PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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CNAM 2014 : Intervention de Patrick ROUMAGNAC,

secrétaire général du SIEN-UNSA- syndicat des inspecteurs de l’éducation nationale


Pour le responsable syndical que je suis, il me semble que ‘Éducation Nationale n’a de sens, dans une notre société, que si elle est pour être au service de ladite société et donc pas en coupure avec elle. C’est pourquoi le témoignage qui a été apporté précédemment dans cette table ronde me semble extrêmement intéressant car il montre que la logique de co-construction des politiques éducatives peuvent être réellement mises en œuvre.

Toutefois il ne faut pas, de notre côté, se payer simplement de mot. En effet il s’agit de savoir comment arriver à une situation où l’institution l’Éducation Nationale – avec l’ensemble de ses services – se met effectivement au service d’un projet éducatif territorial ?

 

Évidemment la question de la proximité semble première. On sait très bien que c’est aux contacts entre un établissement (qu’il soit du premier ou du second degré) et la collectivité territoriale de référence et les parents qu’on va pouvoir construire quelque chose de l’ordre du projet collectif. Mais, en même temps, on se rend compte, très souvent, que cela ne peut pas fonctionner durablement selon les formats classiques. Cela ne peut évoluer sans une volonté politique définie. Et on peut dire aujourd’hui nous en avons au moins une manifestation claire avec la Refondation de l’École.

Je pense qu’il faut repartir aux fondamentaux de cette refondation. On n’a pas parlé d’une réforme. Je crois que les mots ont du sens ici. Quand on parle de la refondation de l’école, de l’école de la maternelle jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire à minima, c’est vraiment d’un mouvement de fond dont il s’agit. C’est en fait une remise en cause des postures de chacun ni l’affirmation que la posture des uns est supérieure à celle des autres. Pendant très longtemps les inspecteurs, les cadres du système éducatif, les chefs d’établissement, les directeurs d’école se sont positionnés un peu comme « les défenseurs du temple », en supposant qu’il y en a un à défendre… et que, par conséquent, tout ce qui lui est extérieur est négatif. N’oublions pas qu’il y a un Dieu au centre du temple ce qui est une catastrophe dans une structure laïque… !

voir propos de François DUBET à ce sujet http://www.prisme-asso.org/?p=8274

Plus sérieusement cela veut dire, tout même, que l’on se coupe du système social et qu’on affirme une autorité sur le système social.

Qu’est-ce qui est franchement refondateur dans la loi de refondation de l’École ?

On a un objet totalement refondateur, à LA condition qu’on en fasse un véritable objet signifiant pour l’ensemble de la population ; c’est le projet éducatif territorial. Le seul souci, c’est que ce projet éducatif territorial, vous le savez aujourd’hui, n’est obligatoire que dans deux situations : d’abord quand il y a eu dérogation aux temps scolaires et ensuite quand il y a eu dérogation aux taux d’encadrement. Bilan de l’opération : on est entrain de transformer le projet éducatif qui permet de piloter une refondation politique de l’École… en un magnifique objet technocratique. J’espère que chacun le mesure bien car on est entrain de transformer le sens et l’objet de la refondation. C’est totalement insupportable. Et je crois que ceux qui peuvent dire le caractère profondément insupportable de cette affaire ce sont les acteurs centraux du projet éducatif qui ne sont ni les parents, ni l’institution Éducation nationale mais… les élus. Ils doivent aujourd’hui investir totalement le projet éducatif territorial et lui redonner ce qui constitue son sens fondateur et refondateur.

Pour que cela fonctionne il est nécessaire que les institutions, dans le premier degré, au premier rang desquels les inspecteurs de l’Éducation nationale, se mettent au service des collectivités territoriales pour les aider dans l’élaboration de ce projet. Non pas pour se substituer en terme de responsabilité à celle des élus mais pour les aider à assumer toute la complexité de cette responsabilité. Ceci est particulièrement flagrant dans les collectivités en milieu rural, on le sait bien. Évidemment dans une grande ville on sait que l’on va pouvoir compter sur la mise à disposition de responsables éducatifs,, qui sont en capacité de concevoir les dispositifs, de les articuler les uns aux autres, de revisiter la problématique des relations dans l’Éducation nationale…toujours très complexe. En milieu rural le « paysage » est bien différent. Ce qui veut dire qu’il faut vraiment que chacun reprenne sa position dans le système. La position des inspecteurs, celle de l’Éducation nationale qui n’est absolument pas centrale, car elle doit être au service de l’autre c’est-à-dire la collectivité. Attention …même si ce n’est pas une position centrale je n’en connais pas de beaucoup plus glorieuse. En effet se mettre au service de LA collectivité c’est ce qui fonde le sens même du service public et qui justifie…LE service public.

