PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

EXPRESSION TRES PRISMEE :

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La concertation évolue. Il faut reconnaître que c’est un exercice difficile. Les gouvernements précédents ne s’étaient pas encombrés de règles morales et démocratiques, ils avaient tout imposé sans concertation et avec un renforcement sans précédent de l’autoritarisme, des contrôles et des sanctions. Les temps ont changé.
 
En offrant des tribunes, il était inévitable de recueillir un flot de revendications, de promotions des organisations, de glorifications d’expériences dont les porteurs pensent souvent qu’elles sont nouvelles voire pionnières, de réquisitoires et de plaidoiries. Au cours de ces moments, personne ne se parle en réalité, on s’écoute poliment et les comptes rendus s’accumulent, n’intéressant personne puisque tout a été dit, écrit, et depuis longtemps. Le mot « refondation » est rarement pris en considération. L’absence d’un cadre de pensée commun à tous les ateliers ouvre la voie à la dispersion, à la confusion. On rencontre par exemple, fréquemment, la question fondamentale des rapports entre école et société, mais on la contourne comme si ce n’était pas le sujet.
Le mot « refondation » agace les serviteurs des ministères précédents, très présents, qui estiment que la refondation est entreprise depuis 2007 et qu’il suffit de continuer dans la voie toute tracée. La question des finalités, celle la place de l’Homme dans la société, celle de ce que pourrait être « l’honnête homme du 21ème siècle » apparaissent hors sujet à certains… La tâche des rapporteurs sera rude
 
On commence enfin, néanmoins, à se dégager de ces exercices convenus et on peut voir apparaître des convergences à côté de points de rupture historiques persistants comme l’école de la scolarité obligatoire, école du socle ou d’un socle, école fondamentale comme on disait autrefois, la distinction premier et second degrés, les disciplines scolaires.
 
Observateur attentif et intervenant provocateur (à la réflexion), j’ai l’impression aujourd’hui que deux leviers importants, incontournables, le numérique et le territoire, pourraient être actionnés pour se diriger vers une véritable refondation. Ils permettent, si l’on s’y tient, de se dégager du passé et du présent pour se projeter dans l’avenir. C’est difficile, car, jusqu’à présent, on a toujours, depuis la fin du 19ème siècle jusqu’à ce jour, fondé les réformes successives exclusivement sur l’analyse du passé et la recherche de son amélioration, mais sans toucher aux fondements et aux principes. La prospective n’est pas dans la pensée classique de l’institution scolaire.
 
Refonder, ce n’est pas réparer ou conforter l’existant, c’est reconstruire sur des bases, des valeurs nouvelles. Le numérique et le territoire sont des éléments nouveaux au regard de l’histoire de l’école. Ils bousculent les représentations et les certitudes. Ils se croisent et se renforcent. Nul besoin d’autoritarisme et d’incantations, ils s’imposent.
 
Le numérique imposera la refondation. Certes, le conservatisme peut se protéger en utilisant les outils, la technologie, pour faire la même chose qu’avant, en plus joli et plus moderne. Mais la pression des enfants et des jeunes qui maîtrisent les outils et leurs usages multiples, sans avoir été formés par l’école, se développe à un tel point qu’elle contraindra l’école à changer en profondeur dans ses contenus (les programmes), dans son organisation (la classe/l’heure/le cours/un prof), dans sa pédagogie (prise en compte des savoirs et des compétences acquis hors l’école), dans son fonctionnement (commandement, contrôle, travail d’équipe, ouverture), dans sa gestion. Les équipements et leur maintenance coûtent cher. En étant les principaux financeurs, les collectivités revendiqueront le droit de s’intéresser aux projets éducatifs, ce qui posera des problèmes considérables (rôle de l’Etat garant de l’équité et de la continuité). On rencontre alors l’autre levier, le territoire. D’une part, il deviendra inadmissible que de tels équipements ne servent que pendant le temps scolaire et d’autre part, l’idée de la globalité de l’éducation s’imposera. Les élèves n’apprennent pas qu’à l’école.
 
Pour l’école, le problème est simple, sans dramatiser, en étant lucide et réaliste, on peut affirmer que si l’école ne se transforme pas en profondeur, elle disparaîtra. Le phénomène est d’ailleurs déjà bien engagé. Il suffit de voir l’aggravation de l’ennui chez élèves, la difficulté croissante, pour les enseignants, d’enseigner, l’incompréhension des savoirs scolaires, le rejet de l’école par ceux qui n’en connaissent pas les codes, pour mesurer le danger et pour prévoir l’explosion si la refondation échouait soit par timidité du projet, soit par manque de courage politique.
 
Le territoire imposera la refondation. Certes, le scolaro-centrisme traditionnel persiste, y compris au niveau des équipes d’animation des groupes, mais on sent bien dans les débats qu’il est au bord de l’explosion. Les élus s’expriment de plus en plus. Les partenaires de l’école dénoncent les conséquences de la juxtaposition des actions autour de l’école dont il est impossible de mesurer l’impact dans l’état actuel des choses. Les parents d’élèves dénoncent le fait qu’ils ne sont, encore trop souvent, considérés que comme des auxiliaires des enseignants ; On n’échappera pas à l’exigence d’une nouvelle définition de la place de l’école dans la cité, dans le quartier, dans la ville ou le village. Une école ouverte. La notion de projet éducatif global devient incontournable. Fondé sur une réelle mobilisation des partenaires sur des finalités et des objectifs généraux communs, sur de réelles transversalités, sur des échanges réciproques de savoirs, sur l’exploitation par l’école des savoirs et compétences acquis hors l’école, sur la prise en compte du territoire dans des programmes nécessairement plus souples (exigence sur les finalités, souplesse sur les programmes), le PEGT (projet éducatif global territorialisé) encadré par la loi d’orientation et par des textes nationaux rigoureux, devient une perspective crédible.
 
Pour le concrétiser, la proposition de la Ligue de l’Enseignement de transformer les établissements scolaires en « maisons des savoirs et de l’éducation tout au long de la vie » est sans doute la voie dans laquelle la refondation peut s’engager.
Cette proposition s’inscrit parfaitement dans la logique de l’éducation globale dans laquelle l’école ne peut pas rester un sanctuaire. Les parents d’élèves, par exemple, n’y viendront pas seulement quand ils sont convoqués pour être magistralement conseillés, mais pour partager des savoirs, apprendre, réfléchir. C’est le seul moyen pour qu’ils y viennent aussi pour dialoguer sur les apprentissages de leurs enfants.
 
Il y a encore bien du pain sur la planche. Et des leviers déterminants seront indispensables si l’on veut passer de la réparation/ rénovation à la refondation.
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