PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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« Que va devenir l’éducation dans une société numérique ? » La question est posée par la revue Administration & Education (2015/2) dans un numéro piloté par Marie-Françoise Crouzier et Michel Reverchon Billot. Il convoque de nombreux spécialistes pour tenter de concevoir l’impact sur l’Ecole de ce qui est bien perçu comme un phénomène global.  Il ne s’agira pas de faire « la même chose autrement mais autre chose autrement » comme le marquent plusieurs auteurs. L’éducation sera-t-elle meilleur, mieux adaptée aux élèves ? Plus que l’évolution structurelle liée au numérique, qui était au centre du livre de Davidenkoff, plus que les inégalités sociales, qui sont le défi numéro 1 de l’école, l’ouvrage s’attache aux impacts éthiques de l’irruption numérique. Il invite à construire « un humanisme numérique ». Une formule qui souligne la distance à couvrir…

 Impossible de citer tous les auteurs mobilisés par ce numéro. Alain Boissinot, Bernard Hugoinnier, Daniel Auverlot, Pascal Plantard, Jean-Pierre Véran, Joël de Rosnay, Jean-Marc Merriaux, Bruno Devauchelle, Jean-Michel Le Baut etc. Qu’on nous permette de ne suivre que quelques uns.

Une nouvelle rhétorique

Ancien recteur et directeur de cabinet , Alain Boissinot regarde avec une certaine distance le numérique. Il voit bien qu’il peut y avoir un impact pédagogique . Mais « pour qu’il y ait changement de paradigme il faut que les évolutions s’inscrivent dans un projet global d’évolution de l’Ecole. Ainsi Internet déplace la source du savoir. Il « repositionne le professeur comme organisateur des apprentissages plus que comme émetteur des savoirs ». Mais « il peut rester des temps pour une démarche magistrale assumée ».  Internet change le rapport au temps et à l’espace de l’Ecole. « Il y a bien un nouveau modèle à repenser avec des conséquences sur le métier d’enseignant. Faut-il réinventer des répétiteurs », demande-t-il ? Pour lui le changement majeur c’est de hisser le niveau culturel requis par exemple l’agilité linguistique. « L’enjeu est de penser une nouvelle rhétorique au sens plein du terme », dit-il. A Boissinot ne croit pas dans le tsunami et le remplacement d’un modèle par un autre. « il s’agit plutôt de chercher la recombinaison la plus riche et la plus efficace ».

Miroir aux tablettes ou outil de personnalisation ?

« Miroir aux tablettes », « non-sens culturel » : l’anthropologue Pascal Plantard s’attaque au plan numérique. « Ce n’est pas d’un petit plan tablette mais d’un grand plan pour l’éducation prioritaire dont nous avons besoin », dit-il. Le numérique doit servir l’empowerment des quartiers populaires. En soi « la distribution d’ordinateurs ou de tablettes ne transforme pas l’école ».

C’est pourtant une thèse opposée que défendent Geoffray Bonnin et Anne Boyer (université de Lorraine) quand ils évoquent l’impact des Learning Analytics. Le sujet a été aussi traité récemment dans le Café pédagogique par Bruno Devauchelle, au regard de récentes circulaires. Les Learning Analytics c’est l’étude des traces que les apprenants laissent dans les réseaux numériques. Les auteurs montrent qu’elle peut permettre de détecter les élèves en difficulté ou en voie de décrochage ou encore d’améliorer le cours. Les auteurs croient dans le développement de nouveaux tableaux de bord de gestion de la classe beaucoup plus objectifs, informés et personnalisés.

Ne pas perdre son Nord personnel

Toutes ces visions sont « macro ». Mais des auteurs s’attachent à revenir sur le terrain scolaire. Bruno Devauchelle plaide pour une approche humaniste numérique. Celui ci peut éloigner encore l’enseignant des élèves. « La distance froide et technicienne de l’enseignant peut se trouver renforcée par l’irruption de moyens technologiques.. Faire faire un blog, une twitt classe ou une classe inversée ne préjuge en aucune mesure de la valeur humaine du dispositif ». C’est bien le questionnement humain que B Devauchelle ramène dans le débat.  » Les instruments numériques sont parfois à l’opposé d’une telle démarche. On croit  s’exprimer et on fait du bruit, on pense écouter et on est submergé par le flux informationnel. Trouver la bonne distance c’est par cela qu’il faut commencer ». Ce qui suppose de savoir se situer dans le contexte numérique.

C’est cette relation humaine que Jean-Michel Le Baut met en avant dans l’analyse de l’aventure numérique du projet i-voix. « La chance que nous donne le numérique c’est de sortir la lecture et l’écriture de l’Ecole », dit-il. Le web permet de socialiser l’écrit scolaire, de transformer le devoir scolaire en chef d’oeuvre objet de fierté. Mais cela s efait à travers une remise en cause des formes scolaires traditionnelles : le commentaire et la lecture analytique ne s’y retrouvent pas mais au profit de nouvelles modalités de lecture et d’écriture. L’enjeu pour JM Le Baut c’est la démocratisation de la lecture et de l’écriture. Justement l’exigence que l’Ecole n’arrive pas à remplir.

François Jarraud

Le numérique une chance pour le système éducatif ?, Administration & Education, n°2 – 2015.

Surveiller et punir avec le numérique

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