PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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« On ne peut pas refonder l’École de la République si nous ne prenons pas en compte pleinement, volontairement, efficacement la dimension nouvelle introduite par le numérique dans notre culture et dans notre civilisation » : ainsi s’exprimait le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, pendant l’université d’été Ludovia. L’analyse de Christine Vaufrey, spécialiste en matière d’enseignement par le numérique.

« Les établissements scolaires et universitaires devraient se précipiter sur les opportunités d’expérimentation qui leurs sont ouvertes par les Académies. Rappelons que l’organisation scolaire, telle qu’on la rencontre dans la plupart des établissements, n’est pas inamovible ! Pourtant, ce droit à l’innovation est très peu utilisé en France : il y a une vraie opportunité à saisir au niveau des établissements », explique Christine Vaufrey, rédactrice en chef de Thot Cursus, un site web francophone, fondé à Québec en 1997 et consacré aux usages du numérique dans tous les aspects de l’enseignement.

On peut distinguer deux utilisations du numérique : améliorer ce qu’on estime imparfait à l’intérieur des dispositifs éducatifs dominants, ou inventer des approches nouvelles. « Ce premier courant semble véritablement revitalisé par le numérique ! », constate Christine Vaufrey. Pour preuve, de nombreuses initiatives d’enseignants qui essaient de changer leurs pratiques après avoir vérifié, pour eux-mêmes, les bénéfices de certains outils numériques. On en trouve beaucoup sur Internet, ainsi que de vastes communautés d’enseignants. Parmi les Français  les plus écoutés, on peut citer : Bruno Devauchelle, formateur d’enseignant et chercheur en sciences de l’éducation, Jean-Marie Gilliot, professeur d’informatique à Télécom Bretagne, François Jourde, enseignant en philosophie dans le secondaire. « Le risque est que les initiatives individuelles finissent par s’épuiser : on ne peut pas espérer que le système éducatif français se réforme intégralement du bas vers le haut. Il y a des freins structurels », prévient Christine Vaufrey.

Prenons donc les outils numériques comme prétextes pour faire enfin changer les choses ! Pour exemple, le temps de cours est resté de 50 minutes, ce qui est beaucoup trop court pour que chacun ait le temps de faire des travaux pratiques sur ordinateur. Autre exemple, les pratiques d’évaluation de l’élève ne tiennent pas compte de sa capacité, nouvelle, à accéder à de vastes ressources informatives. « En France, on continue d’évaluer à travers des devoirs pour vérifier que telle connaissance est bien restituée par l’élève. Au contraire, au Danemark, l’accès à Internet est autorisé au baccalauréat, et cela depuis près de 3 ans. On est loin d’une simple restitution de savoir : on évalue plutôt les processus de recherche, l’esprit critique, la synthèse, etc. Là, l’évaluation a changé ! Plus généralement, en France, force est de constater que le discours de méfiance envers Internet reste très présent au niveau des autorités éducatives », regrette Christine Vaufrey.

Les mentalités et les structures sont donc largement en retrait par rapport aux possibilités du numérique. « Les outils numériques apportent une conception radicalement nouvelle de ce qu’est apprendre : c’est un monde ouvert, plus collaboratif qu’individuel, où la hiérarchie n’existe pas a priori, où le jeu permet la découverte, où l’on peut échanger avec des centaines d’autres apprenants, où on peut apprendre par l’erreur, etc. ».

Autre tendance prometteuse et en fort développement, celle de l’open education : le MIT, Harvard et d’autres universités américaines prestigieuses mettent en ligne gratuitement des cours de haut niveau, et commencent même à les certifier. À noter que Sophie Touzé est actuellement la seule représentante de la France dans le consortium OpenCourseWare du MIT.

Dans le monde de l’enseignement, l’une des pistes les plus explorées actuellement est celle de la lutte contre l’ennui et la démotivation en classe. « Un problème qui prend une importance telle qu’il ne sera peut-être plus gérable ! Commençons par nous interroger sur nos façons d’enseigner », recommande Christine Vaufrey.

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