 

Comment peut-on imaginer qu’un service public soit un frein à l’action ? Le service public est obligatoirement un facilitateur de l’action. Il doit l’être…effectivement.

Mais qu’est-ce qui fait, qu’à l’heure actuelle, on en arrive souvent, quand on est citoyen-usager, à détester le service public qu’on a en face de soi ? Tout simplement parce que l’on a l’impression d’avoir un frein aux projets qu’on veut mettre en œuvre. Et je crois qu’aujourd’hui il faut absolument que tous les cadres du système éducatif prennent conscience de cette obligation qui leur est faite d’être vraiment au service des partenaires, « producteurs d’actions éducatives » et de ne mettre en aucun cas des freins au projet collectif.

Certes il y a des règlements à respecter, mais, en réalité ce qui est important c’est de voir comment on peut trouver des solutions pour respecter ces règlements tout en mettant en œuvre l’ambition que chaque élu peut avoir pour l’ensemble des jeunes qui vivent sur sa commune. Et je crois qu’à cet égard, cette logique de la co-construction est la seule véritablement porteuse ; c’est la seule qui puisse faire sens. Elle est portée au niveau du ministère. Il est inconcevable qu’elle ne soit pas portée au niveau des académies. Je pense que le témoignage qui a été fait dans la relation Rectorat/Conseil général 93 par exemple montre bien, comme celui que j’évoquerai en Auvergne, le même souhait de mettre en place une co-construction des politiques éducatives, associant chacun dans une logique de respect mutuel, de responsabilité particulier, sans se substituer aux autres.

Il n’est pas de la responsabilité de l’Éducation nationale de porter l’ambition d’une politique territoriale ; cela n’est pas sa responsabilité. Sa responsabilité c’est de faciliter la mise en œuvre de cette ambition territoriale ; on a tout un travail à construire et à co-construire à ce sujet au niveau national et niveau académique. Le niveau départemental est un peu particulier car il n’a de sens qu’à partir du moment où il permet d’amplifier la volonté mise en place au niveau académique. Ce qui est catastrophique et calamiteux ce sont les conflits qui peuvent exister parfois entre un département et une académie. En clair entre un IA (terme d’usage) c’est-à-dire que on est toujours sur la logique du DASEN mais il est maintenant IA DASEN. pour rappeler l’attachement pédagogique (terme d’usage). C’est un magnifique titre inspecteur d’académie à une condition, là encore, c’est que ce ne soit pas un titre qui isole un département mais qui inscrive un département dans une dynamique partagée il ne peut pas y avoir- en aucun cas- de « pré carré » départemental qui ferait écran en quelque sorte et qui masquerait une réalité particulière. On sait qu’il y a, en certains lieu, des unités départementales. Il est clair que le département de Seine Saint-Denis, constitue très probablement un des département assez uniforme comme on peut en trouver quelques uns sur le territoire national. En même temps on a des départements qui recouvrent des réalités totalement différentes entre bien souvent la capitale, comme la Haute Garonne et les circonscriptions de la Haute-Ariège....avec des secteurs à très grande densité de population et d’autres à très faible densité de population. A côté il est clair qu’un département comme le Gers évidemment est un département qui pose le moins de problème ou la Lozère qui présente aussi une unité.

