PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Les Cahiers Pédagogiques – le 15 juin 2013 :

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L’Iréa (institut de recherches, d’études et d’animation) sollicité par la fédération des Sgen-CFDT, proposait ce 12 juin la première journée d’un colloque autour des conditions nécessaires à la réussite de la refondation de l’Ecole.

Ce premier temps explorait « les conditions du changement ».

Nous poursuivons notre quête autour du changement, sujet traité précédemment en compagnie d’Education & Devenir, avec un dossier en préparation. Nous avions annoncé le colloque de l’Iréa dont il est question ici, puisque Jean-Luc Villeneuve nous avait accordé une interview

 

 

C’est à Antoine Prost, en conférence d’ouverture, que revenait le soin de repérer les conditions de réussite d’une réforme. Il existe selon lui un passage obligé pour la concrétisation de la réforme : l’adhésion et la mobilisation de l’administration : « ma conviction c’est que dans le processus de réforme le moteur c’est l’administration. C’est elle qui est la clef ». « Quand l’administration boude une réforme elle ne se fait pas ». Le conférencier donne l’exemple de la loi Fillon que l’administration a selon lui « torpillée et gérée de façon ubuesque ». Il conclut en constatant que « tout se passe comme si l’on pouvait tout changer dans l’Education nationale sauf l’enseignement lui-même. Toutes les réformes sont possibles sauf la réforme pédagogique, malheureusement c’est la plus importante »

C’est autour de l’interrogation « Refonder l’autorité ? » que se poursuivaient les travaux introduits par Anne-Marie Chartier.

François Jacquet-Francillon pose une question d’importance : « Il n’y a pas d’autorité sans légitimité reconnue des normes que l’autorité exhibe, sans croyance partagée. Si l’autorité défaille ne serait-ce pas parce qu’il y a désaccord sur les idéaux ? »

Prenant la question par le biais de l’observation du terrain, notamment des structures de raccrochage qui accueillent les décrocheurs, Marie-Anne Hugon intervient à son tour et commence par faire observer la récurrence, dans les témoignages d’élèves décrocheurs interviewés, du caractère insupportable des jugements évaluatifs. Elle dégage ensuite quelques paramètres communs aux institutions observées qui ont su enrayer violence et incivilités : la pratique d’une autorité « adoucie » qui lutte contre l’arbitraire des jugements, des classements, la construction d’un univers rendu paisible grâce à une autre gestion du temps et à des activités adaptées aux enfants, la limitation de l’enseignement frontal et une grande diversité d’activités proposées, la mise en place d’une organisation qui responsabilise les élèves, une présence importante des enseignants dans l’établissement, un lien permanent avec les familles, des structures à taille humaine.

François Jacquet-Francillon reprend la parole pour signaler que, selon lui, tout le jeu scolaire aujourd’hui est conditionné par la pression du diplôme et le culte de la performance. Mais que la culture d’aujourd’hui est bien plus qu’avant destinée à nous rendre semblables et non pas différents. Dans ce cas-là l’autorité intellectuelle ne peut plus s’exercer de la même façon, elle ne repose plus sur une hiérarchie aussi forte entre les enseignants et les élèves et c’est là que se noue le sentiment d’une crise de l’autorité : les profs sont de plus en plus semblables à leurs élèves qui sont de plus en plus semblables à la société. Moins d’autorité mais plus de contrôle dans une « société de contrôle continu à ciel ouvert » selon la formule de Deleuze.

 

Les travaux de l’après-midi prenaient la question par un autre angle : celui des articulations entre le national et le local. Jean-Michel Zakhartchouk introduit une deuxième table ronde avant de donner la parole aux deux communicants, Nicole Belloubet et Bernard Toulemonde.

Selon Bernard Toulemonde, la décentralisation territoriale est une réussite, la déconcentration est en bonne voie, par contre l’autonomie des établissements reste un objectif à atteindre, les établissements se saisissant très peu de leurs faibles marges d’autonomie. L’autonomie suppose la responsabilité : or ce qui est revendiqué c’est davantage une autonomie individuelle là où l’autonomie collective d’un établissement va brider ou encadrer l’autonomie individuelle. 

Pour Nicole Belloubet, récente membre du Conseil Constitutionnel, après avoir été rectrice et vice-présidente du Conseil Régional Midi-Pyrénées, entre l’Etat et les collectivités territoriales c’est bien une mission de service public partagée, portée au premier rang par les établissements, qui est apparue très clairement dans la concertation Peillon. Les collectivités affichent clairement qu’elles ne veulent pas avoir à traiter de pédagogie, pour autant elles disent également qu’elles sont prêtes à contribuer par des moyens à tout ce qui entoure la pédagogie. Pour Nicole Belloubet les conditions de la mise en œuvre de l’autonomie devraient être renégociées. Il y a nécessité de clarifier les responsabilités des uns et des autres. Les contrats tripartites pourraient être un bon moyen d’avancer même si c’est complexe à mettre en œuvre et si cela exige de travailler dans un climat de confiance.

Après un échange avec la salle, Bernard Toulemonde termine en formulant un souhait : ce que l’administration centrale peut faire de mieux aujourd’hui c’est d’ouvrir des marges plutôt que de tout réglementer. « Arrêtons le fatras de textes et de circulaires et laissons un maximum de marges. Passons des programmes aux curricala en fixant des objectifs et en laissant les établissements s’organiser. Laissons aussi des marges en matière de gestion de personnels et faisons confiance à l’intelligence des personnes. Accompagnons les corps intermédiaires. La structure académique doit se mettre au service des projets ».

C’est Frédéric Sève, désormais secrétaire général du SGEN-CFDT, qui intervenait en clôture des travaux. Il rappelait que l’une des fonctions d’un syndicat serait de passer d’une défense individuelle via le statut à une défense collective sur les lieux de travail. Un autre point serait sans doute à reconsidérer : le rapport que les syndicats entretiennent avec l’innovation. Déroger aux principes, expérimenter est mal considéré par les syndicats qui ont une démarche répressive vis-à-vis des innovations menées par leurs collègues. Les syndicats ont un rapport très ambigu à la liberté pédagogique.

Revenant sur la question de la multiplicité des tutelles, Frédéric Sève souligne qu’on peut la voir comme un problème mais qu’elle ouvre aussi des espaces d’autonomie à saisir.

Il termine sur la nécessité d’avancer vers davantage de démocratie sociale – expression qu’il privilégie à celle, plus habituelle, de dialogue social.

Les journées de novembre seront une suite attendue à cette très féconde première journée de travail et permettront d’avancer sur la mise en relief des conditions de réussites de la Refondation.

Compte-rendu de Nicole Priou

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