fiabilité d’une source sur internet, à protéger leur vie privée, à prendre conscience de la fragilité du "droit à l’oubli", à mesurer les enjeux citoyens et démocratiques d’un monde où tant de nos faits et gestes sont à jamais inscrits dans quelque nuage de données (cloud), etc. ? Ici comme sur tant d’autres sujets, le terrain délaissé par l’école sera immédiatement conquis par la sphère privée – familiale et commerciale. 

Démocratisation des supports et démocratisation des usages

La sociologie de la culture a déjà démontré depuis bien longtemps que la démocratisation des supports n’engendrait pas comme par magie une démocratisation des usages. On ne lit pas les mêmes livres dans toutes les familles, on ne regarde pas les mêmes émissions, on ne fréquente pas les mêmes salles de spectacle, quand bien même on possède des livres, on a une télévision et on va au théâtre. L’histoire du travail a également démontré les ravages sociaux que les technologies de rupture dans les rangs de celles et ceux qui n’étaient pas préparés à s’y adapter – ici, inutile de chercher des exemples dans le numérique, l’histoire de la mécanisation suffit à établir le fait. Or quel que soit leur métier, élèves et étudiants l’exerceront dans un contexte affecté par le numérique (demandez à un chauffeur de taxi ce qu’il pense de Uber). Il ne s’agit donc pas seulement de dominer des outils pour exercer sa profession mais aussi d’en comprendre les impacts sociétaux et économiques. Là encore, si l’école ne s’en charge pas, le marché le fera.  

Alors n’attendons pas de savoir si le numérique améliore les apprentissages. Intégrons-le, tout simplement, car il est notre nouveau monde.  

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