Je crois qu’il faut vraiment qu’on garde à l’esprit que le département ne doit pas masquer l’unité qui fait sens L’unité qui fait sens au bout du compte qu’est-ce que c’est ? C’est le lieu où on va pouvoir concrétiser les projets. Le lieu où finalement tous ces beaux projets qu’on a pu inventer à un moment donné sur le papier vont prendre sens pour des jeunes et pouvoir se décliner en terme d’action avec des publics qui vont ainsi pouvoir en bénéficier. Il ne faut pas que nous le perdions de vue parce que c’est ce qui fait le sens du système éducatif. Ce dernier ne se construit pas à Paris, il ne se construit pas au chef lieu d’un département ou d’une académie il se construit dans la réalité au quotidien de chaque enfant de chaque élève de chaque jeune. C’est là où il faut vraiment qu’on travaille et qu’on avance à l’heure actuelle parce qu’on a d’énormes progrès à faire.

Si l’on regarde globalement les résultats PISA l’important n’est pas de dire que la France est en vingtième ou en vingt cinquième ou en quinzième ou en première position.. ! Si on les regarde globalement on va se dire après tout qu’il faudrait rattraper quelques points en mathématiques et quelques points en français. Vous voulez une bonne solution pour le faire : déterminer quels sont les élèves pour lesquels c’est le plus facile de rattraper c’est quelques point…, les meilleurs. Travailler sur les meilleurs, faîtes du renforcement sur les meilleurs vous ferez augmenter la moyenne. C’est beaucoup plus facile que de s’occuper des plus fragiles ; beaucoup plus facile que de faire progresser les plus faibles. Ce qui ressort de PISA n’est pas une valeur moyenne mais c’est l’incapacité actuelle de notre pays à éviter le creusement des écarts entre ceux qui réussissent bien à l’École et ceux qui sont en grande difficulté à l’École. Les uns continuent à avancer et les autres ne progressent plus du tout. Évidement l’écart devient de plus en plus visible

 

C’est là où le projet éducatif territorial prend tout son sens parce que c’est dans l’action auprès des élèves sur les territoires qu’il va trouver son objet.

En Seine-Saint Denis si on regarde la moyenne départementale on peut se dire qu’après tout la moyenne progresse ; on a peut-être progressé un petit peu d’une année à l’autre mais en même temps est-ce que l’on a réduit les écarts par rapport à la Nation ? Et bien non peut-être pas vraiment. Donc cela veut dire qu’on a encore à faire et on a encore des moyens à mettre et que ces moyens sont indispensables parce que si on ne les met pas de la fracture scolaire naîtra forcément plus tard la fracture sociale. L’une génère l’autre et l’autre nourrit l’une. Parce que l’on sait très bien que c’est aussi cette fracture sociale qui fait qu’aujourd’hui certains élèves arrivent à l’école déjà sans même avoir commencé à être enseigné en difficulté sans le savoir et seront durablement en difficulté scolaire. Si on n’intervient pas auprès de cette population on créera non seulement un monde à deux vitesses qui deviendra vite insupportable.

On en a un autre exemple avec le numérique avec lequel n fait des choses fabuleuses . J’entendais l’exemple des ENT. Je suis dans une région à Clermont-Ferrand où l’ENT est généralisé maintenant ; on rentre dans la troisième génération d’ENT ce qui veut dire que depuis maintenant douze as que les ENT existent dans tous les collèges, dans tous les lycées et on se pose maintenant la question d’intégrer la totalité des écoles dans le dispositif ENT. Certes c’est quelque chose de remarquable. On a eu cette année en une journée plus de connections qu’il n’y a d’élèves dans l’académie . Cet outil merveilleux a deux possibilités : soit faciliter la mise en œuvre de la réussite pour tous à condition qu’on l’accompagne réellement soit au contraire contribuer à creuser encore les écarts en amplifiant les réussites des meilleurs et en mettant encore plus en difficulté les plus faibles. Donc c’est pour cela que si je souscris à « 99 % des idées de Michel Serres» je souhaite qu’il devienne un outil réellement libérateur pour tous et pas un outil d’asservissement encore plus fort pour certains.

Et si nous raisonnons sur les outils et qu’est-ce qu’on peut trouver de mieux que le projet éducatif territorial pour associer tous les acteurs concernés par la question de la réussite éducative. Finalement en parodiant un petit peu ce qui se disait il y a quelques années au niveau de la FL vous savez la fameuse phrase selon laquelle apprendre à lire c’est facile quand c’est l’affaire de tous on pourrait peut-être dire aujourd’hui qu’apprendre à réussir c’est facile quand c’est l’affaire de tous.

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