PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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D’année en année, depuis fort longtemps, mon étonnement ne fait que croître. Comment est-il possible que des enseignants, et bien plus encore leur encadrement, puissent porter un concept aussi stupide que le pilotage par les résultats à l’école ? Comment peut-on s’être laissé berner à ce point ? Comment cette idée, issue du monde de l’économie et de la finance, a-t-elle pu s’imposer en éducation ? Comment des responsables politiques considérés comme intelligents et progressistes ont-ils pu imposer une pratique aussi contraire aux valeurs humanistes ?

J’ai écrit de nombreux textes, voir notamment dans la rubrique Forum du site de Philippe Meirieu, sur ce problème aberrant.

Parmi les nombreuses objections logiques présentées, il en est au moins une que les responsables politiques et syndicaux de tous bords ont toujours fuie. Elle me semble pourtant imparable :

Il est idiot de prétendre piloter par les résultats quand on est incapable d’analyser et de réguler les pratiques qui les produisent.

Or, aujourd’hui, et la refondation de l’école ne remet pas en cause le concept, on recueille des résultats qui ne sont pas des évaluations mais des contrôles, ce qui n’a rien à voir avec l’évaluation, et on croit qu’il suffira de connaître ces résultats, de les comparer, de formuler des conseils hétéroclites qui ne sont souvent que des critiques en creux, de multiplier  les injonctions, voire de jouer de l’autoritarisme, d’étouffer les acteurs sous une masse de circulaires, de notes de services, de recommandations, de les asservir avec des outils qui deviennent des instruments d’oppression, etc… pour optimiser l’intelligence des enfants et de leurs enseignants et faire évoluer des pratiques qui sont profondément enracinées dans des histoires de vie, avec des opinions et des convictions que la paperasse ne changera pas.

Claude Thélot, grand maître de l’évaluation, déclarait fréquemment : « on ne sait pas ce qui se passe dans les classes ». On le sait encore moins depuis que l’on ne regarde plus. L’évaluationnite est passée par là. Les pilotes et les managers seraient bien incapables de  caractériser une pratique, un choix, d’en connaître les raisons profondes, d’objectiver l’observation de séquences de classe, de montrer qu’ils comprennent ce qui pousse ou tire, ce qui freine, ce qui peut enthousiasmer et mobiliser. Chacun sait que pour changer, il faut comprendre, se connaître (pourquoi je fais comme ça) et être accompagné de manière positive, sans jugement de valeur, sans sanction, en sachant que l’on ne peut évoluer qu’en fonction de ce que l’on sait et de ce que l’on est.

On ne peut améliorer la réussite scolaire que si les pratiques changent. On peut faire le pari que si les pratiques changent intelligemment, les résultats seront meilleurs. Encore faut-il connaître les pratiques pour pouvoir les changer, modestement, patiemment, dans des rapports de respect et de confiance…

Et savez-vous ? Il s’agit tout simplement de pédagogie, celle là même qui est déniée par la technocratisation et la déshumanisation de l’institution, mettant en grave péril la refondation de l’école.

A débattre et à suivre…

Lire la suite : http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-frackowiak/180815/la-supercherie-du-pilotage-par-les-resultats-lecole